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Dear pretty youth…

Musemois
26 novembre, 2013

Henry PURCELL (1659-1695)

« How pleasant ’tis to Love »

 « Sound the Trumpet », « Ah ! How pleasant ‘tis to Love! », « O Solitude! », Almand in D minor, « Still I’m wishing », « Seek not to know »,  Corant and Hornpipe in D minor, « Musick for a While », « Sweeter than Roses », A New Ground in E minor, « ‘Tis Nature’s Voice », « From Rosie Bow’rs », Hornpipe in E minor, « They tell us that you mighty Powers above », « Ah! how happy are we », « The plaint: O let me weep », A Ground in D minor, Roundo in D minor, « Strike the viol, touch the Lute », Prelude in A minor, « In vain the am’rous Flute », « An Evening Hymn ».

Scherzi Musicali
Nicolas Achten, baryton ; harpe, virginal
Reinoud Van Mechelen, ténor
Lambert Colson, flûte à bec
Laura Pok, flûte à bec
Justin Glaie, viole de gambe
Simon Linné, théorbe anglais
Solmund Nystabakk, guitare baroque
Direction : Nicolas Achten 

73’57, Alpha, 2013.

Voici une Muse du Mois qui pourra paraître controversée. D’ailleurs, sa désignation, qui ne participe aucunement d’un processus collégial, n’a pas manqué de soulever quelques sourcils étonnés au sein de la rédaction. Pourquoi cela ? En premier lieu parce que si la pratique de la transposition est relativement commune à l’époque, on s’étonne tout de même de ce « dialogue peu habituel entre baryton et ténor » – ainsi que le décrit le texte introductif de Nicolas Achten – qui rend les paroles de The Plaint ou From Rosie Bow’rs un peu déplacées. En outre, force est d’avouer qu’en dépit d’un effort louable de rendre compte avec fidélité de la rythmique particulière de la langue anglaise dont le « Scotch snap » (court / long), la prononciation du baryton apparaît parfois aussi sophistiquée que peu naturelle, notamment au regard de l’irremplaçable Alfred Deller, mais aussi d’autres chanteurs anglo-saxons,  tel Paul Esswood.

Quoiqu’il en soit, si cet opus nous a conquis, c’est pour deux raisons : en premier lieu, la richesse du continuo qui n’hésite pas à aller puiser dans les violes, guitare, harpe, luth/théorbe/guitare, virginal cordé en boyau, instruments qui certes existaient à l’époque de Purcell dans les milieux musicaux, mais dont le l’abondance complexe nous paraît tout de même excessive chez les amateurs londoniens. Mais qu’importe la musicologie, l’accompagnement est probable, et donne l’opportunité de déployer un luxe de sonorités et de couleurs allant bien au-delà de l’habituel luth dépressif et l’on redécouvre à l’image des savants éberlués par la polychromie de l’Acropole, un monde purcellien tout aussi intimiste mais plus varié. En outre, le soin apporté aux factures des instruments est tout à fait louable, et les notes de programme expliquent bien les différences entre le théorbe italien et son homologue anglais, accordé en sol, aux cordes doubles sur tout l’ambitus. Ce théorbe, entre les doigts habiles de Simon Linné, laisse entrevoir un son plus sec et dynamique, et ainsi le « Still I’m whisking », avec les théorbe, viole et flûte qui l’environne devient complexe et contrapuntique, au détriment de l’épure mélodique.

En second lieu, les chanteurs sont superlatifs. Reinoud Van Mechelen en particulier fait montre d’une subtilité et d’une humanité splendides, même dans les « tubes » comme un « Sweeter than Roses » ou un enjoué « Strike the Viol, touch the Lute » où son timbre chaleureux, son phrasé théâtral et articulé sans excès mais incroyablement proche des affects du texte font merveille. On regrette d’ailleurs les changements trop nombreux des textures de l’accompagnement (notamment la viole et le virginal) qui finissent par distraire l’auditeur. Nicolas Achten, l’homme orchestre, livre quant à lui un chant d’une noblesse apaisée, et use de son timbre profond et grainé pour apporter recueillement et douleur à un « O Solitude », un « O let me weep » sombres et concentrés. Il convainc cependant moins dans les duos (« Ah O happy are we » ou « Sound the trumpet ») en raison de chants qui semblent plus juxtaposés qu’en interaction avec son confrère. Un « Evening hymn » conclusif, avec son ground désespéré lui laisse cependant l’occasion de terminer le voyage avec une touchante humilité, dans une supplique souple et fervente.

Enfin, on ne serait pas complets sans mentionner qu’entre les airs sont intercalés des pièces instrumentales qui permettent de mieux goûter les instruments, d’une belle Almand au virginal languissant à un doux Ground à la harpe très virtuose où la basse obstinée paraît presque prendre le dessus, tous deux interprétés par Nicolas Achten, artiste aux multiples talents.

Un Purcell touchant et différent, à découvrir.

Viet-Linh Nguyen

Technique : excellente captation, très texturée.