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Ferdinand et Christine

Muse4
31 décembre, 2007

Antonio Archilei, Giovanni di Bardi, Giulio Caccini, Emilio de’Cavalieri, Cristofano Malvezzi, Luca Marenzio, Jacopo Peri

La Pellegrina Intermedii 1589

pellegrina1589 

Dorothée Leclair, Monika Mausch (sopranos), Pascal Bertin (contre-ténor), Stephan van Dyck, Jean-François Novelli (ténors), Antoni Fajardo (basse)

Collegium Vocale Gent
Capriccio Stravagante Renaissance Orchestra
Direction Skip Sempé 

Paradizo, 1 Cd 69’10 + 1 DVD d’interviews, enr. live 2007.

 

Eclaircissons d’abord le titre de ce bel objet (un double digipack sous fourreau très stendhalien dans ses tons rouge et noir) : Intermedii 1589. Qu’est-ce à dire ? 1589, souvenez-vous… Peut-être étiez-vous encore jeune, à l’époque. 1589, ce sont les festivités grandioses en l’honneur des noces de Ferdinand Ier de Médicis, Grand Duc de toscane avec Christine de Lorraine. Pour l’occasion, la pièce la Pellegrina de Girolama Bargagli est jouée au Palais Pitti à Florence. Les intermèdes musicaux, qui constituent la matière du présent disque, furent confiés à une dream team de 6 compositeurs, parmi lesquels Caccini, Cavelieri, Marenzio et Peri. Dans ses entretiens, Skip Sempé rappelle que ce divertissement fut le plus important d’Europe au XVIème siècle.

La partition, publié en 1591 a connu un relatif succès au disque, et Capriccio Stravagante (en formation Renaissance) ne s’avance pas en terra incognita. En 1988, Andrew Parrot en avait donné une lecture un peu froide, où Nigel Rogers même déclinant, s’avérait irremplaçable (EMI). Surtout, 10 ans plus tôt, Paul van Nevel gravait une version de référence d’une profondeur mystique et d’une perfection technique presque effrayantes (Sony). Si Skip Sempé ne parvient pas à éclipser cette interprétation superlative, il rend grâce à l’aspect madrigalesque et poétique de l’œuvre, jalon sur la route de la naissance de l’opéra.

Il règne sur cet enregistrement une beauté plastique un peu bonhomme, et un regard d’esthète sans urgence théâtrale. Les sinfonias instrumentales aux cornets moelleux présentent un chatoiement de couleurs pastelles sorties de la palette de Véronèse, même si les danses sentent plus le salon que la cheville sautillante. Les fréquentes diminutions, autant vocales qu’instrumentales, sont brillantes sans atteindre les performances d’Emma Kirkby et Nigel Rogers (EMI). Les solistes chantent avec application et font valoir de beaux timbres, mis à part un Stephan van Dyck assez fatigué. L’option est madrigalesque, chambriste, contemplative. Il ne manque pas à cette « Pèlerine » l’harmonie du monde du Premier Intermède, mais le combat d »Apollon et du Serpent Python (Intermède III) ou la séquence infernale (Intermède IV) souffrent d’une conception par trop statique.

Le DVD bonus, très intéressant, contient des entretiens où Skip Sempé expose l’œuvre et ses circonstances de création, ainsi que ses partis-pris interprétatifs.

Viet-Linh Nguyen

Technique : prise de son naturelle et claire.