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« Doch wer hört ihre Stimme nicht ? » (Psaume 19)

Muse3
31 décembre, 2009

Carl Philipp Emanuel BACH (1714-1788)

« Trost im Leid » : Lieder sacrés

CPEBach_trost_im_leidEnsemble Précipitations : Hervé Lamy (ténor), Sébastien Amadieu (clavecin)

57’22, Psalmus, 2009.

 

Pourtant, du point de vue de l’hédonisme musical strict, l’interprétation de l’Ensemble Précipitations, sensible mais inégale, ne nous précipitera guère avec passion dans les double portées d’une écriture dépouillée. Premier écueil, comme nous l’évoquions incidemment, la partition du compositeur est notée sur 2 portées seulement et Sébastien Amadieu a pris le parti de laisser toute la partie mélodique au ténor, se contentant d’un soutien harmonique attentif, mais qui s’avère vite bien monotone. Le musicien lui-même reconnaît qu « une fois la ligne de chant confiée en quasi-totalité au chanteur, que reste t-il au claveciniste ? (…) Bien peu en fait. » Et ce clavecin doucement scintillant mais très clairsemé, qu’une prise de son bien sèche semble détacher du chanteur, comme deux pôles antagonistes et indépendants, ne parvient jamais véritablement à s’immiscer dans les méandres du langage plus expressif de la voix. Heureusement, la sonate prussienne n°4 qui sert d’entracte permet au claveciniste de livrer un échantillon de son jeu fier et droit, enlevé et sans brusquerie, même si l’adagio luthé pourrait gagner en fluidité.

Ces Lieder, qui comportent d’ailleurs souvent des réminiscences de chants luthériens à la manière du Schmelli Gesangbuch remanié par Bach, reposent donc pleinement sur l’interprétation d’Hervé Lamy, que nous avions souvent retrouvé chez Christie ou Niquet autrefois. Le timbre est encore beau (notamment les graves), avec des articulations poétiques et rêveuses (« Bitten », « Neujahrlied », « Weihnachtslied » amusé). Toutefois, la voix a hélas perdu en agilité, l’émission voilée paraît parfois insuffisamment ciblée, et les aigus tirés (« Demuth »). Des pièces vives telles « Der neunzehnte Psalm » en souffrent particulièrement. L’intégralité du disque, d’une ferveur humble et un peu élimée, s’écoute toutefois avec intérêt, et l’on distinguera en particulier dans les pièces sélectionnée l’impressionnant « Der Tag des Weltgerichts », très théâtral et avec des accords plaqués du clavecin qui insufflent une violence crue. Cependant, leur court format, leur grande simplicité technique, et une réalisation d’une austérité toute protestante que d’aucuns pourraient considérer aussi plate que les conceptions astronomiques antiques pourront facilement décourager les auditeurs adeptes d’un Empfindsamkeit plus extraverti et sentimental.

Sébastien Holzbauer

Technique : enregistrement flou et un peu réverbéré