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Des châteaux en Espagne

Muse4
31 décembre, 2008

« Es el amor ay, ay »

Tonos humanos du baroque espagnol

Regina Iberica : Ma Jesús Prieto (soprano), Miguel Bernal (ténor), Guillermo M. Concepció (violoncelle baroque), Sara Ruiz (viole de gambe), Laura Casanova (clavecin et direction).

59’33, Verso, 2008. 

 

Voici un enregistrement assurément rare et curieux, du moins pour nos oreilles francophones, issu de la dynamique créativité du petit label Verso, particulièrement investi dans la redécouverte du baroque espagnol et portugais. Sous un CD à la jaquette soignée – enveloppé d’un élégant fourreau – se cachent des tonos humanos datant de tous le XVIIème siècle. Il s’agit en réalité de petits airs en solo ou en duo avec basse continue, sorte d’arie ou de duetti da camera à l’espagnole. Pour être plus précis et plus savant, les tonos adoptent souvent une structure couplets / refrain, où le refrain, plus développé, fait appel à des lignes vocales plus vastes et plus audacieuses que les couplets proches du récitatif accompagné. Pour les spécialistes de la versification espagnole, nous préciserons avec perplexité que les formes très variées des poèmes servant de support au début du XVIIème (sonnets, décimas, séguedilles, romances, redondillas, letrillas) laissent peu à peu la place à des romances à refrains ou des lettrillas. Ne nous en demander pas plus sur ce dernier point où nous avouons notre vile ignorance !

Le groupe Regina Iberica, sous le clavecin sonore de Laura Casanova a choisi d’en livrer une lecture élégante et fine, privilégiant les ports de voix et les ornements. L’art des duetti da camera d’un Stefani n’est pas si éloigné à l’écoute de ses complexes entrelacs vocaux, souvent en duo et où abondent les passages en imitation. A défaut d’être puissant et évocateur, le chant des deux solistes Ma Jesús Prieto et Miguel Bernal s’avère à la fois paisible et retenu. La soprano sculpte les mots, laisse s’épancher avec grâce et naturel le phrasé, sans prétention aucune. Le ténor, un peu plat dans les graves, laisse voir un timbre agréable et riche, qui se marie bien à celui de sa partenaire. Partenaire en effet, tant cette toute petite troupe de chanteurs et musiciens semble soudée. Le violoncelle, large et grainé, un peu bougon sur les bords, tempère le cliquetis étincelant du clavecin, structurant chacune des courtes pièces. Les tonos « Ay triste del que a sus rayos », « Mares, montes vientos » sont superbement ciselés, à la manière d’une arcade de l’architecture mauresque faite de courbes, d’éblouissante lumière et de pointes d’ombres. On regrettera simplement une sorte une grande unité de ton et de style tout au long de l’enregistrement qui rend son écoute intégrale assez monotone. La faute peut-être aux tempi calmement mesurés, au manque de contrastes et de ruptures.

Katarine Privlova

Technique : Bon enregistrement, pas de remarques particulières.