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"Nella pupille tue folgora il lume", Almirena (dedans tes yeux rayonne la clarté)

Museor
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Récital
31 décembre, 2009

Georg-Frederic HAENDEL (1785-1759)

Airs et duos d’opéra

 

Liste des airs

Poro, Re Delle Indie, Hwv28 : Ouverture « Caro ! Dolce ! » 
Orlando, Hwv31 : « Finche Prendi Ancora Il Sangue » 
Radamisto, Hwv12a : « Se Teco Vive Il Cor » 
Flavio, Rei Dei Longobardi, Bwv16 : « Ma Chi Punir Desio » 
Tamerlano, Hwv18 : « Piu Di Una Tigre Altero », « Vivo In Te » 
Ezio, Hwv29 : « Ah ! Non Son Io Che Parlo » 
Rinaldo, Hwv7a : « Scherzano Sul Tuo Volto » 
Alessandro, Hwv21 : Ouverture, « No, Piu Soffrir Non Voglio », « Da Un Breve Riposo », 
Amadigi Di Gaula, Hwv11 : « Pena Tiranna » 
Ottone, Re Di Germania, Hwv15 : « A Teneri Affetti »

Sandrine Piau (soprano), Sarah Mingardo (contralto)

Concerto italiano
Direction Rinaldo Alessandrini

72′, Naïve, 2009

 

L’on serait presque enclin à soupirer devant un énième récital d’airs de Haendel, à la jaquette légèrement Andy Wahrolisée. Certes, la distribution en est alléchante, avec deux grandes dames du baroque que le livret encense sans mesure, mais l’on se dit tout de même que ces florilèges démembrant les airs des opéras sont autant de carottages géologiques d’un massif autrement plus intéressant. Réfrénant notre préférence pour les intégrales, l’on pose le disque sur la platine (en portant un toast « pour la musique et pour la Muse ! » pour se donner du courage). L’ouverture de Poro. Il Concerto Italiano s’y révèle compact et dense, son chef Rinaldo Alessandrini soignant les effets de ses silences pour appuyer l’aspect sombre d’un drame qui va se nouer dans le sang. Puis vient le duo « Caro! Dolce! » pris à vive allure. Les voix sont belles et fusionnent avec grâce, mais le tempo trop sautillant ne leur permet guère de se déployer, et les interventions orchestrales seules maintiennent l’unité de la pièce. Bah.

Vient ensuite le duetto d’Orlando entre Roland et Angelique « Fichè prendi ancora il sangue ». Et l’on est à compter des premières syllabes rivés au timbre pur, frémissant, d’une fierté altière de Sandrine Piau en suppliante. Même Roland crie vengeance de manière fort attendrie devant tant de grâce et de douceur. Le bourreau atteint de folie de Sara Mingardo est un homme las, au timbre cuivré, aux vocalises peu appuyées. Le duo suivant « Se teco vive il cor » permet aux deux artistes de changer de registre, et de communiquer à l’auditeur leur joie simple et primesautière, d’un bonheur sans nuage, avec une complicité et une écoute mutuelle évidente qu’on retrouve dans le « Scherzano sul tuo volto » assez proche. Les vocalises sont esquissées avec aisance, dévalées sans coup férir, avec une aisance désinvolte qui ferait rougir plus d’un chanteur. Ce qui frappe au fur et à mesure de l’écoute, c’est l’alliance de deux timbres très caractérisés, une soprano claire mais suffisamment dramatique, et un contralto aux graves pleins, virils, à la voix opulente et d’une remarquable égalité sur toute la tessiture qui peut chausser sans souci les éperons des héros masculins à incarner.

Car avec Sara Mingardo, le souffle est ample, profond, les ornements robustes dans un « Piu di una tigre altero » fier et dur comme le cœur de la « tigresse » dont il est question. Le « Da un breve riposo » se dévoile irrésistiblement porté en avant, guerrier à souhait avec ses notes attaquées avec la confiance en la victoire totale. Le célèbre « Pena tiranna » – accompagné avec une insinuante suggestivité par Il Concerto Italiano, tout en tapis de cordes, hautbois aérien, basson rond murmurant – est délivré de façon noble et grandiose, drapé dans la dignité froissée d’une grande tragédienne sortie de chez Racine. Les articulations habilement dessinées, l’émission cuirassée chancelant volontairement de temps à autre, frissonnant avant de reprendre une lamentation d’une éloquence. Et tout cela avec un sens de la tenue et des nuances bonnement magistral. Voilà sans aucun doute le sommet de ce récital pourtant empli de beauté, et cet air nous a tant captivé que nous nous excusons de ne pas nous attarder plus sur les prestations solistes de Sandrine Piau, moins « visuelles », d’une élégance racée et retenue. Un mot cependant d’un « Ah! Non son io che parlo » – où l’orchestre semble un peu sec et distant – mais où le chant droit et le phrasé généreux et pudique de Sandrine Piau, doublé de ses aigus glacés, témoigne d’une rare maîtrise, certes moins extravertie que sa consœur, mais d’une froide beauté que l’on ne peut qu’admirer.

Sébastien Holzbauer

Technique : captation nette et précise, mettant fortement en valeur et en avant la voix de la mezzo.