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Friandises baroques d’entre Saône et Rhône (Haendel – Sabata, Onofri, Opéra de Lyon – 18/05/2014)

Publié dans : Concerts - Critiques
26 mai, 2014

Récital Haendel

Liste des oeuvres

Georg-Friedrich HAENDEL (1685-1759)
Concerto grosso op. 6 n° 1 : A tempo giusto – Allegro – Adagio
Rinaldo : air « Abbruggio, avvampo e fremo »
Concerto grosso op. 6 n° 9 : Larghetto

Alessandro : air de Tassile « Vibra, cortese Amor »
Water Music 
Concerto grosso op. 6 n° 1 : Finale Menuet
Concerto grosso op. 6 n° 2 : Andante larghetto – Allegro – Largo
Amadigi di Gaula : air de Dardane « Pena tiranna »
Concerto grosso op. 6 n° 2 :Allegro ma non troppo

Nicola PORPORA (1686 – 1768)
Ifigenia in Aulide : Récitatif et air d’Agamemnon « Oh di spietati numi…Tu spietato non farai »

Francesco GEMINIANI (1687 – 1762)
Concerto grosso n°12 « La Folia » (d’après Corelli)

Xavier Sabata, contre-ténor

Orchestre de l’Opéra de Lyon
Violons : Kazimierz Olechowski, Laurence Ketels-Dufour, Camille Béreau, Tristan Liehr / Frédéric Bardon, Frédérique Lonca, Alex Diep, Maria Estournet
Altos : Daniel Fromentelli, Ayako Oya, Emmanuel François
Violoncelles : Ewa Miecznikowska, Valériane Dubois
Contrebasse : Cédric Carlier
Flûtes : Jacek Piwkowski, Catherine Puertolas
Hautbois : Bastien Nouri, Jacek Piwkowski
Basson : Nicolas Cardoze
Continuo : Anne-Catherine Vinay (clavecin) , Charles-Edouard Fantin (archiluth)

Direction et violon : Enrico Onofri

Concert donné le 18 mai 2014 à l’Opéra de Lyon

Enrico Onofri © Opéra de Lyon

Enrico Onofri © Opéra de Lyon

Lyon est un des hauts lieux de la gastronomie en France, et les touristes étrangers ne s’y trompent pas, qui se pressent en masse dans la capitale des Gaules, seconde métropole touristique française après Paris. Ce dimanche-là un fort vent rafraîchissait les ardeurs d’un écrasant soleil printanier, et les célèbres chocolatiers de la ville avaient fermé leurs devantures. Les seules friandises disponibles étaient destinées aux oreilles, et non aux palais, puisque l’Opéra proposait un concert Haendel. Il faut souligner cette courageuse initiative, tant il est difficile de motiver les spectateurs un dimanche après-midi… Mais une affiche riche d’un Xavier Sabata accompagné de l’Orchestre de Lyon dirigé par Enrico Onofri avait attiré une assistance nombreuse dans la large salle de l’Opéra Nouvel.

Le programme est intelligemment construit autour de passages des Concerti grossi du Caro Sassone qui encadrent des airs d’opéra du compositeur, avec une « ouverture » finale vers un air de Porpora et le concerto « La Folia » de Geminiani, transcription pour orchestre (1732) de la dernière pièce de l’Opus 5 de Corelli (publié en 1700), elle même inspirée d’un thème plus ancien (la « Follia de Spagnia »). Dans ces passages orchestraux la virtuosité d’Enrico Onofri au violon brille de tous ses feux : on retiendra tout particulièrement l’opus 6 n°2 qui ouvre la reprise à l’entracte, avec un dialogue plein de sensibilité, et les merveilleux passages solo du concerto « La Folia », qui attirèrent tous deux de longues ovations amplement méritées. On peut juste regretter que, malgré la présence du clavecin bien ponctué d’Anne-Catherine Vinay et de l’archiluth enchanteur (en particulier dans son duo avec la flûte pour le Menuet Final de l’opus 6 n°1) de Charles-Edouard Fantin, les sonorités des cordes de l’orchestre de Lyon conservent une couleur plutôt « classique » dans son ensemble, un peu en décalage avec le caractère baroque affirmé du répertoire.

Ce riche support orchestral sert à merveille les parties vocales interprétées par Xavier Sabata. On retiendra en particulier la tension dramatique bien présente dans le prologue du « Pena tiranna ». Les airs s’enchaînent, où l’on retrouve avec plaisir les caractéristiques de la voix du contre-ténor : la couleur si particulière de son timbre, mais aussi son expressivité bien présente sans être jamais excessive, et surtout le caractère très naturel de ses ornements. Après les mélismes très réussis de l’air de Rinaldo, la longue plainte de Tassile (« Vibra, cortese Amor ») suscite des applaudissements nourris. Le « Pena tiranna » bien délié, à l’émotion toute retenue, demeurera probablement le moment culminant de ce récital, car plus émouvant encore à notre sens que dans l’enregistrement des airs de « Bad Guys » (Aparté) qui constitue pourtant une référence : le public ne s’y est pas trompé, qui a entamé une longue ovation. Les dramatiques interjections du « Tu spietato non farai » ont également reçu un accueil enthousiaste. Après plusieurs rappels, le contre-ténor nous proposa le « Cara sposa » extrait de Rinaldo, qui acheva d’enchanter le public. Lyon, ville du plaisir des sens…

Bruno Maury

 Site de l’Opéra de Lyon