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Fiat Fux

Musemois
26 juin, 2007

Johann Joseph FUX (1660-1741)

Lux Aeterna, Musique sacrée

 

Domkantorei Graz, Herren der Grazer Choralscola
Armonico Tributo Austria, dir. Lorenz Duftschmid,

CPO, 2001

Extrait de l’Ave Maria

Que voilà un mal aimé que ce Johann Joseph Fux célèbre pour ses œuvres théoriques grincheuses ! Fux, c’est un peu le Saint-Simon de la musique, le nostalgique du contrepoint au temps de la musique galante, et son Gradus ad Parnassum est écrit comme un dialogue avec… Palestrina [disparu en 1594]. Et pourtant, contrairement à sa plume, la musique de celui qui fut Kapellmeister de la Cour impériale de 1715 à sa mort est pleine de charme. D’un charme épuré, plein de spiritualité mais sans austérité, d’une aisance presque corellienne, notamment dans les sonates d’église. 

Dès le Graduale in Missa pro Defunctis, on admire la cohésion du chœur, sa délicatesse dans les passages en imitation, sa pudeur. Les parties sont extrêmement bien équilibrées, l’ensemble totalement diaphane, aussi transparent que la blanche robe d’Ophélie flottant sur des flots funestes. La sonate d’église qui suit confirme la ferveur onctueuse de l’enregistrement. Si les violons grincent, c’est avec une angélique douceur. Le très beau Ave Regina caelorum se révèle nettement plus italianisant avec la belle voix de soprano de Mieke van der Sluis qui dialogue avec les violons (il a fallu compulser le livret pour l’identifier, et nous savons gré à CPO de son marketing peu agressif voire inefficace. Dans le camp des « personnalités remarquables » ajoutons que Andrew Lawrence King tient la harpe dans le continuo), tandis que l’Alma redemptoris Mater de la même trempe comprend des passages solistes pour trombone très réussis. Et n’oublions pas non plus le timbre troublant de sensualité de Carlos Mena, contre-ténor proche d’une mezzo dans l’Ave Maria.

Vous l’avez compris, il s’agit là sans aucun doute du meilleur enregistrement actuel de la musique de Fux qu’on recommandera sans réserve tant cet enregistrement révèle un savoir-faire sans faille, une veine mélodique originale, et une personnalité forte. Si vous en doutiez, il y a décidemment bien un style Fux.

Pour continuer cette exploration de son œuvre assez mal servie au disque, dans la quinzaine de parutions disponibles, on remarquera surtout un début d’intégrale du recueil Concentus Musico-Instrumentalis par les mêmes musiciens de l’Armonico Tributo Austria (Arcana), et un témoignage pionnier et encore vert du Concentus Musicus Wien de Nikolaus Harnoncourt (Musique à la Cour des Habsbourg, Teldec).

Viet-Linh Nguyen

Technique : Bon enregistrement bien aéré et assez rond.