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Au pays des moulins… (Bodin de Boismortier, Don Quichotte chez la Duchesse, Le Concert Spirituel – Opéra-théâtre de Metz Métropole, 18/01/2015)

Publié dans : Concerts - Critiques
24 janvier, 2015

 Jean-Joseph BODIN de BOISMORTIER, Don Quichotte chez la Duchesse

Le Concert Spirituel, Direction: Hervé Niquet
Opéra-Théâtre de Metz Métropole, 18 janvier 2015

 

© Opéra-Théâtre de Metz Métropole

© Opéra-Théâtre de Metz Métropole

 

Joseph Bodin de Boismortier (1689 – 1755)
Don Quichotte chez la Duchesse (1743)

Opéra-ballet comique en trois actes
Livret de Charles-Simon Favart, d’après Cervantès
Créé à l’Académie Royale de Musique et de Danse, Paris, 12 février 1743 

François-Nicolas Geslot, Don Quichotte
Marc Labonnette, Sancho Pança
Chantal Santon Jeffery, Altisidore & la Reine du Japon
Gilles Benizio, le Duc & le Japonais
Thomas Roediger, Montésinos, Merlin & le Traducteur
Aline Maalouf, la Paysanne & une Suivante
Aline Metzinger, une Amante
Charles Barbier, un Amant 

Direction musicale: Hervé Niquet

Orchestre Le Concert Spirituel

Violons 1 : Olivier Briand (Premier violon), Benjamin Chénier, Marie Rouquié, Florence Stroesser
Violons 2 : Bérengère Maillard, Myriam Cambreling, Yannis Roger, Nathalie Fontaine
Hautes-contre de violon : Géraldine Roux, Jean-Pierre Garcia
Violoncelles : Tormod Dalen (Continuo), Julie Mondor, Annabelle luis, Nils de Dinechin
Contrebasses : Luc Devanne, Marie-Amélie Clément
Flûtes : Alexis Kossenko, François Nicolet
Hautbois et Flûtes : Héloïse Gaillard, Luc Marchal, Xavier Miquel, Yanina Yacubsohn
Bassons : Nicolas André, Laurent Le Chenadec, Anaïs Ramage, Stéphane Tamby
Clavecin : Elisabeth Geiger (Continuo)
Percussions : Isabelle Cornelis

 

Chœurs

Choeurs du Concert Spirituel
Hautes-contre : Charles Barbier, Damien Brun
Chœur de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole, sous la direction de Nathalie Marmeuse
Ballet : Camille Brulais, Vincent Clavaguera, Rodolphe Fouillot, Anna Konopska, Camille Lélu, Vivien Letarnec en partenariat avec La Cie La feuille d’Automne

Mise en scène : Corinne et gilles Benizio (Shirley et Dino)
Chorégraphie : Philippe Lafeuille
Décors : Daniel Bevan, réalisés par les ateliers de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole
Costumes : Anaïs Heureaux et Charlotte Winter
Masques, Accessoires-couture et Patines : Julie Lance
Perruques : Jorge Munoz-Cancino
Lumières : Jacques Rouveyrollis
Chef de chant : Elisabeth Geiger
Assistante de la mise en scène : Pauline Jolly
Assistante aux lumières : Jessica Duclos 

En coproduction avec l’Opéra Royal / Château de Versailles Spectacles, avec le soutien du Centre de Musique Baroque de Versailles (CMBV)

Représentation du dimanche, 18 janvier 2015 à l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole

En ces temps où le monde semble marcher sur la tête, l’humour et le rire sont des remèdes qui soignent l’esprit et l’âme. La nouvelle production de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole, en coproduction avec l’Opéra Royal – Château de Versailles Spectacles, en est le parfait exemple.

L’opéra Don Quichotte chez la Duchesse de Joseph Bodin de Boismortier n’en est pas un. Il s’agit en fait d’un court ballet comique, sur un livret de Charles-Simon Favart (1710 – 1792), représenté à l’Académie Royale de Musique, le 12 février 1743, suivi alors d’une reprise des facétieuses Amours de Ragonde de Mouret. L’oeuvre nous entraîne dans une « valse » folle et hilarante, à la fois tendre et cruelle, le noble héros se faisant jouer par des courtisans qui s’en gaussent. Ainsi, au cours de leur fantasmagorique voyage, Don Quichotte et Sancho Pança traversent les terres du Duc et de la Duchesse. Ces derniers, fidèles lecteurs de Cervantès, reconnaissent leurs visiteurs et les invitent dans leur château. Point de noble invitation ! Bien au contraire, elle n’est qu’une mascarade pour se jouer de ce chevalier peu ordinaire et de son zélé et perfide serviteur.  Emporté par cette intrigue totalement délirante, le héros croise des bêtes sauvages, des monstres, des enchanteurs, des princesses et des Japonais … nécessaires aux danses et chœurs décalés. Don Quichotte ne voyage que dans son propre esprit tourmenté par le fidèle amour voué à Dulcinée !

Déniché en 1988 par Hervé Niquet et enregistré avec verve chez Naxos, le chef en a fait un de ses coups de coeur – et on le comprend – et a déjà vu la scène sous sa baguette notamment à Metz en 1996 avec une mise en scène de Vincent Tavernier ou encore en 2001 à Lucerne. Cette fois, ce « loufoque » ballet comique revoit le jour avec la complicité de Corinne et Gilles Benizio, plus connus sous leurs noms de scène Shirley et Dino. Ce talentueux duo cousin/cousine a créé de toute pièce le texte dramatique et le rôle du Duc mettant en œuvre toutes les farces jouées. Il s’agit de leur deuxième collaboration après celle du King Arthur monty pithonesque de Purcell, véritable succès !

Leur infernal trio ne connaît aucune limite. La preuve en est apportée royalement par un « Hervé Niquet délirant » à l’ouverture. Il déambule, au milieu des spectateurs, accoutré d’une armure. Il enjambe le garde-corps de la fosse, puis se hisse sur scène grâce à une échelle. Il dresse l’histoire de cet opéra, le portrait et le tempérament de la Duchesse, subtil mélange entre Josiane Balasko et Nadine Morano selon les propres termes du maestro. Des rires émanent du public. L’humour régnera tout au long de cette représentation, notamment avec les nombreuses interventions du Duc, rôle tenu par Gilles Benizio, maître incontesté pour sortir de l’œuvre et de s’en amuser !

© Photo Gilles Wirtz – Le Républicain Lorrain

© Photo Gilles Wirtz – Le Républicain Lorrain

 

Le « sérieux » semble revenir… Le maestro, à la tête de son orchestre Le Concert Spirituel, donne une ouverture vivace, bouillonnante de vie. Cette musique riche, colorée n’a rien à envier à celle de Rameau dans Platée, notamment dans “l’air de la Folie”. Chaque note pétille et virevolte atteignant chaque recoin de la salle. Un peu plus tard, les musiciens suivront leur chef dans sa douce folie en interprétant un florilège de musiques allant du baroque de Boismortier en passant par des mélodies plus contemporaines (Star Wars, le générique de la 20th Century Fox, La Piste aux Etoiles) pour revenir à la trame plus baroque de l’opéra ! Autre moment de délire, l’entracte donne l’occasion au maestro d’apparaître en costume de matador avec de magnifiques collants roses, castagnettes en main pour accompagner une belle andalouse, Corinne Benizio, interprétant la Cucaracha.

Dans le premier acte, François-Nicolas Geslot incarne un Don Quichotte fort convaincant tant par sa qualité vocale que par sa présence scénique naturelle. Le premier air “Astre du jour” révèle sa chaude voix de ténor. Attaché à son rôle, il croit sauver Altisidore – Chantal Santon Jeffery, soprane française à la voix claire et pure – des griffes d’un monstre. Elle brode une dentelle de vocalises toutes plus fines les unes que les autres.

Le Chœur de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole arbore fièrement une homogénéité vocale à couper le souffle. Les nuances et couleurs apportent une force nécessaire à la marche “Chantons tous un héros indomptable” avec appui du corps de ballet (acte I, scène 4). 

Tout au long des ses interventions, le baryton Marc Labonnette défendra avec force son rôle Sancho Pança avec une voix puissante et claire appuyée sur une excellente diction.

Don Quichotte, au deuxième acte, libère les victimes du magicien Montésinos, Thomas Roediger occupant également les rôles de Merlin et du Traducteur, membre du chœur de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole ainsi qu’Aline Maalouf (Paysanne et Suivante) et Aline Metzinger (une Amante). Un amant tenu par Charles Barbier, haute-contre, courtise de sa voix angélique en “lui livrant son cœur” le chevalier Don Quichotte. Ce dernier surpris lui oppose une fin de non-recevoir “Vos jeux n’ont rien qui m’intéresse”. Quant au troisième acte, il signe l’apothéose de ce héros si farfelu mais si fidèle à Dulcinée. L’amour triomphe malgré les tentatives vaines de séduction d’Altisidore, encouragée par son propre serviteur Sancho.

Ce monde irréel disparaît comme par enchantement lorsque l’ensemble du chœur et du ballet, en guise de final, défile pancartes à la main sur lesquelles est inscrit « Je suis Charlie ». Le public ovationne cette liberté, la liberté de mise en scène, la liberté d’expression…Utilisons sans retenue le rire comme seule arme ! Nous sommes Charlie.

Jean-Stéphane Sourd Durand

 

Dates prochaines représentations :
Opéra Royal – Château de Versailles
Vendredi, 6 février 2015 à 20h00
Samedi, 7 février 2015 à 20h00
Dimanche, 8 février 2015 à 16h00