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Glorieux

Museor
31 décembre, 2009

Antonio VIVALDI (1678-1741)

Gloria RV 589 & RV 588
« Ostro picta, armata spina » RV 642 

Sara Mingardo (contralto)
Concerto Italiano
Direction Rinaldo Alessandrini 

67′, Naïve, 2009.

 

Contrairement à toutes les règles de l’écriture à suspens, nous pouvons affirmer dès à présent que cette nouvelle version du sacro-saint Gloria de Vivaldi se hisse sans peine parmi les lauréats actuels de la discographie. On y trouve en effet une urgence dramatique, un dynamisme farouche et menaçant, une beauté élégiaque tout à fait sublimes, et d’autant plus difficiles à atteindre que l’œuvre mythique souffre les nombreuses comparaisons et ne tolère pas le moindre écart. Plus que les qualités individuelles des solistes, ou la concision du chœur, ce succès dénote avant tout la vision de Rinaldo Alessandrini, qui nous a déjà livré un enregistrement en 1999 (Opus 111). Voici une lecture personnelle et brûlante, sombre et épique, dénuée de brutalité mais souvent incisive.

Le programme s’ouvre par l’Introduzione al Gloria « Ostro pictura, armata spina », d’une écriture opératique. Le timbre clair, bien assis, légèrement vibrant de Monica Piccini porte la mélodie avec fluidité, l’accompagnement orchestral du Concerto Italiano se révèle honnête et vif, quoiqu’un brin mécanique dans les traits violonistiques répétitif. Voilà qui est équilibré, raffiné, bien ornementé, mais sans réel impact émotionnel. Le « Linguis favete » final traduit cette sensation de superficialité brillante, où l’inspiration de Prêtre Roux semble regarder du côté du théâtre plus que de l’autel.

Et puis, voici que cette mise en bouche achevée, Rinaldo Alessandrini nous projette, séance tenante, avec pas même le temps d’un demi-soupir, dans le chœur introductif du fameux Gloria (RV 589). Trompettes tonitruantes et pressées, masse orchestrale dense et évocatrice, chœur tout aussi compact et d’une énergie insatiable, derrière laquelle se glisse un je-ne-sais-quoi de sévère et de tendu sous-tendant les exclamations de joie. On songe à la lueur franche et glacée de l’acier sous le pourpoint de velours. L’ « Et in terra pax », d’une diabolique précision dans ses entrées fuguées avec une rondeur de timbre et une transparence clinique, ouvre heureusement sur la bouffée d’air du « Laudamus Te » virtuose et gracieux, presque galant, d’Anna Simboli et Alena Dantcheva. Mais, là encore, en maître des contrastes, Alessandrini assène ensuite un « Gratias agimus tibi » d’une solennité pesante, d’une pompe grandiloquente qui eut été une faute en elle-même, mais qui répond parfaitement ici à une vision d’ensemble lisible et naturelle. Et la poésie du « Domine Deus », avec son violon solo, d’une douceur caressante, sensuel et reposé se mêle à celle du soprano d’Anna Simboli, rêveuse et tendre, et de Nicholas Robinson juste quoique plus effacé. On aimerait détailler ce Gloria mouvement par mouvement, mesure à mesure, note à note, mais ce serait là un travail bien fastidieux. Alors, pour répondre à l’interrogation muette des lecteurs, « dove Sara Mingardo ? », nous mentionnerons son « Domine Deus » d’un dépouillement recueilli, généreux et fervent, entrecoupé par les intervention d’un chœur respectueux ; et le « Qui sedes ad dexteram Patris » où l’orchestre se montre un peu trop robuste et franc face aux mille nuances du phrasé de la contralto.

La deuxième partie du disque est consacrée au Gloria RV 588, moins célèbre, et d’une facture stylistiquement assez proche, quoique plus inégale. Dans l’ensemble, l’écriture est moins moderne, souvent plus intériorisée. Aux mouvements festifs mais peu caractérisés « Jubilate o ameni Chori » répond de temps à autres des pages d’une plénitude éloquente, tels le Largo « Et in terra pax hominibus » avec ses accords déscendants, un ‘Gratias agimus tibi » sautillant de bonhomie, un « Domini Fili unigenite » d’une écriture soudainement plus archaïque, polyphonique et complexe avec des chromatismes saisissants. Et les fans de Sara Mingardo, dont nous faisons partie, se délecteront du « Qui sedes ad dexteram Patris » sur son coussinet chatouilleux de cordes, avec cet aspect vaporeux qui rappelle les cantilènes, cette manière indéfinissable de faire flotter la mélodie au milieu de l’éther. La richesse du timbre de Sara Mingardo, la musicalité altière et concentrée qui en émane, le phrasé articulé et lyrique qu’elle adopte font de ces 3’34 un plaisir qui à lui seul justifierait l’acquisition de ces Gloria d’exception.

Pour conclure, ce nouvel opus alessandrinien peut désormais être aligné sur vos étagères sans hésitation aux côtés de l’ancienne version… d’Alessandrini tout aussi dynamique avec Deborah York (Opus 111), la version idiomatique de Biondi avec Daniel (Virgin), l’ampleur didactique d’Harnoncourt (Teldec), sans oublier nos Anglais avec la transparence contemplative de Parrott (Virgin), l’équilibre « near perfect » de Pinnock (Archiv), l’inoubliable Bowman avec Hogwood (Decca – L’Oiseau-Lyre).

Viet-Linh Nguyen


Technique : 
bon enregistrement, pas de remarques particulières