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Déménagement de l’Opéra Garnier à Clichy-sous-Bois et Dubaï (Paris International Music Center)

Publié dans : Actualités - Edito
1 avril, 2015

Déménagement de l’Opéra Garnier à Clichy-sous-Bois et Dubaï

(Paris International Music Center)

 

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La Ministre Fleur Pellerin (et sa fille) lors de sa conférence de presse dans son bureau redécoré par Renzo de Portzonpic © Ministère de la Culture et de la Communication

Paris, 1er avril 2015 (Reuders/AFPP/MB/AhSahira) - Lors d’une conférence de presse dans les salons du Palais-Royal avant le prochain transfert des services du Ministère de la Culture et du Conseil d’Etat à Fresnes, la Ministre de la Culture a annoncé qu’elle suivrait intégralement les recommandations de la Commission bipartite pour la promotion de la Musique pour Tous dont elle a loué les propositions « audacieuses et qui vont dans le sens d’une démocratisation de la musique classique » et de « l’exportation à l’étranger de la musique classique européenne, en particulier l’opéra ».

Dans un contexte où l’administration comme le monde de la culture se sont montrés particulièrement dynamiques, avec notamment l’ouverture du Louvre Lens ou Abu Dhabi, le déménagement en cours du Ministère de la Défense à Balard ou du Tribunal de Grande Instance aux Batignolles, le Ministère a souhaité faire un geste fort en déménageant l’Opéra Garnier « monstruosité architecturale choucroutesque et bouffie d’orgueil d’un jeune architecte passe-droit » selon Renzo de Portzonpic, le lauréat pressenti du futur concours architectural et neveu de Gérald Luig, CEO de la grande multinationale du secteur du bâtiment du même nom.

L’objectif de ce « redéploiement » d’ici 2017 est double. D’une part, le Ministère fait le constat d’une multiplication de l’offre opératique sur Paris et la région parisienne, d’une « concentration illisible qui gonfle artificiellement l’offre et fausse la concurrence », ce que confirme la Commission européenne et le public : « Rendez-vous compte, il y a 2 opéras à Paris, sans compter le Théâtre des Champs-Elysées et Versailles et Covent Garden, je dois multiplier les abonnements, et je ne m’y retrouve plus » nous confie un célèbre mécène mélomane qui avoue aussi avoir oublié « où était la nouvelle Philharmonie et s’être retrouvé par reflexe à Pleyel ». « Clee-Chi, je n’y suis jamais allé, mais je connais l’Opéra de Shanghaï pas loin et c’est d’un très bon niveau » se félicite t-il.

D’autre part, le Ministère s’est engagé dans une démarche de revitalisation des territoires et de démocratisation de la musique, et « il était donc urgent d’abattre les idoles élitistes, les grands escaliers et les marbres pour amener les jeunes et les populations défavorisées, excentrées, vers cette musique, qui peut presque avoir le charme d’une bonne comédie musicale » comme le souligne avec malice la Ministre. Enfin, selon l’agence Portzonpic, les travaux de mise aux normes des interrupteurs des lieux de confort de l’Opéra Garnier seraient extrêmement coûteux, et dépasseraient le coût de construction du nouvel édifice.

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Le projet audacieux de Renzo de Portzonpic  dit « Smurk », axonométrie en écorché © Portzonpic & Associates

Clichy-sous-Bois est ainsi un symbole de l’union nationale retrouvée, après les tristes émeutes de 2005, et permettra de cimenter un sentiment d’appartenance commun. En outre le site est bien desservi par le RER puis un bus toutes les demi-heures non synchronisé sur l’arrivée des trains, et une navette spéciale de type « mini-van de 8 places » sera gratuitement mise à disposition après les concerts, sans réservation préalable. Le projet architectural de Renzo de Portzonpic baptisé familièrement « Smurk » prévoit une tour circulaire « en forme de colonne à ciel ouvert rappelant la grandeur classique et le dialogue des cultures » avec un toit amovible et un écran Imax pour les projections. Les vestiaires seront abolis (« on ne vient plus en capes et en hauts de forme ! ; le dress code sera casual, familial, quotidien »), les photos par smartphone autorisées pendant les représentations, de même que les boissons et la nourriture (comme au cinéma). Cela renoue aussi avec l’esprit de l’opéra baroque, où « l’on venait cancaner et trousser les danseuses » comme le rappelle Benoît Beautemps, auteur de « La danseuse à l’Académie Royale de Musique 1686-1764 : autopsie d’un mythe mondain » (CMBMW / Mardala, 2009, 13ème édition revue et augmentée).

Une galerie marchande avec un Starlucks à l’instar du Louvre, de même qu’un cinéma Mk3 et une salle de jeux vidéo d’arcade seront installés pour une offre « ludique, récréative et complémentaire ». Une sonorisation est prévue pour faire face aux dimensions ambitieuses de la salle qui pourra accueillir « autant que le stade de France, sur 16 étages ». Enfin, les distinctions sociales seront abolies, avec une catégorie unique, et un placement aléatoire, y compris de l’orchestre, ce qui a sans surprise soulevé les foudres de Sir William Grousset, l’actuel directeur musical de l’Orchestre de l’Opéra de Paris-Clichy et futur « Co-musician du Paris International Music Center », appellation provisoire du nouvel ensemble. Ce dernier cependant soutiendrait désormais « ce projet d’espoir », qu’il n’aura pas l’occasion de vivre du fait de sa nomination surprise à la tête de la Villa Médicis intervenue il y a 2 heures à peine.

La programmation sera éclectique avec un répertoire comprenant de grands classiques comme « Mozart l’opéra rock mais aussi d’autres formes d’opéras, opéras du monde, opéras pop, opéras hip hop » affirme sous couvert d’anonymat un conseiller du cabinet de la Ministre car le sujet n’est pas encore officiellement tranché, et le Conseil d’administration du PIMC doit encore statuer.

L’ouverture de Garnier Dubaï est quant à elle plus lointaine, avec 2020 comme date cible, et peu de précisions sont disponibles à l’heure actuelle si ce n’est l’objectif d’un « projet de prestige conciliant rentabilité et qualité », qui donnera aussi des opportunités d’expérience internationale à des « musiciens trop en résidence » et contribuera au rayonnement de la culture française. Un compositeur contemporain – dont nous devons taire le nom – prépare pour l’inauguration une adaptation des Troyens de Berlioz sur le synopsis de « Plus Belle la Vie ».

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L’Opéra Garnier au début du siècle – D.R.

De son côté, l’Agence France Domaine se félicite de la prochaine cession sous bail amphytéotique pour 99 ans à un consortium La Clé de Sol des anciens locaux de l’Opéra Garnier, en cours de déclassement de la liste des Monuments historiques en vue de faciliter leur reconversion. Après l’échec du projet de l’Hôtel de la Marine qui cependant pourra devenir le « palais de la saucisse » selon le Président Giscard d’Estaing (sic), La Clé de Sol, où l’on retrouve une partie non négligeable des acteurs précédents, souhaite faire de l’ancien opéra une « vitrine de l’artisanat français ». Une passerelle de verre « Le Pont des Soupirs » relierait le nouveau mall baptisé simplement « L’Opéra » aux Galeries Lafayette. La grande salle, débarassée de ses fauteuils, serait transformée en boîte de nuit, et le fameux réservoir souterrain deviendrait une attraction de type maison hantée, ou bien une promenade romantique en barque. Le restaurant gastronomique serait inchangé. Le loyer – même modeste – que recevra l’Etat viendra financer les efforts d’assainissement budgétaire.

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Maquette de l’Opera Night Club © Opera Night Club

Deux écueils demeurent, le coût très élevé de « Smurk » (2 milliards d’euros, soit plus du quart du budget annuel du Ministère de la Culture) du fait des normes de haute qualité environnementale, et les recours devant le juge administratif contre le déclassement de Garnier et les arrêtés d’expropriation à Clichy-sous-Bois qu’ont introduit « une poignée d’hurluberlus rétrogrades vindicatifs qui a peu de chance d’aboutir », comme le souligne le directeur des affaires juridiques, des marchés publics et de la communication du Ministère, Emmanuel Vlick, 24 ans, ancien de la banque d’affaires Rotschould et Cie.

Le Président Hollande s’est quant à lui félicité de « ce projet de tout l’opéra pour tous les français » et murmure en confidence que « ça m’a toujours intimidé le velours rouge, les Vikings et les perruques… avec le nouvel opéra, j’oserai enfin aller à l’opéra ! ».

Viet-Linh Nguyen