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Les Enfers en triomphe (Gala Rameau, Le Concert Spirituel, Niquet – Metz, 09/11/2014)

Publié dans : Concerts - Critiques
11 novembre, 2014

Gala Rameau
Le Concert Spirituel, Les Chantres du CMBV, 
dir. Hervé Niquet

 

© Cyrille Guir

© Cyrille Guir

 

Jean-Philippe RAMEAU (1683-1764)

Suites de La Princesse de Navarre
Grands Motets Laboravi ; Quam dilecta
Suites de Castor et Pollux
Grand Motet In Convertendo

Katherine Watson, soprano
Anders J. Dahlin, ténor
Marc Mauillon, baryton
Marc Labonnette, baryton

Le Concert Spirituel

Violons 1: Alice Piérot (1er violon), Benjamin Chénier, Matthieu Camilleri
Violons 2: Olivier Briand, Florence Stroesser, Stephan Dudermel
Hautes-contre de violon: Alain Pégeot, Géraldine Roux
Tailles de violon : Marie-Liesse Barau, Françoise Rojat
Violoncelles : Tormod Dalen*, Annabelle Luis, Julie Mondor
Contrebasse : Luc Devanne
Flûtes : Olivier Bénichou, François Nicolet
Hautbois : Héloïse Gaillard, Luc Marchal, Xavier Miquel, Yanina Yacubsohn
Bassons : Nicolas André, Jérémie Papasergio, Mélanie Flahaut, Stéphane Tamby
Orgue : François Saint Yves*

* Continuo

Les Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles (CMBV)

Soprano: Fanny Valentin, Clémence Carry, Mariamielle Lamagat, Jeanne Lefort
Hautes-contre: Clément Debieuvre, Guillaume Vicaire, Sylvain Manet
Tailles: Pierre Perny, Lancelot Lamotte,Benoît-Joseph Meier, Atsushi Murakami
Basses-tailles: Raphaël Bleibtreu, Pierre-Emmanuel Boré, Felipe Carrasco Lutz
Basses: Simon Bailly, Roland ten Weges, François-Xavier Lereau
Olivier Schneebeli, direction artistique

Chœur du Concert Spirituel
Sopranos: Marie-Pierre Wattiez, Agathe Boudet, Aude Fenoy
Hautes-contre: Yann Rolland, Damien Brun
Basse-taille: Jean-Christophe Lanièce
Basse: Jean-Baptiste Alcouffe

9 novembre 2014, Arsenal de Metz

En cette fin d’après-midi à l’Arsenal de Metz, Hervé Niquet à la tête du Concert Spirituel et des Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles (CMBV) offre un programme exceptionnel comme ceux proposés au XVIIIe siècle, mêlant avec génie le sacré et le profane et s’inscrivant dans le cadre du « Gala Rameau », où les sublimes grands motets du compositeur sont ponctués d’extraits d’opéras connus et moins connus.

Grâce à sa gestuelle précise, soignée et plus que singulière, Hervé Niquet fait vivre et sonner la musique. Du bout de ses longs doigts, il effile les notes, les fait virevolter, leur donne une âme. Il alterne des gestes retenus invitant certains instrumentistes à retenir le son, à des mouvements amples en ouvrant ses bras pour déployer la puissance du chœur. Sa main gauche joue un rôle expressif : elle indique les nuances, le phrasé, les entrées principales, etc. Elle est le complément indispensable de la main droite, gardienne du « rythme ». Sa direction est un spectacle à elle seule, dépassant les conventions et les usages entraînant chacun de nous – chanteurs, musiciens, auditeurs – à réfléchir sur l’authenticité de l’interprétation.

Lors de la création de la formation en 1987, Hervé Niquet se fixait comme principal but celui de faire revivre le grand motet français. Cette ambition est sans nul doute possible atteinte…

L’ouverture des Suites de La Princesse de Navarre apporte de facto une précieuse indication, celle de mettre en valeur les différents timbres des instruments. Chaque instrument est bien existant sans excès, comme par exemple les bassons dans l’air fameux de Télaïre “Tristes apprêts, pâles flambeaux”, extrait de Castor & Pollux.

La rondeur, la pureté d’interprétation apportent une charnelle sensualité assurant avec maestria la continuité du jeu de l’ensemble. Même si le continuo n’est tenu que par le violoncelle de Tormod Dalen et l’orgue de François Saint Yves, il n’en demeure pas moins dynamique et présent sans porter préjudice aux autres instruments.

Si la formation orchestrale se révèle brillante, le double chœur formé par les Chantres du CMBV et le Chœur du Concert spirituel est tout autant excellent. Dans le grand motet Laboravi, il porte le texte avec une ferveur modérée sans tomber dans la mélancolie, évitant ainsi l’écueil des Nourritures terrestres d’André Gide, impressionne avec une vaillante force dans “Que l’enfer applaudisse”, chœur des Spartiates. Le tutti est puissant, les Enfers portés en triomphe. Que cela soit seul ou en accompagnement des solistes, le chœur fait ainsi preuve d’une parfaite maîtrise vocale. De plus, l’équilibre entre vocal et instrumental est finement réalisé.

Quant aux solistes, ils tiennent avec brio le devant de la scène. Dans “ Vents furieux…”, extrait des suites de La Princesse de Navarre, la soprano Katherine Watson souffle gracieusement le mauvais temps avec un flot de notes hautes soutenues par la parfaite gestion du souffle. « Les beaux jours se lèvent sur nos têtes » faisant ainsi oublier la grisaille automnale régnant en dehors. Lors de ces différentes interventions, elle garde la souplesse vocale attendue d’une soprane et triomphe dans l’air précité de Télaïre. Ses fins de phrase sont d’une extrême finesse. Les aigus répondent avec finesse aux bassons aux couleurs cuivrées.

Quam delicta, motet à grand chœur, permet à chacun à tour de rôle de faire entendre leur voix. Anders J. Dahlin avec sa voix ronde et chaude exprime parfaitement la sécurité recherchée dans “Etenim passer invenit sibi, domum, et turtur nidum sibi, ubi ponat pullos suos”. La douceur d’un nid, d’une demeure est ressentie avec quiétude. Les inflexions des ornements jouissent d’une belle texture. De même, “Altaria tua,…, et deus meus” interprété par le ténor et les deux barytons dénote une belle homogénéité vocale, doublée d’une parfaite communion musicale. Le baryton Marc Mauillon ornemente sans plonger dans l’excès, lors du “Beati qui …laudabunt te.”. De sa « frêle » stature, il enchante les cœurs par ses graves nourris et élégants, faisant valoir une bonne projection et des articulations soignées. Quant au second baryton, Marc Labonnette tient son rôle de soliste avec élégance.

Tout au long de ce programme, l’ascension musicale et vocale a été constante, et sans relâche. Le sommet de la musique sacrée française est atteint par le dernier motet interprété, In Convertendo, purement sublime. Le public a d’ailleurs longuement applaudi cet hommage rendu à Jean-Philippe pour cette année commémorative.

Jean-Stéphane Sourd-Durand

Prochaines dates :

Dimanche 9 novembre 2014, Arsenal de Metz
Samedi 15 novembre 2014, Bijloke, Gand
Samedi 22 novembre 2014, Galerie des Glaces du Château de Versailles
Vendredi 26 juin 2015, Théâtre des Champs-Elysées, Paris