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Divinement timbrée !

Museor
19 février, 2004

Wolfgang Amadeus MOZART (1756-1791)

Airs d’opéra et de concert

Mozart_arias_PriceLa Clémence De Titus, K621 : Parto, Parto
Les Noces De Figaro, K492 : Giunse Alfin Il Momento – Deh Vieni, Non Tardar – E Susanna Non Vien! Dove Sono – Voi Che Sapete
L’Enlèvement Au Sérail, K384 : Martern Aller Arten
Le Roi Pasteur, K208 : L’Amero, Saro Costante
Don Giovanni, K527 : In Quali Eccessi Mi Tradi – Crudele? Non Mi Dir
Idomeneo, K366 : Idol Mio
Bella Mia Fiamma, Resta, O Cara, K528
Vado, Ma Dove?, K583
Vorrei Spiegarvi, O Dio!, K418

Margaret Price (soprano)
English Chamber Orchestra; Orchestre philharmonique de Londres, dir. James Lockhart

RCA- 82876-65841-2, enr. 1973-1974

 

Certains de nos collègues n’aiment pas Margaret Price, dénonçant « un timbre d’une platitude dramatique absolument confondante », une « émission aux reflets légèrement métalliques, qui a l’air de se gargariser de sa supposée beauté ».

Ces deux critiques sont totalement erronées. Peut-être les hauts-parleurs de notre confrère étaient-ils en mauvaise forme ce jour-là, à moins qu’un disquaire maladroit n’ait interverti les disques. En effet, ce récital d’airs d’opéra et de concert ne manque ni de feu, ni d’investissement théâtral. Qu’on écoute ce « Martern Aller Arten » survolté, ce « Dove sono » susurré, ce « Mi Tradi » désemparé, ce « Voi che sapete » gracieux. Margaret Price sait camper ses personnages, mais elle le fait avec la retenue et la sobre élégance d’une grande dame, multipliant les micro-nuances, les vibratello, plaçant quelques retards, hésitant faussement devant les vocalises, ne défigurant jamais la clarté de la ligne mélodique. 

Et côté voix… qui pourrait résister ? On soulignera à l’envi l’égalité des registres, et surtout les aigus lunaires et planants qui vous font frissonner et ne vous quittent plus. Rares sont les artistes capables de cette projection poétique, d’une légèreté et d’une stabilité à toute épreuve, capable de monter jusqu’aux cimes stratosphériques sans en redescendre.

L’accompagnement orchestral n’est qu’un écrin. Appliqué, charnu, il possède bien des qualités, notamment ses cordes boisés. Qu’importe, une bouillie infâme ferait l’affaire, car on ne s’en soucie guère, tout entier à l’admiration de la beauté des aigus d’un métal brillant et argenté, aussi solide que l’airain et aussi brillant que le diamant dont Margaret Price sait parfois prendre la dureté. Et que dire de cette sorte de tension permanente, de marche de somnambule sur le fil du rasoir. Si Margaret Price est si célèbre parmi les mozartiens, c’est pour le mystère de cette voix à la fois diaphane et décidée, fluide et tendue, inaccessible et vivante. 

Pourtant, nous ne possédons pas hélas tant d’enregistrements mozartiens de cette grande soprano galloise à chérir. Au-delà des récitals (dont d’autres bribes mozartiennes étaient parues dans un double CD en 1994), il nous reste son incarnation de Donna Anna dans la première version du Don Giovanni de Sir Georg Solti avec Lucia Popp et Sylvia Sass (Decca). Le casting féminin fait rêver, la direction, très dramatique et sombre, tend parfois à l’hystérie. Etrangement, la magie de Margaret Price opère moins que dans ce récital, car la voix semble plus cruelle, toute entière tournée vers la vengeance. Toutefois, aucun amateur de Margaret Price ne s’en passerait. Si seulement, on lui avait confié Donna Elvira…

Laissons-là les regrets. Et s’il faut convertir des païens, mettez simplement ce « Dove Sono », presque discrètement sur votre chaîne, pendant un dîner. Vous verrez les conversations subitement s’arrêter, même chez les amateurs invétérés de funk. 

Viet-Linh NGUYEN

Technique : Belle prise de son, très remasterisée ce qui la rend spectaculaire mais un peu artificielle.