Close

L’excellence (Haendel, Israël en Egypte – Le Concert Lorrain, Goodman – Metz, 20/09/2014)

Publié dans : Concerts - Critiques
27 septembre, 2014

Le Concert Lorrain Nederlands Kamerkoor, dir. Roy Goodman

Israël en Egypte

concert-lorrain-cop-benjamin-de-diesbach 

Georg Friedrich HAENDEL (1685-1759)

Première partie : Les Lamentations des Israélites à la mort de Joseph
Deuxième partie : L’Exode
Troisième partie : Le cantique de Moïse

Distribution

Le Concert Lorrain :
Hautbois I : Sarah Assmann

Hautbois II : Allison Smith,
Basson I : Takako Kunugi
Basson II : Makiko Kurabayashi,
Trompette I : Simon Munday
Trompette II : Paul Sharp,
Trombone I : Fabrice Millischer
Trombone II : Guilhem Kusnierek
Trombone III : Rubén Gonzalez del Camino,
Timbales: Justus Ruhrberg,
Konzertmeisterin: Chouchane Siranossian,
Violons I: Cécile Dorchêne, Ildiko Hadhazy, Maria Egenhofer,
Violons II: Lorea Aranzasti Pardo, Timea Ham, Zsuzsanna Hodasz,
Friedemann Kienzle,
Alto: Jane Oldham, Marie Harders-Sauer, Lucile Chionchini,
Théorbe: Stefan Maass,
Violoncelle: Stephan Schultz*, Lucile Perrin,
Contrebasse: Christian Berghoff-Flüel*,
Orgue: Carsten Lohff*,
Clavecin: Beni Araki* 

* Continuo 

Nederlands Kamerkoor: 
Chœur I:
Soprano: Heleen Koele, Ingrid Nugteren, Dorothea Jakob, Mónica Monteiro,

Alto: Karin van der poel, Marian Dijkhuizen, Elsbeth Gerritsen, Annemieke van der Ploeg,
Ténor: Alberto ter Doest, Ross Buddie, Steven van Gils, Joost van der Linden,
Basse: Kees Jan de koning, Matthew Baker, Daniël Hermán Mostert, Robbert Musse,

Chœur II:
Soprano: Annet Lans, Mariët Kaasschieter, Saejeong Kim, Maria Valdmaa,

Alto: Marleene Goldstein, Kaspar Kröner, Åsa Olsson, Chantal Nysingh,
Ténor: Emilio Aguilar, William Knight, João Moreiro, David van Lith
Basse: Gilad Nezer, Donald Bentvelsen, Ralf Ernst, Florian Just.

 

Représentation du 20 septembre 2014, à L’Arsenal (METZ)

Pourquoi écrire une critique alors qu’un seul mot résume la prestation de ce soir : L’EXCELLENCE !

Les amateurs de musique baroque de l’Est de la France n’ont rien à envier de la Capitale. car la Lorraine se place remarquablement sur la scène musicale baroque avec entre autres l’Arsenal de Metz (57), le Festival de musique sacrée et baroque de Froville (54), l’Opéra national de Lorraine et la salle Poirel de Nancy (54).

C’est justement à l’Arsenal de Metz qu’est donné en deuxième concert de cette nouvelle saison, Israël en Egypte de Georg Friedrich Haendel. L’Arsenal Ney, tel est son nom, fut construit sur ordre de Napoléon III entre 1860 et 1864. Jusqu’en 1944 (bataille de Metz – 27/08 au 13/12), date de sa désaffectation, il était un bâtiment militaire destiné au stockage des armes et des minutions. En 1961, le ministère de la défense signe un accord de cession avec la ville de Metz, qui se concrétise en novembre 1968. En 1978, un projet de réhabilitation du site est lancé. L’aménagement d’une vaste salle de concert est décidé en mai 1978 par Jean-Marie Rausch, maire de Metz. Le projet retenu est celui de l’architecte espagnol Ricardo Bofill et des architectes associés Gibert – Hypolite et Longo. Les lignes extérieures ont été conservées en ajoutant juste un placage de pierres italiennes de couleur « miel », aux joints en laiton. L’Arsenal est inaugurée le 26/02/1989. Cette magnifique salle pavée de marqueterie de hêtre et de sycomore et peaufinée d’un plafond en staff, dispose d’une acoustique reconnue comme exceptionnelle notamment par Mstislav Rostropovitch.

C’est dans ce merveilleux cadre qu’est représenté Israël en Egypte – HWV54, oratorio en trois parties composé par G.F. Haendel. Le texte est issu de la Bible et est chanté en anglais. Il décrit Les Lamentations des Israélites à la mort de Joseph, L’Exode, les Dix plaies d’Egypte, la traversée de la Mer Rouge (avec l’engloutissement des armées de Pharaon) et le Cantique de Moïse, les hymnes de reconnaissance d’Israël envers son Dieu. Alors que cet oratorio est un véritable chef d’œuvre tant par sa variété d’écriture pour chœurs et orchestre, sa richesse musicale, il ne fut joué que huit fois du vivant d’Haendel.

L’ensemble Le Concert Lorrain - en résidence à l’Arsenal depuis 2009 – « enrichi » du Nederlands Kamerkoor, conjointement placés sous la baguette de Roy Goodman ont livré ce soir une magnifique représentation. Les 27 instrumentistes ont chacun grâce à leur sensibilité, leur jeu, leur phrasé, leur talent donner à cet oratorio une dimension captivante même si le sujet est la fuite, l’exode d’un peuple !

Tout n’est que finesse. Le continuo assuré par Stephan Schultz au violoncelle et directeur artistique de l’ensemble, Christian Berghoff-Flüel à la contrebasse, Carsten Lohff à l’orgue et Beni Araki au clavecin, soutient avec maestria, sans dénaturer l’œuvre, les chœurs et les solistes. On admire la fluidité du continuo (pour les néophytes ou étourdis, rappelons qu’appelé aussi basse continue ou basse chiffrée, il s’agit de l’art d’accompagner à l’orgue, au clavecin – ainsi qu’à tout instrument polyphonique : violoncelle, contrebasse, la musique dite ancienne. Il consiste à improviser, dans un style adapté, selon un codage chiffré de la partition.)

Relevons aussi la grande précision d’interprétation du Nederlands Kamerkoor composé de 32 chanteurs. Ce dernier fait preuve de puissance vocale, de force notamment dans “He gave them hailstones for rain …upon the ground” – “Il leur donna des grêlons en guise de pluie … sur le sol”. Les auditeurs sentent ce déluge grâce à cette expressivité vocale renforcée par les trompettes (Simon Munday, Paul Sharp), par les timbales (Justus Ruhrberg) ou soutenue par les trombones (Fabrice Millischer, Guilhem Kusnierek, Rubén Gonzalez del Camino). Mais aussi de douceur, de recueillement, lorsqu’il loue le Seigneur “He is my God…And I will exalt him ” – “Il est mon Dieu … Et je vais l’exalter.”

Une parfaite homogénéité entre les deux chœurs, et également avec l’ensemble, se fait entendre sous l’attentive et précise direction de Roy Goodman. A 12 ans, il devient célèbre à l’échelle internationale grâce à son interprétation en tant que soliste aigu dans le Miserere d’Allegri, enregistré en Mars 1963 avec le Chœur de King’s Collège de Cambridge sous la direction de Sir David Willcocks. Goodman sait réunir musiciens et chanteurs pour en faire un tout cohérent. Le Nederlands Kamerkoor gardera, tout au long de cette œuvre, cette régularité dans les 28 chœurs aux styles variés (polyphonies à l’ancienne, savantes fugues, doubles chœurs où les voix s’enchevêtrent dans une polyphonie colorée). 

Les auditeurs pensent avoir atteint l’apogée de l’excellence. Ils se trompent. Les six solistes vont élever cette excellence encore plus haute aussi bien dans les solos, les duos ou les quatuors. Ils placent leur voix dans la salle et font sonner celle-ci par elle-même. 

Dans le récitatif “Now there arose a new king over Egypt” – “Voici qu’il s’éleva sur l’egypte un nouveau roi”, le ténor James Gilchrist montre une certaine faiblesse due à son état de santé. Il est souffrant à tel point que « son » air “The enemy said” est chanté par la soprane Julia Doyle avec brio recevant les félicitations du maestro. Dans ces 4 récitatifs, il tiendra son « rôle » avec une voix mixte légère et facile tout en conservant la souplesse et la sonorité malgré ses soucis. 

David Allsopp avec sa voix d’alto, offre son timbre avec générosité sans vulgarité et lourdeur. Les solides appuis vocaux lui permettent d’ornementer avec finesse dans l’air “Their land brought forth frogs” – “Leur pays grouilla de grenouilles”. L’extase se produit lors de son autre air “Thou shalt bring them in, and plant them in the mountain of thine inherance” – “Tu les feras entrer, et les installeras sur la montagne de ton héritage ”. L’âme s’unit directement à Dieu dans un état de joie qui absorbe tout autre sentiment.

Roderick Williams (basse I) et Peter Harvey (basse II) signent une belle performance dans le duet “The Lord is a man of war” – “Le Seigneur est un guerrier”. Leurs voix se marient à perfection avec une bonne projection. Elles se répondent, s’entremêlent en peignant un tableau aux couleurs chaudes. Pour enlever de la gravité à ce duo, ils se saluent en se quittant, « Gentlemen’s chanteurs ». Le maestro les applaudit. 

Un autre moment exquis, le duo des sopranes I (Julia Doyle) et II (Maria Valdmaa), “The Lord is my strength” – “ Le seigneur est ma force”. Cette complicité vocale nous fait penser à un non moins célèbre duo, celui dit “Duo des Fleurs” de Lakmé de Léo Delibes.

Quant à Julia Doyle, son charme opère dès sa première intervention dans le quatuor “When the ear heard him” – “Quand l’oreille l’entendait”. L’auditoire tend l’oreille. Elle séduit par ses intonations expressives, son articulation, ses accents d’intensité. L’émission du son est continue, même ses respirations légères et profondes sont gracieuses. Lors des solos, des duos, des quatuors, son tempérament vocal s’exprime avec une certaine facilité, toute relative bien entendu. Les instruments colorent sa voix tel le soleil éclaire les âmes.

L’excellence a rythmé ce concert sans être perturbé par les notes d’humour des Basses.

Jean-Stéphane Sourd Durand