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Déception

Muse3
3 mai, 2010

Antonio VIVALDI (1678-1741)

Giovanni BONONCINI (1670-1747)

Cantates

 

Vivaldi : « Cessate, omai cessate » RV 684, « O mie porpore più belle » RV 685, « Amor hai vinto » RV 683
Bononcini : « Siedi, Amarilli mia », « Care luci del moi bene »

 

René Jacobs (contre-ténor)
Vivaldi : Il Complesso Barocco, dir Alan Curtis
Bononcini : Sigiswald Kuijken, Lucy van Dael (violons), Wieland Kuijken (violoncelle)
Robert Kohnen (clavecin) 

60’14, Archiv Production, enr. 1978


Ce disque historique regroupe deux  enregistrements bien distincts consacrés tous deux aux cantates italiennes pour alto du début du XVIIIème siècle. Hélas, l’on aura connu des mets jacobsiens bien plus digestes.

Voilà donc le contre-ténor chez Vivaldi, dans le célèbre « Cessate, omai cessate ». Est-ce parce que Andreas Scholl (Harmonia Mundi) ou Gérard Lesne (Virgin) nous ont depuis gratifié de lectures plus sensibles et naturelles ? Ou avons-nous simplement oublié ce style d’il y a 30 ans ? Quoiqu’il en soit, force est d ‘admettre que le premier air de la cantate  nous fait serrer les dents tant le timbre de René Jacobs s’avère acide pour nos délicates oreilles. En outre, l’accompagnement d’Il Complesso Barocco plombe la dynamique de l’œuvre. Le jeu est extrêmement appuyé, pontifiant, pesant, retenant la phrase musicale et la verve mélodique. Le bel air « Ah ch’infelice sempre »  où les notes égrenées par les cordes, tantôt pizzicato, tantôt arco, symbolisent normalement des larmes ressemble davantage d’une morne pluie de novembre d’un ciel gris parisien. Les afféteries constantes du contre-ténor rendent également les les paroles difficilement compréhensibles. L’on se tourne alors vers le livret, dans l’espoir de les mieux comprendre, mais  elles n’y sont traduites qu’en anglais… et l’on se résigne alors à tendre l’oreille plus qu’il ne le faudrait, au risque de perdre tout sentiment de musicalité. Dans le dernier air de la cantate, le continuo atteint des sommets de lourdeur, jouant de manière brusque et saccadée. La voix de René Jacobs paraît étriquée et pincée, là où celle de son élève Andreas Scholl virevolte d’une virtuose agilité.

« O mie porpore più belle » donne une nouvelle chance au professeur de la Schola. A juste titre. Les violons deviennent plus allègres, bien que l’on s’approche davantage leur jeu de petits oiseaux printaniers que des cors de chasse que nous promet le livret. Le premier air permet à René Jacobs de mieux poser sa voix sans pour autant soigner davantage la prononciation. Le chanteur plus reposé, semble plus à l’aise avec la partition dont il règle le rythme. Sa voix possède ici un certain charme juvénile et nostalgique, avec ses passages de registre très apparents, un peu à la manière d’Alfred Deller. Le timbre charme par son côté fragile, peu puissant et assez mal équilibré mais lumineux.

La cantate suivante, « Amor hai vinto » renoue avec les hésitations du « Cessate, omai cessate ». Nous n’en saisissons d’ailleurs que les trois premiers mots, les vocalises se gorgeant ensuite des voyelles. L’orchestre redevient hannibalesque (avec ses éléphants), le continuo haché. On déplore nettement un manque de fluidité et de cohérence entre les différentes parties instrumentales. La dernière aria apporte cependant un nouveau souffle, grâce au réveil de l’orchestre. Malgré des aigus sur le fil de la justesse, René Jacobs gagne lui aussi en expressivité.

La seconde partie du CD, dédiée à Bononcini, est plus convaincante. Alors que le prélude de Bononcini commence, une toute autre atmosphère prend place. L’ensemble des Kuijken est dès le début très cohérent, il n’y plus ici une juxtaposition maladroite de basses et dessus mais un véritable orchestre homogène. L’aria « Siedi, Amarilli mia » rapporte les difficultés d’un amant à exprimer ses sentiments à la femme qu’il aime. Les deux rôles sont tenus par René Jacobs ; qui ne fait pas assez ressortir la différence entre les personnage Si le jeu n’atteint pas une vivante théâtralité, la voix est plus douce, mieux maitrisée.  Le continuo est aussi bien plus plaisant que celui d’Il Complesso Baroco avec un phrasé plus fluide, mieux marqué. Le chanteur a ainsi un chemin tout tracé sur lequel il avance, sa sûreté croissant au fur et à mesure que l’on s’achemine vers la fin du programme. Le dernier air enfin est peut-être le plus agréable, avec une pointe d’espièglerie.

C’est donc avec une certaine déception que l’on ressort de l’écoute de ce disque. L’on s’attendait à retrouvé le René Jacobs des madrigaux de Schütz (Harmonia Mundi) ou encore celui lumineux du Stabat Mater de Pergolesi (Harmonia Mundi) où il est accompagné du jeune Sebastian Hennig. Ce sera pour une autre fois.

Isaure d’Audeville


Technique : 
enregistrement ancien, captation correcte bien que datée