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La belle étoile (Porpora il maestro, Fagioli, Ambronay, 14/09/2014)

Publié dans : Concerts - Critiques - Festivals
15 septembre, 2014

PORPORA IL MAESTRO

Franco Fagioli

Festival d’Ambronay 2014

 

Franco Fagioli à Ambronay © Bertrand Pichène

Franco Fagioli à Ambronay © Bertrand Pichène

ANTONIO VIVALDI
Concerto «  Alla rustica » en sol majeur RV 151

Olivia Centurioni – Konzertmeister

Concerto pour hautbois en fa majeur RV 455
Pierluigi Fabretti – hautbois solo

Concerto pour flautino en do majeur RV 443
Maria de Martini – flautino

Concerto en do mineur RV 401
Giovanna Barbati – Violoncelle solo 

NICOLA ANTONIO PORPORA
Extraits des opéras et oratorii – Ezio, Semiramide Riconosciuta, Meride e Selinunte, Didone Abbandonata, Il Verbo in carne

GEORG FRIEDRICH HAENDEL
Extraits des opéras – Serse et Ariodante 

Franco Fagioli – contreténor

ACADEMIA MONTIS REGALIS & Alessandro de Marchi

Dimanche 14 Septembre – 17h – Abbatiale, dans le cadre du festival d’Ambronay

Ambronay a ces moments magiques ou des rencontres se font, ou des relations se tissent et des retrouvailles s’accomplissent en un week-end. Depuis près de 4 ans, Franco Fagioli fait parler de lui et c’est la première fois que le Festival d’Ambronay l’invite pour un récital solo. En effet ce sont des premières comme celle-ci qui ont caractérisées Ambronay depuis sa création.

Mais l’occasion de cette rencontre se place dans une double découverte, celle du répertoire unique de Nicola Antonio Porpora et sa renaissance scénique et les retrouvailles avec la France de la splendide Academia Montis Regalis. En effet, nous assistons depuis quelques années à un retour à Porpora. Ce grand maître, célèbre surtout pour ses dons de pédagogue avec les stars du baroque tels Farinelli ou Caffarelli,  a été néanmoins le compositeur d’un nombre non négligeable d’opéras, oratorios et cantates. Sa connaissance de la voix est incontestable et surpasse largement les compositions opératiques de Vivaldi, Hasse ou même, par moments, Haendel. Ce n’est pas pour rien que le jeune Haydn est entré à son service à la fin de la vie du maestro à Vienne. 

Porpora est l’exemple même du fatum. Acclamé dès sa jeunesse et révolutionnaire du genre napolitain, l’enrichissant d’un équilibre de la forme et une ornementation riche mais ordonnée,  les partitions de Porpora sont reconnaissables à leur panache et leur sensualité. Pour les curieux, il suffit de se plonger dans la Semiramide Riconsciuta, recréée il y a quelques années par l’Academia Bizantina et Stefano Montanari au Festival de Beaune ou bien les airs dans le récital Sacrificium de la BartoliEn tout cas l’exemple le plus clair de son style flamboyant est l’ouverture de Carlo il Calvo dans le cd « El maestro Farinelli » chroniqué par notre magazine. 

Comme pour ses prestations dans ses récitals ou dans le sublime Artaserse de Leonardo Vinci, Franco Fagioli nous impressionne par sa maîtrise ornementale, par ses modulations touchantes et son interprétation incarnée. Ses Porpora sont exubérants et intrépides, ses Haendel sont touchants et nous redécouvrons une ém. otion latente chez d’autres mais assurée chez Franco Fagioli. 

Côté orchestre, l’Academia Montis Regalis en phalange de concert, développe une gamme de couleurs brillante et compassée avec élégance.  Nous retrouvons un son au sommet de la justesse, sans accroc et qui maîtrise bien les tempi. Les solistes de cet orchestre piémontais nous ahurissent avec une Olivia Centurioni au violon intrépide, célère, agrémentant la conduite des cordes avec une grande efficacité.  A l’hautbois, le formidable Pierluigi Fabretti nous émerveille par la fluidité de son jeu, la précision de ses ornements et la maîtrise de son instrument. De même le flautino de Maria de Martini est d’une richesse de timbres sans faille qui nous ramène aux campagnes italiennes par le bucolique et la gaieté contemplative de ce Concerto. Au violoncelle, Giovanna Barbati nous émeut et nous touche par sa prestation quasiment mystique et puissamment dramatique. L’orchestre de Mondovi tire une belle épingle du jeu baroque et se replace comme un des meilleurs orchestres italiens et s’impose à nouveau dans le paysage Français avec la brillance du soleil italien ! Et Alessandro de Marchi mène tout ce petit monde avec élégance, rigueur et un brin de faintaisie, laissant à la fois la place à l’ornement et aux tempi, mais gardant une cohérence efficace et homogène pour rendre sa juste place à cette musique qu’il sait si bien conduire au zénith. 

Ambronay nous étonne, nous émeut et révolutionne depuis trois décennies notre façon d’entendre, de comprendre et de ressentir. Espérons que les coteaux du Bugey nous offriront encore et encore des crus aussi pétillants et délicieux que cette belle année.

                                                                                             Pedro-Octavio Diaz