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Histoire d’une OPA agressive

Publié dans : Articles - Dossiers - Essais
9 février, 2007

De Barockmusik à la Muse baroque 

 

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Tout d’abord, pourquoi ce magazine s’est-il appelé Barockmusik du printemps 2003 à l’automne 2006 ?

« Nous ne sommes point ici en terre d’Empire, que je sache ! » Anne Aunimes

Telle est la question que Jean-Claude Brenac, l’auteur du site www.operabaroque.com, m’a posé, lorsque je lui ai fait part du lancement de Barockmusik. Plus précisément il écrivit « Pourquoi Barockmusik pour une revue francophone ? »

Question des plus farfelues… Imaginons, par exemple, que – par une aberration éditoriale -  Diapason soit rebaptisé L’Igloo Vert. Il y aurait là en effet un mystère qui rendrait le lectorat bien perplexe, mais Barockmusik signifiant « Musique Baroque » en allemand, le sujet et le nom correspondent bien. 

En réalité, toute l’énigme est de découvrir pourquoi un nom allemand a été choisi.

L’explication la plus simple serait, selon un détective anglais, que ce site à l’arrière-plan proche du vert-de-gris ferait partie d’une conspiration diabolique menée par un Generalfeldmarschal à la retraite en vue de la restauration des Hohenzollern sur le trône de l’empire post-prussien.

Au risque d’en décevoir certains, il s’agit simplement d’un hommage à Bach et à ses prédécesseurs méconnus. L’ère germanique baroque est encore trop souvent considérée comme une sorte d’alchimie maladroite entre les influences françaises et italiennes, étendue ingrate où les génies étaient emprisonnés (Bach) ou émigraient (Händel) tandis que des compositeurs de deuxième ordre remplissaient des cahiers de « musique de table », c’est-à-dire de pièces raffinées et superficielles (Telemann ?). Si Schein ou Froberger sont sortis de l’oubli, la période de l’après-Schütz reste encore à dévoiler, malgré la résurrection des oeuvres de Schmelzer, Biber ou encore Fux qu’on a caricaturé comme un mauvais musicien pédant. Que dire de Pachelbel, qu’on a honteusement confiné à un « canon » qui n’a rien de baroque et qui a été entièrement recomposé par un musicologue italien à partir d’un brouillon de basse chiffrée ?

Bien avant qu’elle se réalise en tant qu’Etat, l’Italie a été traitée comme une nation musicale. Les incessantes querelles entre musique française et italienne le montrent (cf. le Parallèle de Lecerf de la Vieville ou la préface des Goûts Réunis de Couperin) : ce n’est pas l’opéra napolitain ou vénitiens que l’on oppose à la tragédie lyrique mais l’opera italien.

Au contraire, l’Allemagne – ou plutôt l’Empire – est regardée comme un objet musical non identifié, sorte d’interface d’échange au langage propre malheureusement trop négligé avant la venue des Haydn, Mozart, Beethoven et autres Schubert. Par une sorte de déterminisme darwinien musical, les compositions allemandes de la seconde partie du XVIIème siècle ne seraient que des ébauches amenant à Bach, lui-même balisant la route, par son archaïsme contrapunctique, au pré-classicisme de la cour de Mannheim. 

Aussi, « Barockmusik », en un mot, avec l’orthographe affreuse Barockmusik et la prononciation « Baroque Mousiq », retentit donc comme un défi : celui de la connaissance.

Mis à part ces motifs nobles et louables, « Barockmusik » semblait préférable aux autres options envisagées, qui étaient :

  • Topiaires, Tritons & Marmousets (incompréhensible et ressemblant à une revue de jardinage),
  • Le Quadrige d’Apollon (pompeux et offrant une confusion avec une maison d’édition),
  • Les Muses du Parnasse (Trop classique pour du baroque) ou encore Les Playsirs de l’Isle Enchantée (trop romantique et « belle marquise »)
  • Concentus musico-instrumentalis (superbe mais encore plus compliqué)
  • Enfin, le comité de la rédaction a rejeté L’Igloo Vert pour d’obscures raisons. 

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Pourquoi changer de nom ?

Devant une offre de rachat alléchante par une grande multinationale allemande, le rédacteur en chef n’a pu résister à l’idée de rajouter quelques fontaines de marbre dans les jardins de l’un de ses châteaux de campagne. Le contrat a vite été signé, et Barockmusik sera désormais le nom d’un groupe pharmaceutique et de lingerie fine. Nous ne résistons d’ailleurs pas à vous faire partager un extrait de l’affriolant descriptif de la collection 2005-2006 :

« Câline le matin, business woman le jour, muse baroque le soir, la collection effleure tous les secrets féminins sans jamais les révéler complètement. » Plus de détails musicaux sur le viol de Gambe à l’adresse : http://www.atout-lingerie.com/communiques-de-presse/lingerie-attitude-automne-hiver-2005-2006.htm

 

© «Charlott’ Attitude» 2006

© «Charlott’ Attitude» 2006

Sensibilité baroque : les parures proposées habillent la femme en muse baroque le soir pour une entrée en scène raffinée et pleine de séduction.

Plus sérieusement, de nombreux visiteurs non germanistes n’arrivaient pas à se rappeler correctement de l’adresse du site, tandis que d’autres camarades de la 7ème Compagnie fuyaient devant l’avancée allemande. Aussi, c’est la mort dans l’âme que nous avons décidé de rebaptisé la revue du nom consensuel voire plat de la Muse Baroque. Espérons que ses charmes sauront vous retenir sur ces pages !

Pour vous en convaincre, voici encore une photo pour la route, uniquement pour la beauté du parquet et les embrases des rideaux, avant de rejoindre notre monde musical de statues de marbre…

© «Charlott’ Attitude» 2006

© «Charlott’ Attitude» 2006

 

                                                                                                                                                        V.L.N.