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Follia del Mondo

Musemois
1 mars, 2013

« In Paradiso »

Vana bergamasca
Canzonetta spirituale sopra alla nanna
S’io mi parto
Madre non mi far monaca
Lamento della Maddalena
Follia del mondo
Pianto della Madonna (Stabat Mater)
Spagnoletto dishonorato
Amar a Dios por Dios
Cantata spirituale 

Raquel Andueza, soprano
Jesús Fernández Baena, théorbe

Anima e Corpo, 2012.

Ce récital, pendant religieux du remarquable « Yo soy la Locura » précédent (Anima e Corpo), est tout entier empreint de l’univers de la soprano Raquel Andueza, qui le hante de son timbre si reconnaissable et si difficilement descriptible à la fois. In Paradiso constitue ainsi un voyage au long cours, sur les caprices d’un fleuve nonchalant et intense, d’un abandon sans fard, d’un dévoilement subtil, sans cesse sur le fil du rasoir, au gré des inflexions agogiques, autour des méandres de la foi. Alors oui, l’esprit voudrait fustiger cette émission voilée, ces attaques trop sèches, des trilles hasardeux, ce registre de tête douloureux et parfois écrasé, ce ton spontané et moderne plus proche de la musique du monde que de l’écriture d’un Merula ou d’un Sances.

Mais le chant troublant, presque sauvage, de la belle Raquel charme et envoûte. Au-delà de la candeur du « Vana Bergamesca » anonyme, innocent et doux, on reste ébahi devant le « S’io mio parto » de Mazzochi sur basse – très – obstinée, viscéral et puissant, d’une théâtralité à la fois échevelée et résignée, aux syllabes jetées avec violence. Cette mélancolie hypnotique est présente à travers toutes les pièces, imprimant une unité émotionnelle et affective à des pièces religieuses qui partagent une construction cyclique sur ostinato, de la chanson au lamento dont la clarté mélodique est exaltée par un accompagnement complice et souple. Ainsi, le théorbe ductile et perlé de Jesús Fernández Baena confère à certaines pièces une climat plus intime qu’à l’accoutumée (« Pianto della Maddona » de Sances ou « Lamento della Maddalena » de Monteverdi par exemple) et accentue l’impression de proximité de l’auditeur avec ce cri de foi d’une force dérangeante, un dévoilement trop abrupt, faisant fi de toute bienséance.

On a déjà mentionné l’investissement total de la soprano, sa sincérité et ses prises de risque, n’hésitant pas à livrer des interprétations d’une sensualité brute qui chez d’autres auraient fini au rebus d’une salle de montage. Il faut y ajouter la poésie immédiate et rugueuse de l’ensemble, l’engouement irrésistible des basses obstinées qui ancrent dans un sol meuble et lumineux les arabesques de la belle (« S’io mio parto »), les petits riens (« Madre, non mi far monacoi » version italienne d’ « une Jeune Fillette » avec des respirations et un phrasé parfois pas très catholiques et des ornements trop extravertis), les moments d’apesanteur attendus (ample et généreux « Stabat Mater » de Sances d’une rugosité transperçante, très loin de la pureté cristalline également extraordinaire d’une Maria-Cristina Kiehr) et inattendus (la « Cantate spirituale » de Ferrari, ultime), le pouvoir évocateur et éloquent de ce qui s’apparente à une confession. Coup de cœur, assurément.

© Anima e Corpo

Viet-Linh Nguyen

Technique : captation nette et équilibrée, très chaleureuse et proche de la soprano.