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Domine, quis sustinebit ?

Muse4
31 décembre, 2011

Marc-Antoine CHARPENTIER (1643-1704)

Te Deum H. 146

Michel-Richard DELALANDE (1657-1726)

De Profundis

 

Aude Fenoy, premier dessus
Théau Ebalard, second dessus
Vincent Lièvre Picard, haute-contre
Hervé Lamy, taille
Olivier Bresson, basse-taille
Baptiste Jore, basse

Maîtrise de Notre-Dame de Versailles
Sinfonie Saint Julien
Direction Jean-François Frémont

50’52, Rejoyce, 2011. 

 

Ce programme, dont nous tairons une jaquette d’un goût pyrotechniquement douteux, s’articule autour des fastes du grand motet versaillais, avec le fameux Te Deum H146 de Charpentier célébrant la Victoire de Steinkerque, et un De profundis de Delalande un brin moins célèbre. La réalisation de la Sinfonie Saint Julien s’avère inégale, avec un Te Deum rutilant mais manquant de finesse dans les articulations et d’une brillance monochrome, auquel s’adosse un le De Profundis poignant et équilibré. La note attribuée est donc une moyenne, de celle qui se vautre dans la constellation du milieu…

L’Eurovision, encore et toujours, ouvre le bal. Sur cette œuvre plus que rebattue, où la brutalité pressée de Minkowski (Archiv), le noble équilibre de Christie 1 (Harmonia Mundi) et les couleurs élégantes de Martin Gester (Opus 111) ont déjà conquis les mélomanes, la vision solennelle et grandiose de Jean-François Frémont n’innove guère, et pâtit d’une lourdeur compassée, depuis le Prélude martial et franc où les cuivres surdominent, jusqu’aux chœurs de la Maîtrise Notre-Dame de Versailles (captés de manière trop lointaine et réverbérée) qui peinent à convaincre, en dépit des intéressantes voix de garçons utilisées pour les parties de dessus.

En effet, les départs semblent souvent confus (sous réserve de la prise de son), le contrepoint peu lisible masqué par un enthousiasme sincère, l’espacement entre les pupitres ramassé. Surtout, la direction de Jean-François Frémont, trop tranchée, alterne entre élan guerriers d’une sécheresse ferme, et plages alanguies d’une largeur et d’une amplitude trop lyrique pour ce répertoire. L’ensemble, déséquilibré, pêche ainsi par les articulations des mouvements et une cohésion générale qui se cherche. Cela est d’autant plus regrettable que les solistes, notamment Vincent-Lièvre Picard et Hervé Lamy sont remarquables. Les effusions du « Te per orbem terrarum », fluide et lumineux, laissent poindre des regrets, balayés par le souffle pompeux et sans-arrière-pensée des trompettes du « Te devicto mortis » ou de l’ « In te Domine Speravi ». Enfin la signature sonore de la Sinfonie de Saint-Julien manque dans ce motet de caractérisation, avec des flûtes trop diaphanes, des cordes neutres, une basse continue trop discrète.

Plage 10.  On se demande, ravis, s’il s’agit du même ensemble. Dès la ritournelle introductive, la Sinfonie se révèle ample et généreuse, établissement un vaste climat de contrition fervente sur lequel le chœur, nettement plus posé, laisse s’épanouir avec justesse son appel déploratoire. On admire la couleur des dessus, la profondeur de l’ensemble, la subtilité virtuose du quatuor « Fiant aures Tuae » avec le touchant dessus Théau Ebalard, comme celle du souriant « Quia apud Te ». Constat identique au sujet des instruments obligés ou du continuo, aux sonorités nettement plus épanouies (hautbois du « Sustinuit anima mea » dialoguant avec liberté et grâce avec la douceur d’Aude Fenoy). Le chef s’avère plus à l’aise dans ce De Profundis de Delalande, qui appartient au 2ème âge du grand motet, avec une segmentation structurelle plus marquée, les solistes bénéficient d’interventions plus spectaculaires. Vincent Lièvre-Picard nous gratifie ainsi d’un « Quia apud Dominum » d’une musicalité pudique.

A l’issue de l’écoute de ce disque, force est d’avouer sa perplexité quant à cette étrange cohabitation. Jean-François Frémont signe t-il volontairement un pamphlet anti-Charpentier, se réjouissant de son abandon lors du concours de la Chapelle Royale de 1683, et mettant toutes ses ambitions et son talent au service de son collègue Delalande ? Alors que l’enregistrement s’est tenu sur 3 jours en octobre 2010, le travail sur le Te Deum était-il non encore abouti ou relevant d’une commande éditoriale ? Quoiqu’il en soit, si les auditeurs pourront aisément se passer du H146, cette lecture équilibrée et évocatrice du De Profundis, culminant dans les chromatisme du « equiem eternam », rivalise aisément avec la la version datée de Michel Corboz (Erato), le raffinement de Jeffrey Skidmore (ASV), ou la délicatesse un peu froide d’Edward Higginbottom (Apex).

Anne-Lise Delaporte

Technique : captation déséquilibrée, cuivres et solistes trop en avant dans le Te Deum.