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Une demi-lune

Muse4
16 septembre, 2013

Georg-Frederic HAENDEL (1785-1759)

Théâtre intime

Sonates pour flûte à bec et basse continue
Air inédit « Son d’Egitto » et « Non posso dir più »
Cantate « Nel dolce dell oblio »

Les Lunes du Cousin Jacques :
Aurore Bucher (soprano)
Benoît Toigo (flûte à bec)
Frédéric Hernandez (clavecin)
Diego Salamanca (théorbe)
Annabelle Brey (violoncelle)

59’18, Hortus, 2013.

Voici un enregistrement charmant et charmeur, mais souvent encore vert. L’ingrate tâche de la critique discographique est souvent empreinte de ces instants d’archéologie, où récupérant triomphalement un boîtier poussiéreux sur une étagère surchargée de bibelots, la journaliste s’exclame l’œil brillant, et le stylo au poing : « je le savais, c’était bien mieux dans la version live pirate hongroise de février 1963 ! », fière de son écoute comparative. Et s’il faut avouer de but en blanc et sans autre préambule que cette lecture virtuose et équilibrée de quatre sonates pour flûte à bec, aux formes intéressantes et variées, ne peut égaler certains illustres devanciers, et au premier chef la version plus aboutie et plus profonde de l’incontournable Frans Brüggen (Sony, 1973-74), Les Lunes du Cousin Jacques n’en sont pas pour autant dénuées de qualités. On goûte ainsi une interprétation aérée, délicate, d’un raffinement distingué, à la précision de bon ton. Toutefois, les tempi sont souvent trop pressés, la mélodie trop lisse, la flûte de Benoît Toigo appliquée et sensible, agile quand il le faut, mais insuffisamment variée dans ses articulations. Le continuo, appliqué, complice et sage, dépourvu dans les graves et doté d’un violoncelle trop effacé renforce un climat de boudoir, certes intime, mais trop convenu. Là où le souffle de Brüggen se faisait voix humaine, jouait sur les micro-inflexions et changements de mesure, bâtissait au fil de l’eau un échange sincère de confident, les Lunes demeurent trop extérieures, et ne parviennent pas à utiliser les joliesses de la partition comme un tremplin pour ce théâtre intime qu’il appellent pourtant de leurs vœux.

Le Largo de la Sonate en ré mineur aurait pu se laisser aller à plus d’abandon, de sensualité, de douceur, s’étaler dans les soieries d’une Italie que le compositeur traversa, le Furioso bouillonner au-delà de la virtuosité des doubles croches. Nous espérions sans doute une approche peut-être techniquement moins finie, mais dotée de davantage de spontanéité et de personnalité, à l’image du Largetto de la HWV 369, où le violoncelle d’Annabelle Brey se fait plus insistant et dramatique, et où les effusions du soliste paraissent plus amples, plus fluides et plus naturelles. De même, la HWV 365 s’avère plus lyrique, avec son Larghetto initial souriant et lumineux où l’on ressent enfin le plaisir d’une assemblée de musiciens, jusque dans le trille perlé.

Un mot encore sur la partie vocale du récital : si l’air inédit « Son d’Egitto », extrêmement bref et doté d’un accompagnement un peu sec au clavecin n’est pas vraiment d’un grand intérêt, la cantate « Nel Dolce dell’ oblio », datant de la période italienne du compositeur, vive et animée malgré la modestie de ses effectifs et de son écriture, est d’une rafraîchissante vigueur, tandis que le lyrique « Non posso dir di più » constitue une page intense, d’une musicalité frémissante et tragique qu’Aurore Buchet capture avec conviction, entourée par un continuo de luth et violoncelle ouaté.

En dépit de quelques faiblesses dues à un manque de relief ou d’audace, ce Théâtre intime démontre avec grâce le talent de cette phalange lunaire, dont on attend de découvrir avec impatience la face cachée et les futurs opus.

Anne-Lise Delaporte

Technique : captation de bonne qualité, manquant un peu de liant.