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Domine salvum fac regem ! (Dieu sauve le Roi !)

Museor
14 mars, 2005

Jean-Baptiste LULLY (1632-1687)

Grands Motets

 

Le Concert Spirituel, dir. Hervé Niquet,

3 vol., Naxos. (disponibles séparément ou sous coffret, ré-editions d’oeuvres diffusées originellement dans la collection « Musique à Versailles ») 

 

On a trop souvent considéré le Grand Motet versaillais comme un genre lourd et pompeux, où les trompettes le disputaient aux timbales pour la plus grande joie des courtisans blasés. Rien ne saurait être plus réducteur, comme Hervé Niquet le démontre dans cette quasi-intégrale des Grands Motets du Florentin (il y manque malheureusement  le Jubilate Deo). Bien que le répertoire de la Chapelle Royale n’entrât pas dans ses attributions, Lully composa en 1664 son fameux Miserere; celui-là même qui fit pleurer Madame de Sévigné. D’autres devaient suivre. Le genre était nouveau et grandiose, à l’image du souverain et du Dieu qu’il voulait exalter. Œuvre de cour, c’est-à-dire ayant sa place dans la mécanique versaillaise, le grand motet était une sorte de cantate somptueuse, chœur continu ponctué de passages solistes. Au grand chœur de choristes répondait celui des solistes, autour de l’orgue. Lully composa ces œuvres à diverses occasions : Te Deum ou Quare Fremunt pour célébrer des victoires, Dies Irae et Requiem pour célébrer le décès de Marie-Thérèse en 1683…

La réussite d’Hervé Niquet réside dans une parfaite alchimie entre dévotion et grandeur. Les interprètes sont tous rompus au chant français (et prononcent le latin à la française).  L’orchestre est vif et précis, digne de celui de Lully dont on vantait l’attaque des violons dans toutes l’Europe. La densité et la richesse de l’écriture à cinq parties est remarquable, notamment dans les ritournelles et autres passages instrumentaux. La diversité des climats est magnifiquement rendue : de la ferveur du petit motet à la pompe de la tragédie-lyrique, le Concert Spirituel nous mène avec élégance et grandeur au fatal coup de canne que Lully s’infligea en conduisant son Te Deum à l’église des Feuillants. Il en mourut. Heureusement qu’ Hervé Niquet n’a pas conduit l’exactitude de sa merveilleuse reconstitution jusqu’à ce point. 

Manque à cette quasi-intégrale le Jubilate Deo que l’on retrouvera sous la baguette d’Olivier Schneebeli chez K 617.

Viet-Linh Nguyen

Technique : Bon enregistrement. Aucune remarque particulière.

Autres enregistrements  : Celui de Philipp Hereweghe du Miserere et d’autres grands motets, chez Harmonia Mundi. Malgré de fort bons interprètes, le chef parvient, tout comme pour l’Armide du même Lully, à transformer un joyau en bouillie soporifique. Totalement déconseillé. La Chapelle Royale n’est plus ce qu’elle était il y a trois siècles !

Pour en savoir plus : Le Grand Motet versaillais: naissance d’un idiome musical français ?