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De derrière les fagotto

Muse4
13 septembre, 2013

Antonio VIVALDI (1678-1741)

Concerti per fagotto (concertos pour basson)

Concerto in mi bemolle maggiore RV 483
Concerto in do minore RV 480
Concerto in sol maggiore RV494
Concerto in la minore RV 500
Concerto in do maggiore RV 474
Concerto in re minore RV 481
Concerto in do maggiore RV 472

vivaldi_fagotto_grazziAlberto Grazzi, fagotto

Ensemble Zefiro
Nicholas Robinson, violino
Cecilia Bernardini, violino
Teresa Ceccato, viola
Gaetano Nasillo, violoncello
Paolo Zuccheri, contrabbasso
Evangelina Mascardi, tiorba
Luca Guglielmi,organo e clavicembalo

66’22, Arcana / Outhere, 2013.

 

 

En 2009, l’ensemble Zefiro nous avait gratifié d’un superbe enregistrement, coloré et précieux, des concertos vivaldiens pour hautbois (Naïve) doté d’un casting de rêve parmi lequel on retrouvait Manfredo Kraemer, Pablo Valetti, Lorenz Duftschmid, Rolf Lislevand ou Pierre Hantaï. L’ensemble récidive cette fois-ci, avec une phalange hélas des plus réduites (8 musiciens) et l’on se coule avec plaisir dans ces concertos pour basson pour lequel le Prete Rosso composa 39 concerti, peut-être à destination d’un comte bohémien Václv Morzin dont la Chapelle de Musique comprenait un soliste renommé.

Quoiqu’il en soit, dédier des œuvres concertantes pour cet instrument soliste était alors novateur, et l’on admire la souplesse lyrique du langage, la poésie douce parfaitement rendue par Alberto Grazzi, tout aussi capable d’une virtuosité ouatée à l’expressivité discrète. Le bel Andante du RV480, éloquent et souriant, parcourant les méandres sensuels d’un basson chaleureux et grainé, n’est que soie et velours. Et pourtant, l’on avouera que l’écoute intégrale du disque, malgré l’inventivité du compositeur, ses chromatismes parfois exotiques (RV500), l’abandon mélodique, demande le courage du pénitent de la Piétà. La faute à l’Ensemble Zefiro, dont la maigreur limite le contraste de l’opposition entre soli et tutti, et à une direction racée, équilibrée mais qui justement manque cruellement de nervosité et de tension. Le très bel Allegro de la RV500 (qui rappelle la Juditha Triumphans) s’avère asthmatique, l’Allegro du RV’81 poussif, avec les fameux éclairs violonistiques particulièrement peu convaincants. Certes, la course à l’abîme de la vitesse effrénée, du sul ponticello martial auquel succède la cantilène trop étirée est à la mode et l’auditeur désormais nourri à cette potée hyper énergisante et cyclothymique que nous ne cautionnons pas. Mais cette élégance de dandy, malgré l’extraordinaire basson de Grazzi qui à lui seul tire tout l’orchestre et imprime le mouvement, finit par son caractère décoratif par ramener les concertos à des Tafelmusik colorées comparable à ces tableaux convenus et de bon ton qui ornent les antichambres, sans que le visiteur n’y prête attention. Et quand la partition recèle des pépites comme ce Lhargetto du concerto RV481 en ré mineur, inquiétant puis attendri, nimbé de la nostalgie du regard vague que le basson capture d’un soupir trop solitaire, on se dit que le zéphyr manquait cette fois de souffle.

Armance d’Esparre

Technique : captation chaleureuse, avec le hautbois solo très proche.