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"Enfin un disque de musique pour luth !"

Muse3
31 décembre, 2009

Denis (1603-1672) et Ennemond GAULTIER (1575-1651)

« Apollon orateur »

 

Anthony Bailes (luth Gregori Ferdinand Wenger, 1722)

66’, Ramée, 2009.

… s’écriait votre valeureux serviteur, qui n’attendait que cela depuis des lustres fort longs, à l’annonce des critiques à se partager en début du mois. Inutile de préciser sa hâte, ni son empressement lorsqu’il le reçut quelques jours plus tard, le gavant tout aussi net à son non moins valeureux iPod®, pour se précipiter dans une écoute presque frénétique — d’autant que les Gaultier semblaient une belle promesse, trop peu enregistrés sur leur instrument original. Mais la joie véritable ne fut pas suivie de l’extase escomptée, peut-être parce que trop impatiemment attendue. Car on peine à vraiment rentrer dans l’enregistrement, à s’en laisser gagner immédiatement. Le Prélude, en sol majeur, est agréable, mais tout semble un peu vague, appliqué, de même que la Pavane qui suit. La ligne déambule langoureusement, tranquillement, un peu torve. On s’y perd — cel respire beaucoup voire trop, la tenue se dissipe. Si bien que l’auditeur, quoique charmé par une musique charmante et raffinée, ne parvient pas à garder ses oreilles aux aguets : la partie semble jouée par avance, sans véritable tension.

On semble entendre Anthony Bailes, travailler, lutt(h)er un peu avec le texte, et l’on se surprend à penser à un chef s’agitant devant un orchestre assoupi (non, nous ne citerons pas de nom en l’occurrence, quoique la tentation en soit grande). Les ornements, pourtant si élaborés dans la musique luthistique française et baroque, et encore plus chez Gaultier, se dissipent puisque le rythme s’attarde plus que de raison (Tombeau de Monsieur de Lenclos, par exemple). Même les Chaconnes du père Gaultier ne nous séduisent pas autant qu’elle pourraient. Le rythme, pourtant assez rapide, se révèle pesant, essoufflé.

Heureusement la première Courante et son Double (toujours en sol majeur) s’empare d’une énergie jusque là absente, et relance notre écoute, par une précision dynamique, mais qui semble se reperdre progressivement, à mesure que les courantes se suivent et se doublent. Il y aura d’autres moments souples, mesurés, entraînés qui nous séduiront, comme une Gigue (solM) et une Canarie (faM), une Courante et son Double (lam) aux ornements ciselés, avec un toucher habile, animé par un beau mouvement d’avant-bras très précis, deux Sarabandes (lam et Diane au bois) bien tenues, se suspendant par de récurrents accords levés par un index-majeur (auxquels s’ajoutent parfois l’annulaire) — et heureusement, la pièce titre du disque, l’Apollon orateur (mode myxolidien), où la main droite se révèle d’une tendre délicatesse, tant dans les accords, que dans les rapides croches dynamiques et bien dosées.

La dernière partie de l’enregistrement, une série de pièces en si mineur nous font regagner notre intérêt. Mais hélas, il est trop tard, et il nous peine d’avoir à écrire que ce disque – quoique jamais déplaisant – ne se prête guère à une écoute attentive mais enjolive agréablement un entretien – pas forcément avec les dieux. 

Charles Di Meglio

Technique : la prise de son, quoique précise, reste  un peu lâche, laissant trop d’air et de réverbération autour du luth, et permet d’entendre l’incessante et forte respiration du luthiste, les craquements de son fauteuil, les doigts de sa main gauche s’agitant sur la touche…