Close

Ecce quod natura

Muse5
31 décembre, 2010

Gilles BINCHOIS (1400-1460)

« L’argument de beauté »
Polyphonies sacrées, plain-chant et carols anonymes

Liste des morceaux
 

Kyrie
Gloria
Sanctus
Agnus Dei
Da pacem Domine (Antienne)
Virgo rosa venustatis (contrafactum)
Ave corpus Chisti (contrafactum)
Ut queant laxis
A solis ortus cardine
Benedicamus Domino – Deo gracias
Inter natos mulierum – Fuit Homo
Alleluia – Salve mundi
Alleluia – Gaude dei genitrix 
Omnes una gaudemus (Carol)
Ecce quod Natura (Carol)
Salve sancta parens (Carol)
Princeps serenissime (Carol)
Diffusa est gracia – Propter veritatem (Graduel)
Priusquam te formaret – Misit Dominus (Graduel)

binchois_discantusEnsemble Discantus :
Christel Boiron, Hélène Decarpignies, Anne Guidet, Lucie Jolivet, Brigitte Le Baron, Brigitte Lesne, Caroline Magalhaes, Catherine Schroeder, Catherine Sergent: chant et cloches à main

Direction Brigitte Lesne

61’25, Aeon, 2010

 

Pour les mélomanes du XXIe siècle, le nom de Gilles Binchois se rattache avant tout à des chansons d’amour courtois, dont une quarantaine a traversé les siècles jusqu’au nôtre. Issu d’un milieu bourgeois, Gilles de Binche aurait dans sa jeunesse porté les armes avant de se consacrer à la vie religieuse. L’occupation anglaise durant la Guerre de Cent ans permit à notre homme, alors attaché à la maison du duc de Suffolk, de s’imprégner du style anglais en recevant l’enseignement de John Dunstable (c.1380- 1453), compositeur acclamé par ses contemporains pour avoir su concilier la rigueur du contre-point français et la vocalité des madrigaux italiens. Cette formation lui attirera les faveurs de Philippe le Bon – duc de la cour de Bourgogne dont le rayonnement s’étendait alors sur l’Europe entière – qui le gardera à son service jusqu’en 1453.

En s’aventurant dans le répertoire sacré de ce compositeur, l’Ensemble Discantus dirigé par Brigitte Lesne donc choisi de sortir des sentiers battus et se propose d’être notre guide dans l’univers un peu austère, et assurément complexe, de la polyphonie du XVème siècle. L’image (sonore) que l’interprétation moderne et ordinaire a construite de la musique médiévale semble, à l’écoute de cet enregistrement, terriblement plate et monochrome. Loin de nous les monodies uniformes que l’on peut encore entendre dans certaines paroisses ou sur la plupart des disques, débitées sans vraiment en connaitre ni en comprendre la direction ; à l’époque de Binchois, le rythme n’avait pas encore été enfermé dans des formules strictes et indépendantes mais il était bien au contraire régi par le caractère du chant et par le texte-même, dont certains mots méritaient de recevoir plus d’attention que d’autres.

Les différents hymnes, graduels et autres carols réunis ici peuvent donc s’épanouir au moyen de cette palette interprétative inhabituelle qui leur permet de révéler la subtilité de la plume qui les fit naitre. C’est un peu comme si l’on passait au cinéma en 3D et que les reliefs prenaient alors toute leur importance. L’articulation soignée et bien plus diversifiée que celle du latin scolaire apporte également des couleurs nouvelles et assure la fluidité de la mélodie.

Il faut dire que les voix de Discantus se plient avec une complaisance particulière aux exigences du chant médiéval. A la fois pures et timbrées, droites sans être rigides, chacune conserve ses singularités tout en respectant celles des autres. Une véritable cohésion s’opère alors au sein de l’ensemble, conjuguant les dynamiques et les intentions musicales individuelles. Certaines voix demeurent cependant particulièrement marquantes, comme celle d’Hélène Decarpignies. Surprenant de fraîcheur et de naturel, son soprano agile  emprunte au rayon solaire sa droiture et tient sa sensualité du cœur palpitant. Il semblerait que dans l’Agnus Dei et le Sanctus, la chanteuse parvienne à relier le cœur du fidèle à l’oreille du divin.

Prémisse de la lente marche du temps vers l’Avent, le carol Ecce quod Natura – en version instrumentale – insuffle un vent d’insouciance que portent les tintements joyeux des cloches à mains. Pris dans une véritable stéréophonie, l’auditeur se laisse aller au doux balancement que les musiciennes installent par leur grande précision rythmique, tout en préservant des contrastes de nuances.

Un livret intéressant et précis accompagne cet enregistrement, nouveau témoin des richesses de la musique médiévale et de la considération qu’elle mérite de recevoir à l’avenir.

Isaure d’Audeville

Technique : prise de son assez proche, bien équilibrée qui crée un agréable sentiment de proximité avec les chanteuses.