Close

Des nocturnes qui feraient oublier Chopin

Muse4
30 décembre, 2007

Nicola Antonio PORPORA (1686-1768) 

Notturni per i Defunti

Nicola FIORENZA (1726-1764)

Sinfonia adue violini basso, sinfonia a violoncello solo con violini e basso


Monica Piccinini (soprano), Romina Basso (Alto)
Choeur La Stagione Armonica

Dolce & Tempesta
direction Stefano Demicheli. 

69’21, Fuga Libera, 2007

Voilà hélas le fruit d’une moyenne arithmétique qui perd dès lors tout son sens. Comment juger un programme disparate qui alterne les trois sublimes Nocturnes pour les Défunts de Porpora avec des concertos de type vivaldiens somme toute assez convenus, importuns qui ôtent la magie du chant, et choquent par leur caractère entièrement profane ?

Porpora fut le grand rival de Haendel, dans la vie car la postérité en a décidé tout autrement, oubliant totalement sa pléthore d’opéras italiens. Ses Nocturnes, proches des Leçons de Ténèbres, ressemblent fort à celles du Belge Joseph Hector Fiocco auxquelles on aurait soupoudré une cuillérée de Pergolèse. On y retrouve ainsi une écriture virtuose, une basse très dynamique qui pousse la ligne de chant, une élégance mélodique qui laisse entrevoir le style napolitain « moderne ». La forme est très libre, s’apparentant à des airs sans da capos, des récitatifs accompagnés, du motet plus traditionnel. L’influence française est perceptible dans les mélismes, certains intervalles et l’attention portée à la diction et au texte. Pour rendre grâce à cette partition riche, Monica Piccinini possède exactement la voix qui convient : pure mais avec du corps, capable d’une belle projection dans les aigus, déjouant les passages virtuoses avec naturel. Romina Basso apporte quant à elle un alto stable et charnu, un rien sombre. L’émission laisse de temps à autre passer un peu trop d’air, mais le timbre est altier. Les rares repons du chœur, assez homophoniques, sont relativement décevants : le chœur de la Stagione Armonica apparaît un peu « vide » au niveau des parties intermédiaires, et se révèle plus enthousiaste que précis et nuancé. On dirait que les choristes ont été surpris au débotté par l’ingénieur du son, en pleine répétition.

Comme nous l’avons indiqué plus haut, les deux œuvres pour cordes, bien que sympathiques, brisent la cohérence et l’émotion de l’enregistrement. Entendons-nous bien, Dolce & Tempesta est un ensemble instrumental de premier ordre, attentif aux coloris des timbres, et d’une remarquable musicalité. On louera en particulier l’archet sensible de Marco Testori (violoncelle) qui articule son discours avec grâce. Mais ces aimables joyeusetés semblent terriblement déplacées ici. Leur écriture légère et superficielle se retrouve comme écrasée par la douleur et le mystère de Porpora. En bref, Fiorenza vient ici un peu comme un cheveu sur la soupe, une colonne de Buren au Palais-Royal, un Suisse sans hallebarde au Louvre, un courtisan emplumé cherchant un compagnon de billard lors d’une veillée funèbre… Alors pourquoi ne pas avoir complété le disque avec des cantates ou motets de Porpora ?

Armance d’Esparre

Technique : Belle prise de son, très enveloppante pour la voix, même si chaque instrument a un peu l’air juxtaposé