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En Filigrane

Publié dans : Concerts - Critiques
22 mars, 2014

Johann Sebastian Bach

Fantaisie en la mineur BWV 922
Suite en si bémol majeur BWV 821
Fantaisie en sol mineur BWV 917
Adagio en sol majeur BWV 968
Fantaisie en do mineur BWV 921
Fantaisie en do mineur BWV 918
Sonate en ré mineur BWV 964

Violaine Cochard © Tous droits réservés

Violaine Cochard © Tous droits réservés

Violaine Cochard, clavecin Jean-Henry Hemsch 1761 (collection du Musée de la Musique)
 
Mardi 18 mars 2014, Amphithéâtre de la Cité de la Musique, 19h
Dans le cadre du cycle Johann Sebastian Bach – Les tempéraments
 
Pour certains le clavecin est un instrument étrange, pour d’autres il est assimilé à l’agacement du son grêlé qu’il génère. Mais les cordes pincées qui nous invitent à réinventer nos approches de Bach et nos préjugés sur l’art intimiste du clavier sont le clair reflet non seulement d’une esthétique mais aussi d’une idiosyncrasie. Malgré la « mode » de la parité, il est encore d’usage de parler de « grands hommes » pour l’histoire de l’humanité, aussi oublie-t-on souvent que nos fondements biologiques ont pour terreau la féminité.
 
De tous les siècles, le XVIIIème est le plus féminin. A l’image de l’ère hellénistique, tout semble d’un raffinement et d’une délicatesse assombris par de violentes pulsions. Le XVIIIème siècle est dominé par les « salonnières », par les princesses d’esprit ou de frivolité, par un style propre à la galanterie.

Pour les tenants de la blafarde et mythique spiritualité de Bach, le clavecin est un instrument exotique. Le Cantor est un compositeur de son temps et le répertoire de clavecin qu’il a composé n’est pas aussi austère qu’on le croit.
 
Il fallait en effet l’élégance d’une interprète telle que Violaine Cochard pour rendre honneur à ces œuvres trop méconnues de l’immense composition de Bach pour le clavecin. Dans les Fantasias, le toucher de Violaine Cochard est inspiré et insuffle un brin de liberté du carcan du contrepoint, nous découvrons un Bach explorateur de sonorités, plus proche d’un Domenico Scarlatti que des rigueurs germaniques. Dans l’Adagio en sol majeur, Violaine Cochard nous ébahit avec un sentiment à la fois paisible et introspectif. Le récital se finit en beauté avec une Sonate en ré mineur éblouissante de puissance et de virtuosité. Ici, pas de demi-mesures ni de pudeur, Violaine Cochard nous livre par son jeu un Bach renouvelé, dont les chefs d’œuvre ont des couleurs très brillantes. Tout en filigrane, comme le soleil après l’orage, le Bach selon Cochard nous réchauffe et nous réconcilie avec une verve musicale jusqu’ici noircie par la bure.

Pedro-Octavio Diaz