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De grandes espérances

Publié dans : Concerts - Critiques - Festivals
24 mai, 2013

« Haendel – Le règne des castrats »

Valer Barna Sabadus,
Il Pomo d’Oro, dir. Riccardo Minasi

Valer Barna Sabadus – DR

« Haendel – Le règne des castrats »

Liste des airs

Georg Friedrich Haendel (1685 – 1759) :
Sinfonia pour cordes, HWV 339
Concerto à quatre, HWV 314
Sonate en trio Opus 2 n°8, HWV 393
Serse : « Frondi, tenere e belle… Ombra mai fu »
Rinaldo : « Cara sposa »
Serse : « Se bramate d’amar cho vi sdegno »
Giulio Cesare : « Vani sono i lamenti… Svegliatevi nel core »
Giulio Cesare : « Cara speme »
Giulio Cesare : « Seguiro tanto con ignoto passo… L’aura che spira »
Serse : « Crude furie » 

Nicola Porpora (1686 – 1768) :
« Alto Giove » 

Valer Barna Sabadus, contre-ténor

Il Pomo d’Oro :
Violon 2 : Alfia Bakieva
Alto : Giulio d’Alessio
Violoncelle : Lea Rahel Bader
Contrebasse : Marco Locciero
Clavecin : Stefano de Michelis
Direction et violon : Riccardo Minasi 

Concert donné le 24 mai 2013 en l’église de Froville (54), dans le cadre du XVIème Festival de Musique Sacrée et Baroque

Après une ouverture marquée la semaine précédente par la prestation d’Anne Sofie von Otter et de l’ensemble Cappella Mediterranea -que nous n’avons malheureusement pas pu couvrir, mais dont le souvenir ému bruissait encore parmi les aficionados -, la seizième édition du Festival de Musique sacrée et baroque de Froville accueillait ce vendredi le jeune contre-ténor d’origine roumaine Valer Barna Sabadus, déjà présent sur les terres lorraines en novembre dernier pour l’inoubliable Artaserse de Vinci à l’Opéra de Nancy, dans lequel il incarnait avec une aisance remarquée le rôle féminin de Semira. En cette fin de mai le climat lorrain n’avait d’ailleurs pas grand chose à envier à celui d’un mois de novembre, avec un thermomètre qui peinait à dépasser les sept degrés Celsius en extérieur, et faisait craindre à l’intérieur de l’église pour les accords toujours délicats des instruments baroques confiés à l’orchestre Il Pomo d’Oro, sous la direction de Riccardo Minasi.

Le programme était centré sur les oeuvres et airs de Haendel, et plus particulièrement de deux opéras, Serse et Giulio Cesare. En ouverture, la symphonie HWV 339 permit d’apprécier les attaques franches et l’onctuosité du phrasé des cordes, emportées dans un élégant tourbillon brillamment animé par le maestro Minasi. Puis s’éleva le timbre clair et expressif du contre-ténor dans le récitatif « Frondi tenere e belle », prélude à un « Ombra mai fu » délicatement scandé et plein d’abandon. Retour à une partie orchestrale pour le Concerto à quatre HWV 314, où les cordes dialoguèrent avec un raffinement précieux. Le « Cara sposa » révèla un beau legato, régulièrement ponctué d’ornements à la projection claire et puissante, prélude aux airs virtuoses inscrits à la suite du programme : la reprise se fit plus dramatique, longue complainte bouleversante rehaussée par les cordes, qui s’achèva sur un crescendo parfaitement maîtrisé. Point d’orgue de la première partie, le « Se bramate » de Serse enthousiasma les spectateurs, avec ses attaques vives, ses mélismes redoublés à la projection sans faille, appuyés par une bonne expressivité vocale et gestuelle, qui attirèrent un tonnerre d’applaudissements.

Riccardo Minasi © GB Opera

Craignant d’affronter le froid extérieur, de nombreux spectateurs restèrent dans l’église lors de l’entracte, ce qui retarda les ajustements d’accord du clavecin nécessaires pour la seconde partie. Celle-ci s’ouvrit donc sur quelques instants de silence, bientôt rompus par le legato fluide de l’ « Alto Giove » de Porpora. Des contrastes soignés rehaussèrent le « Svegliatevi nel core », entre des attaques incisives, des ornements qui fusaient, le moment de grâce bien détaché et quasi-maniériste du passage « l’ombra del genitor », avant de terminer en apothéose sur l’ornementation du final, qui déclencha l’enthousiasme du public

La sonate en trio (en fait quatre instruments, avec le clavecin de la basse continue) apporta un moment de relative sérénité, bien approprié pour annoncer la délicatesse du « Cara speme » : voix gracile et aérienne au phrasé parfaitement fluide, relayée par un orchestre qui laisse sonner chaque note autour du chant raffiné du violoncelle de Lea Rahel Bader, et égrenant de beaux ornements perlés…

Le programme ne pouvait se conclure sans de nouveaux morceaux de bravoure. « L’aura che spira » et ses attaques hardies appelèrent des ornements virtuoses, soutenus par des cordes nerveuses, presque saccadées, qui se firent encore plus étourdissants à la reprise. Dans le « Crude furie » qui suivit, le contre-ténor adopta fort justement un timbre un peu plus mat, sans que cela altère en rien la projection éclatante de ses mélismes. Conquis, le public obtint trois rappels, dont deux reprises (« Se bramate », et « Crude furie » dans lequel la vivacité du maestro Minasi faillit venir à bout de son archet, qui en perdit quelques crins dès les premières notes !). Ce soir-là dans la petite église de Froville, la chaleur avait gagné les coeurs…

Bruno Maury

Site officiel du Festival de Froville