Close

Happy birthday to you, Mr President !

Publié dans : Concerts - Critiques
5 octobre, 2012

Sonates et Suites françaises et allemandes : Bach, Haendel, Hotteterre, Marais

Hugo Reyne © Guy Vivien

Hugo Reyne, flûte
Emmanuelle Guigues, viole de gambe
Thomas Dunford, archiluth

5 octobre 2012, Hôtel de Soubise, Paris, dans le cadre de trois concerts exceptionnels célébrant les 25 ans de « la Simphonie dans le Marais »

25 ans déjà que la Simphonie du Marais écume avec élégance et sensibilité un répertoire extraordinairement varié mais où figure en bonne place la musique française et en particulier le répertoire lullyste. Pour ouvrir le bal de ces trois concerts très différents de la Simphonie qui revient dans le Marais parisien, Hugo Reyne a choisi des pièces en trio, expliquant de sa voix agréable et confidentielle, comme s’il se parlait à lui-même autant qu’au public privilégié assis à peine quelques mètres de lui, qu’il a souhaité d’abord renoué avec son rôle de flûtiste et de chambriste.

Hugo Reyne © Guy Vivien

Et quel flûtiste ! A force de le voir diriger, nous en étions venu à oublier le soliste éloquent et nuancé, d’une virtuosité douce qu’est Hugo Reyne, et qui a su rendre une Suite d’Hotteterre, qui aurait pu s’avérer décorative et convenue sous d’autres doigts, d’une enveloppante sensualité. On admire le souffle terriblement humain, les articulations nobles et variées, l’aisance du geste. On dit que la viole est parfois l’instrument le plus proche des voix humaines. Ce soir-là, sous les boiseries d’époque de ce salon auquel ne manquait que quelques aristocrates mélomanes et emperruqués, c’est bien la flûte d’Hugo Reyne qui a su traduire, par ses infimes inflexions, ses micro-retards, la grâce nostalgique de ses ornements les reflets de l’âme, d’un Rondeau champêtre – presque naïf – à un Prélude de Pierre Philidor ample et déploratoire, sans oublier la virtuosité mélodique d’une Sonate de Halle au sujet de laquelle Reyne regrette à juste titre qu’ « on ne la joue pas assez souvent ». Et puis pour finir, il y eut cette sonate en fa majeur de Bach à l’adagio initial très équilibré, d’une effusion pudique. Et tout au long de ce concert, comme le faisait remarquer Hugo Reyne soucieux de partager avec son public quelques réflexions sur les œuvres, il y avait tapie derrière le raffinement une once de mélancolie rêveuse.

On en oublierait de parler des deux autres membres du trio, tant la prestation d’une brillance lunaire d’Hugo Reyne était remarquable. Thomas Dunford, en dépit de ses vertes années, s’est révélé un excellent archiluthiste, notamment dans sa transcription des Voix humaines de Marais, d’une légère tristesse, puis dans un Prélude de Weiss d’une tendresse sage. En revanche Emmanuelle Guigues a semblé ce soir-là plus en retrait, avec des sonorités un peu sèches et une « Buisson », superbe chaconne de Forqueray, trop appliquée, manquant de corps et de graves, bien loin de la virtuosité libre d’un Paolo Pandolfo. La sonate en ré majeur de Telemann était également assez convenue. Et c’est finalement dans le continuo, où attentive et complice, la gambiste a prodigué un soutien de premier ordre, d’une ductilité assurée.

A la fin de cette soirée, alors que se vide le salon et que les invités s’ébattent autour de macarons gracieusement offerts par la Simphonie, nous avons eu l’impression de renouer avec l’atmosphère intime et bienveillante d’un salon de musique, où bruissait une conversation en musique.

Viet-Linh Nguyen

Site officiel de la Simphonie du Marais