Close

Galipettes orientales

Muse4
31 décembre, 2012

Baldassare GALUPPI (1706-1785)

L’Inimico delle Donne (Venise, 1751)

Distribution

Filippo Adami – Zon-Zon, prince chinois – ténor
Anna Maria Panzarella – Agnesina, italienne échouée en Chine – soprano
Alberto Rinaldi – Geminiano, oncle d’Agnesina – baryton
Juri Gorodetski – Ly-Lam, ministre de Zon-Zon – ténor
Daniele Zanfardino – Si-Sin, ministre de Zon-Zon – ténor
Liesbeth Devos – Xunchia, prétendante de Zon-Zon – mezzo-soprano
Priscille Laplace – Kam-sì, prétendante de Zon-Zon – soprano
Federica Carnevale – Zyda, prétendante de Zon-Zon – soprano

DVD galuppi inimico Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie 
Dir. Rinaldo Alessandrini
Mise en scène : Stefano Mazzonis di Pralafera
Décors : Jean-Guy Lecat
Costumes : Frédéric Pineau
Lumières : Franco Marri
Ombres chinoises : Teatro Gioco Vita
Réalisateur : Fabrice Levillain 

Enregistré en live le 3 février 2011 à l’Opéra Royal de Wallonie.
115 », sous-titré français, DVD toutes zones, Dynamic, distribution Codaex, 2012.

Après une Olimpiade mitigée, notamment en raison de la fadeur de sa mise en scène, Dynamic ravira les amateurs de Galuppi par la parution de cet opera-buffa en 3 actes dont l’écriture virtuose et survitaminée ne peut que susciter l’enthousiasme et explique la renommée internationale dont le compositeur jouit à l’époque (il fut même nommé compositeur officiel de la Cour de Saint-Péterbourg). Cet Inimico delle Donne, créé à Venise en 1771, s’inscrit dans sa production inspirée d’opéras légers et virtuoses, dont on distinguera notamment Il Mondo della Luna de 1750, surfant sur l’engouement du Siècle des Lumières pour les chinoiseries d’Orient fantasmé afin d’introduire les péripéties invraisemblables alliant choc des civilisations (les Italiens Agnesina et son oncle Geminiano échoués à « Ki-Bin-Kin-Ka » au sein de l’Empire du Milieu) et homosexualité refoulée, i.e. un potentat oriental n’aimant pas les femmes (le Prince Zon-Zon à la sexualité trouble, ce qui inquiète ses ministres Si-Sin et Ly-Lam).

Cette prometteuse promesse est à moitié tenue. D’un côté, la mise en scène élégante et fastueuse de Stefano Mazzonis di Pralafera, qui a choisi de jouer pleinement la carte du livret, en renforçant le côté burlesque s’avère d’une folle drôlerie, du débarquement de Geminiano en perruque in-folio, son serviteur une bouée de navire autour de la tête, au strip-tease de prétendantes en ombres chinoises qui laisse son Altesse Zon-Zon de marbre. La scène du dîner est hilarante, nos Européens ne comprenant goutte aux coutumes locales d’une Chine digne des cabinets rococo de Charlottenburg, ce qu’accentuent les costumes opulents et colorés de Frédéric Pineau. Voici donc une mise en scène théâtrale et trépidante, survoltée et sans prétention, fidèle au livret (ce qu’on ne se lasse pas de louer par les temps qui courent).

© Opéra de Liège

© Opéra de Liège

D’un autre côté, hélas, trois fois hélas, la réalisation musicale est décevante, en raison d’un orchestre imprécis et faiblard, malgré la baguette lumineuse et rythmée du maestro Rinaldo Alessandrini, et un plateau vocal en demi-teinte. La musique de Galuppi, derrière son insoutenable et boulimique légèreté est stylistiquement proche de Una Cosa Rara de Soler, voire des Nozze mozartiennes. On y retrouve une inventivité mélodique qui n’a d’égale que la fluidité heureuse des ensembles, des intrigues d’une complexité peu crédible, des couleurs orchestrales chatoyantes. Dès l’Ouverture, l’Orchestre de l’Opéra de Wallonie se prend les pieds dans la partition avec un amateurisme d’une déconcertante candeur. Cordes acides, départs hasardeux, la phalange paraît insuffisamment préparée et d’une approximation coupable qui ne se démentira pas tout au long de l’œuvre. Pourtant, Alessandrini imprime paradoxalement à cette machine confuse un panache et une fraîcheur qui ne sont pas à dédaigner, et la spontanéité brouillonne de l’ensemble se révèle finalement communicative.

Même constat en lorgnant vers les solistes, desquels se détachent nettement l’Agnesina charnue et mutine d’Anna Maria Panzarella manquant parfois de projection (« Son io semplica fanciulla » où on l’habille de sa robe à panier) et le Geminiano grainé et bougon d’Alberto Rinaldi (« Torno presto » d’un inénarrable entrain). En revanche, le Prince Zon-Zon confirme vocalement son absence d’ardeur à lutiner les jolies damoiselles, notamment dans le « Quanti nomi in questa lista », magnifique anti-air du catalogue don giovannien où le ténor, appliqué, livre une prestation fragmentée en dépit d’un joli timbre – aux aigus étroits – et d’une noble prestance. Il faut dire que ces prétendantes cachent leurs attraits : la Zyda flûtée et incertaine de Federica Carnavale se révèle à la limite de la justesse et de l’acidité. Restent deux finales colorés, savoureux, bondissants et carnavalesques, d’une richesse et d’un dramatisme exacerbés.

En définitive, et malgré ses nombreux défauts, cette version d’une œuvre aux attraits certains s’imposera aisément en l’absence de concurrents de par sa verdeur enthousiaste, son bouillonnement coloré, et son charme d’une franchise irrésistible.

 

© Dynamic

Anne-Lise Delaporte

Technique : captation très fluide