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Entretien avec Max Emanuel Cencic, contre-ténor

Publié dans : Dossiers - Interviews
24 juin, 2011

Entretien avec Max Emanuel Cencic, contre-ténor

 

Max Emanuel Cencic – D.R

« Le plaisir, c’est lors de la représentation. »
Quelques moments avant son entrée sur la scène néo-classique de l’opéra de Nancy – qui bien qu’inauguré en 1919 n’en respecte pas moins le style baroque de la Place Stanislas – Max Emanuel Cencic – que nos lecteurs ont l’habitude de trouver sur nos pages au gré de nos recensions – Max Emanuel Cencic, donc, a accepté avec naturel de répondre à quelques questions, lors d’un face à face aussi agréable que frustrant, tant nous aurions aimé approfondir la discussion. Partie remise ?


Muse Baroque : Bonjour Max Emanuel Cencic. Je vous retrouve à Nancy, où vous allez chanter le rôle de Ruggiero dans l’Orlando Furioso dirigé par Jean-Christophe Spinosi. Vous étiez il y a deux semaines à Froville pour un concert Haendel dans le cadre du XIVème Festival de Musique Sacrée et Baroque, dont nous avons rendu compte dans nos colonnes. Vous semblez donc apprécier particulièrement la Lorraine ?

M.E Cencic : Je recherche par-dessus tout des productions très variées. Et j’ai une bonne expérience dans ce domaine avec l’Opéra de Lorraine, où je chanterai le prince Orlofsky dans La Chauve-Souris à la fin de l’année. C’est l’une des rares scènes qui ait une programmation aussi riche, avec l’opéra de Lausanne, où j’aime également beaucoup me produire. A Froville, j’ai toujours beaucoup de plaisir à créer un nouveau programme à chaque saison, pour le faire découvrir au public…

MB : Et pour notre plus grande joie ! D’autant que l’on perçoit que votre voix semble avoir atteint une certaine maturité, avec une grande palette dans les couleurs du timbre, qui vous permettent justement d’aborder des rôles très variés. Comment vous y prenez-vous ?

M.E. C.  : Le travail pour y parvenir est très dur, le plaisir c’est lors de la représentation. Il est donc indispensable que la production proposée me plaise. Chaque demande nouvelle est aussi une révélation de mes propres possibilités, que j’explore ainsi pas à pas, rôle à rôle, sans avoir une idée préconçue de ce que je chanterai ensuite.

Max Emanuel Cencic – D.R


MB : Mais plus précisément, comment travaillez-vous ?

M.E. C.  : Je m’entraîne environ une heure par jour, jamais plus. C’est un exercice qui demande beaucoup de concentration…Et je suis un perfectionniste !

MB : Et pour l’ornementation ? Souvent dans le répertoire baroque l’ornementation laisse une part importante à l’initiative du chanteur : comment la traitez-vous ?

M.E. C.  : Chaque chanteur doit en effet décider ce qu’il a envie de proposer comme ornementation. Pour moi, il est important avant tout de ne pas en faire trop. J’aime respecter la composition et les harmonies, ne pas verser dans des ornements qui ne seraient pas naturels pour la voix du chanteur, ou trop éloignés de la partition.

MB : Votre dernier enregistrement paru, avec des airs de Haendel pour mezzo (Virgin), a reçu un excellent accueil des amateurs et suscité des critiques élogieuses

M.E. C.  : Je chante Haendel depuis plus de vingt ans, et cet album est l’aboutissement de mon expérience dans ce répertoire. Je connais bien les airs, le style requis pour cette musique. Je me sens littéralement dedans, car il est capital d’être expressif. En bon psychologue, Haendel a établi un lien fort entre la musique et le texte, et la virtuosité vocale est également importante. Son style résulte du mélange entre le style italien, celui de la virtuosité vocale, et le style français, basé sur le drame. Cela représente une sorte de perfection, dont on est toujours en quête. Mais il est essentiel de garder la mesure, de ne pas « en faire trop ». Il faut engager toutes les couleurs de l’expression. A l’époque baroque déjà, c’était une exigence envers les chanteurs, qui devaient conserver les cinq expressions du drame.

MB : Mais vous chantez aussi des cantates, dont l’univers vocal est très éloigné de celui des opéras de Haendel…

M.E. C.  : Les cantates sont une sorte de contrepoint à l’opéra, c’est une autre facette de l’interprétation. Il est important pour moi de garder une variété dans mon répertoire.

MB : Il est vrai que vous avez parcouru un répertoire très varié depuis votre passage aux Petits Chanteurs de Vienne, faisant également des incursions dans la musique romantique avec Schubert, ou plus tard dans la musique du XVIIème siècle avec le Sant’Alessio de Landi…

M.E. C.  :  Ah oui, les Petits Chanteurs…C’est un très bon souvenir ! Mais il me semble déjà que c’était dans une autre vie…

MB : Les chanteurs de l’époque baroque étaient réputés pour être très jaloux des performances de leurs confrères, avec lesquels ils entretenaient souvent des relations tumultueuses. Vous semblez au contraire avoir du plaisir à chanter avec d’autres contre-ténors, puisqu’on vous a entendu à plusieurs reprises avec Philippe Jaroussky ?

M.E. C.  : C’est toujours un plaisir de chanter avec des collègues, on se voit tellement rarement ! Il y a peu de productions en ce moment, mais j’ai enregistré il y a quelques semaines des duos avec Philippe Jaroussky sous la direction de William Christie. Et nous avons aussi un projet de représentation d’Artaxerxes, qui réunira cinq contre-ténors avec le Concerto Köln ! L’œuvre sera représentée à Nancy en novembre 2012.

MB : Nous notons tous sur nos agendas ! Et vos prochains enregistrements ?

M.E. C.  : Outre les duos avec Philippe Jaroussky, j’ai enregistré récemment le Farnace de Vivaldi, qui doit sortir en septembre chez Virgin.

MB : Merci, Max-Emanuel Cencic, nous sommes impatients de vous entendre tout à l’heure dans le rôle de Ruggiero !

M.E. C.  : Oui, il faut que j’aille me mettre en tenue maintenant…

 

Propos recueillis à Nancy par Bruno Maury le 24 juin 2011. 

Le site officiel de Max Emanuel Cencic