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Airs de Porpora

Museor
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Récital
31 décembre, 2009

Nicola Antonio PORPORA (1686-1768) 

Arias

Airs issus des opere serie Adelaide, Ezio, Angelica, Imeneo, Polifemo et Ariana in Nasso

Liste des airs

« Nobil Onda » (Adelaide)
« Non sempre invendicata » (Adelaide)
« Misera, dove son » (Ezio)
« Non son io che parto » (Ezio)
« Aci, amato mio bene » (Polifemo)
« Smanie » (Polifemo)
« Mi chiederesti meno » (Imeneo)
« Mentre rendo a te la vita » (Angelica) 

Ariana in Nasso :
Sinfonia
« Ahi che langue »
« Il tuo dolce mormorio »
« Misera e che faro ? »
« Misera sventurata »
« Si, caro ti consola »

 

Karina Gauvin
Il Complesso Barroco, Alan Curtis. 

78’56, ATMA, Intégral Distribution, 2009.

 

Avec une approche plus sobre mais tout aussi fantastique que celle du récent opus de Cécilia Bartoli que nous venons également de chroniquer (Decca), Karina Gauvin accompagnée par Alan Curtis et Il Complesso Barroco explorent le génie endormi de Nicola Porpora. Longtemps eclipsé par Händel et souvent considéré, à tort, comme un “petit maître”, Porpora fut un des compositeurs les plus respectés de son temps. Farinelli, Caffarelli, Porporino, Haydn, Metastasio, Hasse figurent dans le palmarès de ses disciples. 

Ce récital est né du parti pris d’Alan Curtis qui convainquit Karina Gauvin de se pencher sur Porpora, alors que la chanteuse québécoise voulait chanter du Händel. Et ce pari est réussi et nous déplorons le manque de publicité du label canadien ATMA en Europe. Parce que Karina Gauvin se surpasse tout autant que Cecilia Bartoli dans Sacrificium (Decca). Même si la voix de la première est peut-être moins brillante et ciselée que celle de la seconde, elle est dramatique et puissante, claire dans les vocalises et le port de voix. Par ailleurs, un des points communs de ces deux récitals est l’air Nobil onda de l’Adelaide de Porpora. A notre avis, cet air constitue la seule véritable faiblesse du disque Sacrificium, il est débité avec fureur et une vitesse incompréhensible par Cecilia Bartoli et Il Giardino Armonico, alors que le texte de l’air parle d’une “Onde noble et contenue”. Nobil onda ouvre le récital Gauvin, et la pondération d’Alan Curtis et Il Complesso Barroco sont fidèles au texte. Ne bousculant en rien la partition ils restituent l’affetti efficacement et nous rendent sensibles à la détermination et l’espoir du personnage d’Adelaide.

Le choix des airs est plutôt centré dans le dramatisme et la palette théâtrale de Porpora plus que dans un panorama de son œuvre. Nous sommes touchés par les airs Smanie de l’Ezio ou bien par le plaintif Mentre rendo a te la vita de l’Angelica. Et les larges extraits de l’Ariana in Nasso londonienne qui fut créée en confrontation directe avec Händel, montrent la proximité des styles des deux compositeurs rivaux tout aussi géniaux. Karina Gauvin s’y investit dans les récitatifs et nous offre une composition remarquable dans les airs. Elle revêt avec panache la tenue de tragédienne.

Nous célébrons la finesse de la direction d’Alan Curtis. Avisé et mesuré, Il Complesso Barroco accorde aux airs et récitatifs une profondeur particulière, nous rendant un Porpora peut-être moins virtuose mais plus sensuel, un génie du théâtre. Nous apprécions la cohérence et la force de l’orchestre dans l’ouverture de l’Ariana in Nasso. Nous encourageons vivement Alan Curtis d’explorer Porpora et pourquoi pas trahir un peu son engouement haendélien pour une intégrale du compositeur de l’Opera of Nobility.

En somme cette double chronique fait état avec enthousiasme d’un nouveau sens des redécouvertes baroques vers la musique napolitaine. Espérons que les promesses de ces deux programmes splendides qui se complètent, soient poursuivies par les programmateurs et les producteurs. Cecilia Bartoli (Decca) et Karina Gauvin tiennent dans leurs enregistrements respectifs les plus beaux joyaux de la rentrée discographique, espérons que d’autres s’ajouteront avec autant de passion, de candeur et de beauté.

Pedro-Octavio Diaz

Technique : Belle prise de son, très enveloppante pour la voix, même si chaque instrument a un peu l’air juxtaposé.