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Faramineux Faramondo !

Musemois
24 mai, 2009

Georg-Frederic HAENDEL (1685-1759)

Faramondo

 

Max Emanuel Cencic (Faramondo), Philippe Jaroussky (Adolfo), Sophie Karthäuser (Clotilde), Marina de Liso (Rosimonda), In-Sung Sim (Gustavo), Xavier Sabata (Gernando), Fulvio Bettini (Teobaldo), Terry Wey (Childerico)

Coro della Radio Svizzera
I Barrochisti
Direction Diego Fasolis

65’59 + 48’52 + 51’17, 3 CDs, Virgin Classics, 2009

Extrait : « Conoscerò, se brami » (Clotilde, I,3)

Mai 2009. Décidément, voici une année faste pour les mordus d’opéras de Haendel avec une nouvelle moisson à faucher sans réserve. Un Haendel original, vif, texturé, d’un naturel confondant, où l’auditeur s’exclame simplement « déjà ? » lorsque les 3 heures se sont écoulées en compagnie d’airs élégamment troussés par un casting de luxe.

Il faut dire que Faramondo partait plutôt mal. Créé pendant la même saison que le plus que fameux Serse avec des moyens relativement pauvres, l’opéra était tombé discographiquement dans l’oubli jusqu’à l’essai calamiteux de Rudolph Palmer (Vox Classics, 1996). La faiblesse des interprètes n’ayant d’égal que la placidité orchestrale du Brewer Chamber Orchestra, la résurrection avait échoué. Et pourtant, ce Faramondo qui ne connut que 8 représentations et dont la composition avait été suspendue par la mort de la Reine Caroline, recèle bien des atouts. Bien plus traditionnel que le Serse à venir, basé sur un livret boiteux mais inspiré de l’Histoire de France de Gautier de Costes de Calprenède, l’opéra déroule une suite aimable et variée d’airs succincts, pratiquement esquissés, où le charme immédiat de la mélodie fait merveille.

Le Pharamond de Max Emanuel Cencic exalte la fierté du Roi des Francs. Le timbre est clair mais ferme, le médian bien assis, les aigus stables et charnus. Le court « Rival ti sogno » dénote une agilité certaine, l’encore plus court « Sì tornero a morir » très poétique montre tout de même des aigus relativement aigres et un vibratello dans les sons tenus qu’on retrouve dans le « Poi che pria di morire » aux articulations soignées mais à l’émission aussi classieuse que peu convaincue. Nettement plus à l’aise dans les acrobaties que dans les soupirs, Cencic trousse avec nonchalance le vif « Sebben mi lusinga », imprime un soupçon rieur au duetto « Vado e vivo con la sperenza » avec flûte obligée. Bien qu’officiellement héros de l’opéra, ce Roi ne bénéficie guère de grands airs, mis à part un superbe « Voglio che sia l’indegno » du dernier acte de près de 7 minutes 30 où la ligne de chant troublée et les surprenants chromatismes trahissent le Haendel tardif. Le contre-ténor y trouve enfin un terrain digne de son imagination, soigne les attaques en dépit de vocalises parfois confuses.

L’Adolfo de Philippe Jaroussky est presque aux antipodes de Cencic avec son  timbre plus aérien, un brin pincé, d’une relative innocence. L’émission semble voilée, à moins qu’il ne s’agisse d’une trompeuse prise de son trop lointaine (« Qui ben ama » galant et cursif, presque nonchalant et détaché). Le « Se a piedi tuoimorrò », d’une tristesse mystérieuse presque apaisée, aux courbes graciles ; le rieur duetto amoureux « Caro, cara, tu m’accendi » d’une douceur sensuelle avec une Sophie Karthaüser lumineuse illustrent le savoir-faire d’un artiste charmeur. Puisque nous avons mentionné l’interprète de Clotilde, sœur de Pharamond et amante d’Adolfo, il nous faut poursuivre en louant la voix claire de la soprano, aux phrasés indiscutablement classieux, doublé d’une noblesse naturelle de l’émission et d’une diction très lisible. Bien que le « Combattuta da due venti » introduit par un orchestre mouvant en ressort plus agité que tourmenté, telle une tempête dans un verre d’eau, on ne peut s’empêcher d’admirer le « Conoscerò, se brami aux aigus perlés » d’une coquette espièglerie et son da capo inventif, de même qu’un « Mi parto lieta » d’une noble tenue à la joie non dissimulée et communicative.

Emergent du reste du casting trois voix : la Rosimonda de Maria de Liso, au timbre charnu et puissant (« Vanne, che più ti miro »), d’une belle égalité de tessiture, d’une stabilité de sénateur et aux nuances dramatiques (« Sento che un giusto sdegno »), et le Gernando de Xavier Sabata, second rôle certes, mais aux airs soignés qu’il habite de son timbre résonnant, presque digne d’une contralto grave. Les graves sont un peu plats, les vocalises un peu « mitraillardes » quoiqu’agiles (« Nella terra »). Le rêveur « Non ingannarmi » d’une printanière naïveté, le « Cosi suole a rio vicina » qui serpente au milieu d’un tapis orchestral apaisé sont à signaler. S’y ajoute la basse crémeuse et profonde de In-Sung Sim impressionne dès l’accompagnato « Ascolta dagli Elisi » puis le « Viva sì » d’une tranchante gravité. On passera finalement sur le Childerico privé d’air de Terry Wey et sur le seul véritable point noir du plateau, à savoir un Fulvio Bettini imprecis et flottant, au timbre creux et aux phrasés sans cohérence (« Vado a recar la morte » en particulier).

Diego Fasolis n’a pas cherché à « gonfler » ce Faramondo en lui insufflant une profondeur dramatique qu’il ne possède pas, ni à tordre la partition (sujette à quelques légères coupes) par des partis-pris trop extrêmes. Sa vision dynamique et naturelle possède un équilibre d’une souriante fluidité, d’une vigueur de bon ton, où l’œuvre s’épanouit avec grâce, poussé par les ailes d’une distribution homogène et de talent. Certains déploreront une superficialité élégante, un manque de ruptures et de noirceur dans une interprétation que ne renieraient pas un Curtis ou McGegan. I Barrochisti se plie avec distinction à cette lecture aimable, où priment les cordes, et où le continuo comme l’orchestre pourraient s’affirmer plus et jouer sur les couleurs plus intensément.

Pour terminer sur une note de packaging, une bonne et une mauvaise nouvelles. La bonne sera la présence d’un bon vieux fourreau cartonné, la mauvaise l’extrême légèreté du grammage utilisé, notamment pour la couverture du livret qui se froissera bien vite…

Viet-Linh Nguyen

Technique : prise de son neutre, quoique certains airs paraissent captés de manière trop lointaine et imprécise
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