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Fantasmi

Muse5
15 mars, 2013

Antonio VIVALDI (1678-1741)

6 Concertos pour flûte à bec

La Simphonie du Marais :
Jonathan Guyonnet, 1er violon
François Costa, Emmanuelle Barré, violons 1 / Joël Cartier, Ivane Lê, Hélène Lacroix, violons 2
Pierre Vallet, alto
Jérôme Vidaller, Hendrike Ter Brugge, violoncelles
Jean Ané, contrebasse
Marc Wolff, archiluth

Hugo Reyne, flûte à bec et direction
Musiques à la Chabotterie, 2013.

Alors que nous déballons ce digipack à l’allure doucement orangée qui fera pendant avec le remarquable enregistrement précédent consacrée aux concertos pour flûte à bec de Haendel (Musiques à la Chabotterie), nous voyons déjà les détracteurs de toute sorte s’esclaffer devant une énième mouture des tubes que constituent la Tempesta di Mare, Il Giardellino ou encore la Notte. Et pourtant, est-il si répréhensible de se laisser à l’hédonisme mélodique de ces concertos tantôt descriptifs et naturalistes, ou tantôt pyrotechniques ?

La réalisation d’Hugo Reyne resplendit de l’éclat vif et espiègle d’une virtuosité décontractée. Elle est aussi étonamment « française » dans son équilibre, son attention aux timbres orchestraux, sa relative sagesse, y compris dans les crescendos par paliers d’une Tempesta qu’on a connu tellement plus débridée (Il Giardino Armonico – Teldec) ou nerveuse (Brüggen – reed. Sony). Ecoutons cet Allegro non molto de la RV 441, où Reyne choisit une voix médiane délicatement ciselée, avec un tempo qui refuse l’abandon sensuel, mais où la mélodie ornée, « bien tempérée », aux articulations sensibles et pudiques fait merveille. Car la flûte d’Hugo Reyne est une voix humaine, éloquente et souriante, chaleureuse et optimiste, même dans les Largo contemplatifs où perle toujours sous la nostalgie un rayon de réconfort. C’est le cas pour celui du magnifique concerto RV 108, qui traîne le spleen de dentelles de son la mineur avec une économie de moyens très évocatrice.

C’est peut-être du côté de la Simphonie du Marais que l’on restera parfois un peu sur sa faim. La vision est cohérente : à la discrétion élégante du soliste répond celle d’un orchestre coloré dans ses sonorités mais qui manque de fougue et de relief, d’énergie et de fureur. Cet Allegro initial d’Il Giardellino est celui d’un oisillon sautillant le long d’un parterre à la française, dans un monde maîtrisé voire aseptisé. Et quand bien même les doubles croches remuantes des Fantasmi de La Notte sont nettement plus sanguines, elles ne parviennent pas à impressionner l’auditeur avec la représentation instable et viscérale que d’autres interprètes ont su insuffler à ces pages. D’ailleurs, l’Allegro con molto de la RV 440 n’est-il pas relativement versaillais dans sa majesté soyeuse, alors que la suspension de son Lhargetto se fait brise hésitante ?

Alors que penser de ce nouvel opus de la Simphonie du Marais ? Cela dépendra des goûts de nos lecteurs. Pour notre part, si l’interprétation pâtit de sa trop grande retenue virant quelquefois à la préciosité, et d’un orchestre plus placide que bouillonnant, on admire sans réserve les méandres de la flûte d’Hugo Reyne, très attachante, pour cette Venise baignée des doux rehauts de lapis d’un Berchem, c’est-à-dire d’une Italie rêvée, apaisée et de bon ton, et dans laquelle le grand peintre n’avait jamais mis les pieds.

Viet-Linh Nguyen

Technique : prise de son équilibrée manquant toutefois de graves.