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« Rien d’impossible à un homme qui veut travailler » (Brossard, Charpentiers – Les Voyageurs, Alexis Knaus)

Muse3
24 octobre, 2014

Sébastien DE BROSSARD & Marc-Antoine CHARPENTIER

Leçons des morts

 

Les Voyageurs-BrossardSébastien DE BROSSARD (1655-1730)
Sonate en trio en ré Majeur
Quatre Leçons des Morts

Marc-Antoine CHARPENTIER (1643-1704)
Leçons des Morts
Miserere H157

Mathilde Marodon (soprano),
Alexis Knaus (haute-contre)

Ensemble baroque Les Voyageurs /
Agnès Laurent et Julia Boyer (violons), Naomi Inque (viole de gambe), Nicolas Rosenfeld (flûte à bec et basson), Romain Falik (théorbe et guitare), Nicolas Verhoeven (orgue).

49’ , enr. 2014.

Revendiquant son extraction normande, l’ensemble Les Voyageurs a voulu honorer sa terre d’attache en consacrant son premier enregistrement à Sébastien de Brossard, originaire de Dompierre. L’ambition de faire entendre les compositions de cet homme avant tout connu pour son Grand Dictionnaire de Musique est louable, autant que celle de mettre au jour un Miserere peu connu de Marc-Antoine Charpentier. Cependant, il reste à l’écoute de ce disque la sensation d’un fruit qui n’a pas assez mûri, celle d’un cidre trop peu fermenté…

C’est avant tout la prise de son qui pêche, et porte préjudice au travail et aux qualités de ces jeunes musiciens. Un mauvais équilibre des voix rend les instruments présents de manière inégale. Les basses notamment se trouvent très en retrait (Sonate en trio) – alors qu’elles devraient assurer le fondement de l’expression musicale – si bien que le basson, lointain, passe presqu’inaperçu quand il ne joue pas seul. De même pour l’orgue, que l’on n’entend quasi pas… Les dessus ressortent davantage, mais faute de spatialisation, l’écriture fuguée ne fait pas tout son effet. La matière manque d’air, les timbres se confondent et les intentions musicales peinent à se rejoindre. Les voix d’Alexis Knaus  et de Mathilde Marodon se mélangent harmonieusement, mais la soprano manque souvent de conduite vocale, notamment dans les ornements (« Usquequo non parcis mihi » – Première Leçon des Morts). Sa voix chaleureuse reste parfois timide. Le haute-contre démontre pour sa part une grande agilité vocale (« Visitas eum diluculo » – Première Leçon des Morts), propre à la réalisation des « grâces » françaises, mais néglige trop souvent la netteté et la puissance affective du texte.

Les attaques sonnent parfois avec dureté, à la flûte comme au violon (Miserere) ; la vocalité fait trop souvent défaut aux agréments de cadence (Rondeau de la Sonate). La jeunesse fougueuse s’exprime avec conviction dans les mouvements rapides (notamment le Rigaudon de la Sonate, ou certaines ritournelles), démontrant sa virtuosité, mais elle peine à entrer dans une atmosphère vraiment douce et recueillie, dans l’exigeante sensualité de la musique française, tout étant un peu précité et sans temps forts véritables (Miserere).

Comme le mentionne le succinct livret, « il n’y a rien d’impossible à un homme qui veut travailler » (De Brossard). Souhaitons aux Voyageurs de poursuivre leurs travaux, d’investir plus à fond leurs intentions musicales et de prendre le temps d’en parfaire l’affinage.

Isaure Lavergne