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« Aspirer à la liberté ! » (Haendel, Récital Karina Gauvin – Salle Gaveau, 14/01/15)

Publié dans : Concerts - Critiques
20 janvier, 2015

Georg Friedrich Haendel (1685 -1759), 

Airs d’opéras

Karina Gauvin – Salle Gaveau, 14/01/2015

 

Karina Gauvin

Photo : Michael Slobodian

Karina Gauvin – soprano
Le Concert de la Loge Olympique
Julien Chauvin – violon et direction

Salle Gaveau, le 14 janvier 2015

Le 14 janvier dernier, lors d’une soirée consacrée à Haendel, le public parisien écoutait la soprano québécoise Karina Gauvin (lire son interview)- qu’il avait pu apprécier récemment en décembre au théâtre des Champs Elysées dans la Clémence de Titus de Mozart – et découvrait l’annonce de la création d’un nouvel ensemble de musique baroque, le Concert de la Loge Olympique, fondé par Julien Chauvin, issu du Cercle de l’Harmonie (co-fondé avec Jérémie Rhorer), dont voici le concert inaugural à Paris après celui de Grenoble donné la veille.

Si le début du concert a été l’occasion pour l’ensemble et la chanteuse (dans l’air Da tempeste du Giulio Cesare) de prendre leur envol, le reste de la soirée fut marquée par une remarquable coordination des instruments et de la soprano, ceux-ci accompagnant sa voix sans jamais la couvrir. Le violoniste et chef d’orchestre Julien Chauvin se révéla un partenaire attentif pour la soprano et un chef d’orchestre discret et efficace.

Une soirée alternant airs d’opéras et d’oratorio, de Rinaldo composé en 1711 à Solomon, composé en 1749, et interludes musicaux comme la magnifique Water music où les bois étaient particulièrement à l’honneur, le concerto pour orgue et le concerto grosso en sol majeur. Les trois suites de la Water music furent jouées en juillet 1717 à l’occasion d’une grande fête sur la Tamise. Malgré leur caractère solennel, Haendel avait ménagé des passages mélodiques plus intimistes, parfaitement retranscrits par l’orchestre. Un subtil équilibre que l’on retrouve également dans le Concerto grosso en sol majeur composé en 1739 où l’ouverture solennelle contraste avec l’allegro du deuxième mouvement très impétueux et l’énergique gigue du dernier mouvement. Haendel gardait en effet de sa jeunesse en Italie un sens des proportions hérité de Corelli, et cherchait à maintenir un équilibre sonore dans ses œuvres.

Ces airs étaient l’occasion pour la soprano de montrer à la fois la virtuosité de sa voix, la pureté de son timbre cuivré et sa maitrise parfaite des vocalises et des ornementations, tant dans le Da tempeste, de Giulio Cesare malgré une projection moins forte que dans les autres airs, et le Tornami a vagheggiar d’Alcina où la magicienne Morgana, sœur d’Alcina, déclare sa flamme au chevalier Ricciardo, en réalité Bradamante travestie. Les différents sentiments amoureux étaient très bien exprimés par la voix de la soprano.

Deux airs marquèrent la soirée : Ah mio cor et Lascia ch’io pianga. Dans Ah mio cor d’Alcina, véritable cri d’amour et de rage, la chanteuse déploya à la fois un grand sens théâtral – impétueuse au début la voix devint ensuite douloureuse, faisant éprouver au public les divers sentiments de la magicienne trahie – et une très grande maitrise technique par sa belle colorature. Un instant de grâce fortement apprécié du public.

Le Lascia ch’io pianga, tube archi rebattu qu’on ne présente plus, a été chanté en hommage aux victimes des attentats de début janvier comme un superbe hymne à la liberté, et fut suivi d’une standing ovation, à la fois pour sa maîtrise technique parfaite mais surtout pour ce moment d’émotion intense qui a ému profondément le public.

 

Anne-Laure Faubert