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Flamboyants (Festival Les Vénitiens à Paris, Flores, Reinhold, Alarcon – 28/03/2014)

Publié dans : Concerts - Critiques
25 avril, 2014

« Les Vénitiens à Paris/ Acte II : l’opéra »

Cappella Mediterranea, Leonardo Garcia Alarcon

Façade Ouest de Saint-Germain l'Auxerrois © Wikimedia Commons

Façade Ouest de Saint-Germain l’Auxerrois © Wikimedia Commons

 
« Les Vénitiens à Paris/ Acte II : l’opéra »

Liste des morceaux

Luigi ROSSI (1597 – 1653) :
L’Orfeo (Paris – 1647). Acte I, scène 5. Acte III, scènes 1 et 10
 
Francesco CAVALLI (1602 – 1676) :
Egisto (Venezia – 1643) Sinfonia per la Notte
Xerse (Venezia – 1654 ; Paris 1660). Acte II scène 8. Acte III scènes 10, 12, 13 et 19.
 
Jean-Baptiste LULLY (1632 – 1687) :
Ballet de la Raillerie (Paris – 1662). Intermède pour la musique françoise et la musique italienne
 
Francesco CAVALLI (1602 – 1676) :
Ercole Amante (Paris – 1662). Acte I scène 3. Acte II scène 5.
 
Jean-Baptiste LULLY (1632 – 1687) :
Psyché (Paris – 1678). Plainte italienne « Deh piangete al pianto mio »

Sopranos : Mariana Flores, Anna Reinhold
Orchestre Cappella Mediterranea :
Clavecin, orgue et direction : Leonardo Garcia Alarcon
 
Concert donné le 28 mars 2014 en l’église Saint-Germain l’Auxerrois à Paris,
dans le cadre du cycle colloque-concerts « Les Vénitiens à Paris »

Dans le cadre royal de Saint-Germain l’Auxerrois, à quelques pas de la colonnade du Louvre, les bougies qui éclairaient sobrement ce soir-là le centre de l’église tissaient une atmosphère de raffinement pour des œuvres rarement entendues en France. On doit ici souligner l’originalité de la démarche consistant à proposer « en miroir » des œuvres produites à Paris par des compositeurs italiens (début d’une longue et féconde tradition qui se poursuivra jusqu’au XIXème siècle, avec les Vêpres Siciliennes et le Don Carlos de Verdi, en passant par Rossini et Bellini) et des œuvres de Lully, musicien italien fondateur du genre lyrique national. Bien avant les affrontements du XVIIIème siècle et sa célèbre Querelle des Bouffons, la veine italienne influence fortement la musique française, même si Lully dans son Ballet de la Raillerie brosse déjà avec un humour incisif le portrait des différences entre les deux styles.

Sans surprise, les deux sopranos s’avèrent tout à fait la hauteur de la performance attendue. Anna Reinhold débite le « Lagrime dove siete ! » (Orfeo) avec un phrasé délicat qui débouche sur de beaux aigus filés, son « Lasciatemi morir stelle » (Xerse) est accompagné d’une gestuelle très expressive, son « Misera, ohime, ch’ascolto » (Ercole Amante) est empli d’un dramatisme convaincant, renforcé par les plaintes sourdes de l’orgue. Mais c’est Mariana Flores qui se taille la vedette, avec son timbre cuivré caractéristique et sa diction très soignée : le « Lasciate Averno » (Orfeo) est bouleversant d’émotion, et le grand monologue de Junon (Ercole Amante) « E vuol dunque ciprigna » est parsemé de vigoureux éclats de jalousie qui soulignent le talent dramatique de la chanteuse, toujours vocalement très à l’aise. Sa performance culmine dans la Plainte italienne («  »Deh piangete al pianto mio »), où elle déploie une puissance d’évocation hors du commun, et dans le bis (« Che si puo fare »‘ de Barbara Strozzi) au phrasé admirable relayé par des flûtes célestes et appuyé sur un jeu de scène très expressif, conduit avec brio jusqu’au pianissimo final. Bravo Mariana ! On peut également mentionner un duo enchanteur entre Arsamène et Romilda (Xerse, scène 13 de l’acte III).

De son côté l’orchestre Capella Mediterranea a brillé avec un accompagnement très attentif aux voix. Sa formation réduite conjuguée à l’acoustique du lieu permettait de percevoir distinctement les différents instruments, et d’apprécier pleinement ses qualités lors du Ballet de la Raillerie, d’une fraîcheur stupéfiante. Par-dessus toutes nos oreilles ont été charmées par le talentueux Rodrigo Calveyra, qui a déployé au cours de cette même soirée le sonore cornet à bouquin, le suave cornet muet, et toute la gamme des flûtes dans des sonorités enchanteresses, suscitant à la fin du concert l’intérêt et les questions des spectateurs sur ces instruments.

Le maestro Alarcon nous a précisé à la fin du concert qu’il s’agissait d’un nouveau programme : nous ne pouvons que lui souhaiter un large succès, afin qu’il puisse régaler un public plus nombreux que ce que pouvait contenir ce soir-là l’église de Saint-Germain l’Auxerrois. Et remercions encore Olivier Lexa et son Venitian Centre for Baroque Music, à l’initiative de ces originales Journées des Vénitiens à Paris, qui éclairent de manière instructive l’importance de la tradition vénitienne dans la naissance du genre lyrique français.

Bruno Maury

Site officiel du Venitian Center for Baroque Music