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Delicatessen

Muse5
19 mai, 2013

Agostino STEFFANI (1654-1728)

Duetti da camera

Tu m’aspettatsti al mare
M’hai da piangere un di
Io voglio provar
Placidissime catene
Gia tu parti
E perché non m’ uccidete
No, no, no, non voglio se devo amare
Libertà! Libertà!

Daniela Mazzucato (soprano), Carolyn Watkinson (mezzo-soprano), Paul Esswood (contre-ténor), John Elwes (ténor), dir. Alan Curtis

54’50, Archiv, enr. 1981 à l’occasion du Berliner Festwochen, reed. 2012.

La réédition de ce CD datant de 1981 est une excellente idée qui va permettre de mieux comprendre la naissance de l’opéra. En effet cet art si subtil et codifié ne s’est pas fait en un jour et nombreux ont été ceux qui ont contribué à sa construction. Agostino Steffani n’est pas seulement le compositeur d’airs d’opéras somptueux remis au gout du jour par Cecilia Bartoli dans un CD au graphisme manquant de gout mais contenant des chefs d’œuvre de délicatesse. Déjà en 1981, des artistes de grand talent ont choisi un florilège de duos de chambre permettant à 4 chanteurs  de rivaliser d’élégance vocale et de théâtralité maitrisée. Les voix restent somptueuses avec des qualités de timbre et de diction fort enviables. Les choix permettent de mettre chacun en valeur l’associant ou l’opposant avec beaucoup de variété. Soprano/ténor, mezzo-soprano/contre-ténor, ténor/contre-ténor, soprano/mezzo-soprano.

Ces joutes vocales sans aucun vainqueur, si ce n’est chacun au service de tous,  permet de deviner bien des moments fulgurants de l’opéra seria en devenir. Les vocalises fusent, les nuances et les couleurs se répondent, constituant un véritable feu d’artifice vocal. Haendel en devenir vient à l’esprit mais également les cantates françaises ou l’art de Barbara Strozzi pour l’élégance du propos amoureux, et les sonates en  trio instrumentaux pour la richesse polyphonique. Un style sensuel autorise l’expression de biens des affects et permet à un véritable théâtre baroque d’envahir les salons. L’accompagnement du clavecin et du violoncelle n’est pas uniquement basse continue mais peut, en des ritournelles, prendre un fugace aspect concertant ou s’autoriser des traits de virtuosité revigorants.  Le succès de ses duos dans l’Europe entière a certainement préparé les oreilles à la rhétorique haendélienne si riche et foisonnante.

Paul Esswood possède un timbre de contre ténor d’une richesse et d’une homogénéité confondante. Le ténor de John Elwes se révèle noble et riche en nuances. Carolyn Watkinson est une voix de mezzo cuivrée qui a beaucoup d’abatage. Le soprano délicat de Daniela Mazzucato apporte beaucoup de fraicheur et de tendresse. Vraiment l’association de ces belles voix si bien conduites est très agréable et la diction parfaite permet au théâtre amoureux de se développer à l’envie. Le clavecin et le violoncelle sont d’attentifs compagnons musicaux. Alan Curtis au clavecin est rigoureux et tient fermement la barre tout en offrant aux chanteurs les respirations expressives et les ralentissements permettant aux frottements harmoniques de nous troubler. Seul le manque de viole de gambe, théorbe, harpe ou luth marque un peu le temps qui est  passé dans l’évolution de l’interprétation de la musique baroque … Oui vraiment cette réédition est une très bonne idée qui fera des auditeurs heureux…

Hubert Stoecklin

Technique : captation équilibrée qui met en valeur les timbres précieux des chanteurs.