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A la grâce de Dieu ! (Le Messie – The Sixteen, Harry Christophers – Versailles, 02/07/2014)

Publié dans : Concerts
5 juillet, 2014

Haendel, le Messie

The Sixteen, Harry Christophers

Harry Christophers © Marco Borggreve

Harry Christophers © Marco Borggreve

 

Georg Friedrich HÄNDEL (1685-1759)

Messiah (1741)

Oratorio en trois parties, HWV 56
Livret tiré de la Bible, compilé par Charles Jennens
Créé le 13 avril 1742 au Temple Bar de Dublin

Katherine Watson, Soprano
Catherine Wyn-Rogers, Mezzo-Soprano
Joshua Ellicott, Tenor
Christopher Purves, Basse

Orchestre et Chœur The Sixteen
Direction : Harry Christophers

Représentation du 2 Juillet 2014 à la Chapelle Royale du Château de Versailles.

Il était une fois Georg Friedrich Haendel. Un Haendel sans poudre, dépossédé de ses plus belles mouches. Un Haendel sans superflu. Ce n’était pourtant pas peu de choses que dépoussiérer l’image pompeuse et solennelle que véhiculait l’illustrissime Saxon. Et ça n’en est que plus délectable ! On apprécie enfin la musique pour elle-même et parmi le public, même les moins mélomanes, captivés à la fois par la magnificence de l’œuvre et par l’humilité grandiose des interprètes, ne purent se retenir de répandre tout leur soûl de « bravo » une fois que la dernière note eût résonné sous la voûte dorée de la Chapelle Royale.

Et à propos d’interprètes, la plus belle des surprises fût certainement le ténor Joshua Ellicott qui, malgré des aigus parfois un tantinet poussifs, n’a cessé de nous tenir en haleine lors de ses (trop) rares interventions, tantôt contemplatif (Air Comfort ye, my people), joyeux (Air Every Valley) ou furieux (Récit He, That Dwelleth)…. mais en toute circonstance, extrêmement convaincant.

Malgré une certaine staticité et un léger manque dans l’intelligibilité de son texte, la jeune soprano Katherine Watson sût également mettre l’auditoire en émoi grâce à sa musicalité sans faille et un timbre d’une très grande clarté, léger, évanescent, peut-être un peu frêle, mais qui nous transperça de part en part, si bien qu’on ne pût que tomber sous le charme.

Christopher Purves campait quant à lui une basse profonde à la diction et au timbre saisissants malgré une légère fatigue vocale vers la fin de l’oeuvre. Lors des ses apparitions, extrêmement solennelles mais toujours mêlées d’une pointe d’humour so british, il se montre terrifiant dans les passages menaçants….si bien qu’il ne quittait plus vraiment cette pâte inquiétante et manquait à nous convaincre lors de passages plus calmes et délicats.

Seul léger bémol dans le casting, la mezzo-soprano Catherine Wyn-Rogers qui, lors de nombreux passages, montrait des faiblesses de justesse, des lenteurs dans les vocalises et des récitatifs pas toujours très éloquents. Mais on oublie assez vite ces quelques soucis au vu du plaisir que l’interprète montre à partager la musique avec son auditoire, de son jeu de scène particulièrement plaisant, et de sa diction somme toute impeccable.

Place à l’orchestre ! C’est un ensemble instrumental d’une très grande qualité que nous avons eu la chance d’entendre avec The Sixteen, une justesse parfaite, des cordes impeccablement synchronisées, un continuo fourni, mais sans excès (on aurait toutefois apprécié d’entendre un peu plus le théorbe), et une mention toute spéciale aux deux trompettistes qui ont subjugué la foule par leur clarté et leur justesse. Un tout petit reproche, s’il en est, sur la relative mollesse de l’ensemble et notamment des cordes, l’acoustique à Versailles étant extrêmement généreuse, on aurait préféré sous la houlette de Harry Christophers un jeu quelque peu plus vif et court de manière à éviter une légère confusion nuisible à la compréhension de la musique.

Enfin, du côté du chœur, la musique était au rendez-vous dans ce qu’elle avait de plus beau, de plus touchant. Des choristes tout en retenue, mais aux couleurs de voix si prononcées que du haut de leur petit nombre de 22, ils couvraient amplement le volume de l’immense nef de la Chapelle du Château de Versailles. Et cette humilité grandiose comme, il est dit plus haut, nous donna des frissons dans les chœurs de triomphe et particulièrement dans le très célèbre « Hallelujah » qui clôture la deuxième partie de l’oratorio, scandé sans accent et en toute humilité….il nous a fallut cinq bonnes secondes pour nous remettre du frisson qui nous a tous parcouru de concert, et enfin nous avons pu tourner la page sur la seconde partie sous un tonnerre d’applaudissement.

Une très grande réussite en somme, avec son lot de petites imperfections. Mais après tout personne n’est parfait. En définitive, il n’y a alors plus qu’un mot à dire : Amen !

François d’Irancy