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"Flammende Rose"

Museor
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Récital
31 décembre, 2009

Georg-Frederic HAENDEL (1785-1759)

Nine German Arias

Liste des airs

« Künft’ ger Zeiten eitler Kummer » (German Aria No.1), HWV 202 
« Die ihr aus dunkeln Grüften » (German Aria No.7), HWV 208 L
« Süsse Stille, sanfte Quelle » (German Aria No.4), HWV 205 
« Süsser Blumen Ambraflocken » (German Aria No.3), HWV 204
« Das zitternde Glänzen » (German Aria No.2), hymn, HWV 203 
« Singe, Seele, Gott zum Preise » (German Aria No.5), HWV 206
« Meine Seele hört im Sehen » (German Aria No.6), HWV 207
« In den angenehmen Büschen » (German Aria No.8), HWV 209
« Flammende Rose, zierde der Erden » (German Aria No.9), HWV 210 

 

+ Dietrerich BUXTEHUDE : Jubilate Deo
John BLOW : As on his deathbad gasping Strephon lay « A Pastoral Elegy on the Earl of Rochester »
Henry PURCELL : « What a sad fate is mine », An Evening Hymn « Now has the sun veiled his light »

 

Iestyn Davies (contre-ténor)
Ensemble Guadagni 

76’46, WHLive, distribution Codaex, 2010, enr. en public au Wigmore Hall de Londres le 6 juin 2009.

Voici l’un de ces disques auxquels on ne s’attend guère, et qui déclenchent chez le critique blasé un sentiment de devoir à accomplir lorsqu’il pose la galette sur son lecteur : un live avec les risques que cela comporte, une jaquette austère, un contre-ténor peu connu, un ensemble tout aussi mystérieux pour les airs allemands de Haendel prévus à l’origine pour une soprano. Homme de préjugés, mais ravi de les combattre, le critique se cale confortablement dans son fauteuil club défraîchi, et taille son crayon.

La ritournelle instrumentale du Jubilate Deo de Buxtehude met en avant l’opulence de l’Ensemble Guadagni pourtant constitué de seulement quatre instrumentistes. Le violon grainé et profond de Matthew Truscott, la viole emplie d’harmoniques douces de Jonathan Manson, le théorbe un brin trop en avant de David Miller, le positif rond de Robert Howarth expriment la mélodie avec fluidité voire nonchalance, dans un lyrisme détendu d’une fraîcheur sage. Et voici que Iestyn Davies entame ses premiers mélisme « Jubilate », faisant valoir une émission assuré, un timbre chaleureux et égal, un phrasé non dénué de noblesse, qui appuie le texte sacré d’une once de dramatisme convaincu (« exulatate et psallite ») et une apparente aisance sur toute la tessiture.

Ces qualités se retrouvent dans les airs qui suivent, et où le contre-ténor anglais peut, en digne épitôme de Deller, s’autoriser à la griserie du mot, à la sculpture fine des syllabes, établissant un rapport charnel et poétique avec l’auditeur, n’hésitant pas à laisser plus paraître les changements de registre, les hésitations, la fragilité des aigus (pas si fragiles que cela d’ailleurs quand on entend le superbe son tenu sur « crown a lasting verse » dans le Gentle Shepherds de Purcell). Les airs de Purcell et de Blow, dotés d’un accompagnement dont on regrettera la discrétion en en louant l’intimité, s’avèrent atmospheric and tender, et la souplesse de la lecture brouille vite les barres de mesures pour laisser place à un discours volubile et sensible.

Qu’en est-il alors des 9 airs allemands de Haendel, qui font partie du peu que le cher Saxon composa en langue teutonne aux côtés de la Brockes / Johannes Passion ou d’Almira ? Certes, il y a là transcription, mais le crime est léger car la pratique courante à l’époque. Et le défi n’est pas facile à relever, après l’interprétation aussi théâtrale que sublime de Dorothea Röschmann (Harmonia Mundi). L’Ensemble Guadagni, plus présent, et avec un violon lové dans ses arabesques, imprime un caractère plus chambriste et plus coloré que dans les airs anglais, plus complexe également. Davies, à l’excellente prononciation germanique (en dépit d’accents forts peu marqués, mais nous ne sommes pas dans Papi fait de la Résistance, pour citer en hors-sujet cette œuvre-culte et un peu lourde du comique français), varie les affects et insuffle davantage de contrastes. Après un « Künft’ ger Zeiten eitler Kummer » pastel et alangui, le « Die ihr aus dunkeln Grüften » carré voire brusque, extraverti et virtuose, avec un clavecin énergique, tourne les yeux vers les ors de l’opéra, tout comme le galant « Das zitternde Glänzen » (où le violon accuse des problèmes de justesse) ou le triomphant « Meine Seele hört im Sehen » d’une ferveur souriante et virtuose. On distinguera particulièrement la gravité nostalgique du « Süsser Blumen Ambraflocken » mais l’égale qualité de cet enregistrement est uniformément à recommander. Un disque découverte.

Alexandre Barrère

Technique : captation live d’excellente qualité, avec quasi pas de nuisances sonores, un bel équilibre entre voix et instruments, digne de bien des enregistrements de studio.