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En voilà un qui ne manque pas d’air !

Muse5
31 décembre, 2009

Daniel Hope

Air. A Baroque Journey

Morceaux

Andrea Falconieri : Chaconne
George Frideric Haendel : Sarabande (transcription orchestrale de la Suite No.15 pour clavecin HWV 447)
Diego Ortiz : Ricercata segunda
Andrea Falconieri : La suave melodia
Biagio Marini : Passacalio in G minor
Nicola Matteis : « La Vecchia Sarabanda »
Johann Pachelbel : Canon et Gigue
Georg Philipp Telemann : Concerto pour violon TWV 51:A1
Johann Paul von Westhoff : Imitazione delle Campane (Sonate pour violon III)
Nicola Matteis : Ground after the Scotch Humour
Francesco Geminiani : Concerto grosso n°5 d’après la Sonate n°5 Op.5 de Corelli
Antonio Valente : Gagliarda Napolitana
Andrea Falconieri : Passacaglia
Jean-Marie Leclair : Tambourin
Anonyme : Greensleeves
Johann Paul von Westhoff (1656 – 1705) :La Guerra cosí nominata di sua maestà (Sonata pour violon « La Guerra »),Imitazione del Liuto (Sonata pour violon II)
Jean Sebastien Bach : Air (Suite n°3 BWV 1068)

Daniel Hope (violon)
Soloists from the Chamber Orchestra of Europe : Lucy Gould (violon),
Stewart Eaton (viole),
William Conway (alto),
Enno Seft (contrebasse)
Jonathan Cohen(violoncelle),
Kristian Bezuidenhout (clavecin, orgue),
Stefan Maass,
Stephen Rath (luth, guitare, théorbe),
Hans-Christian Sorensen (percussions)

63’41, Deutsche Grammophon, 2009.

Pour les baroqueux que nous sommes, voici un disque qui, de prime abord, attire la méfiance : une jaquette accrocheuse, un titre aguicheur, un artiste confirmé mais point nourri du sérail des cordes en boyaux depuis sa plus tendre enfance. Ajoutons à ces éléments suspects la présence de « tubes », avec l’air de la Suite pour orchestre n°3 de Bach, le Canon de Pachelbel (mais bien complet car flanqué de sa Gigue) une transcription pour violon de la Sarabande de Haendel, désormais célèbre depuis le non moins fameux Barry Lindon. Pourtant, un second coup d’œil révèle une sélection autrement plus osée, avec des pièces nettement plus rares de Westhoff, Falconieri, Matteis ou Valente. Et l’on arrive à se demander si les gâteries archi-connues ne constituent pas la rançon à payer pour bénéficier de ce programme somme toute relativement personnel, et qui regarde essentiellement sur la première moitié du XVIIème siècle et ses formes musicales non encore arrêtées.

Le « voyage baroque » débute par une chaconne très enlevée de Falconieri, d’une gaieté virtuose et insouciante, piquante et infiniment légère, une danse de village, un pas de soubrette, scandé par des percussions un peu sourdes. Le violon de Daniel Hope, à la maîtrise technique imparable et au son un peu grainé – évidemment, les instruments sont d’époque – laisse toutefois percevoir une prévalence de la mélodie, une manière de glisser sur les temps forts qui trahit son dix-neuvièmiste, sans toutefois être déplacée. Il s’en dégage une expressivité franche et rieuse dans les danses tels la « Ricercata segunda » d’Ortiz ou le « Ground after the Scotch Humour » de Matteis, une poésie neigeuse enveloppante dans les airs plus mélancoliques. La « suave melodia » de Falconieri, résignée et fragile, constitue ainsi l’un des instants d’émotion pudique du récital, l’archet si solaire s’éclipse et hésite, le trille timide, le thème chancelant. L’on retrouve les mêmes qualités dans l’Adagio évocateur du Concerto pour violon en la mineur de Telemann, à la lecture nuancée et lyrique, ou encore dans les bercements tendres de l’adaptation d’un anonyme de Greensleeves.

A l’inverse, certaines pièces, trop retenues, peinent à convaincre. C’est le cas des Passacalio 3 & 4 de Marini, trop cursives, qui se complaisent d’abord dans la langueur grinçante dont l’égalité rythmique se confine au monochromatisme. L’accompagnement des musiciens invités et des solistes du Chamber Orchestra of Europe s’avère d’ailleurs trop appliqué et déférent, soucieux de soutenir avec respect Daniel Hope, sans réellement converser d’égal à égal. Ainsi, les vives « Diverse bizzarie sopra la Vecchia Sarabanda o pur Ciaconna » de Matteis, qui manquent de dynamisme, ne jouent pas assez de l’ostinato entêtant, ce qui en affaiblit le discours répétitif. Pourtant, l’ensemble est capable de bruit et de fureur, de cordes écrasées avec sécheresse, comme dans le « cosi guerra » de Westhoff, concentré pittoresque de fureur guerrière ou dans le concerto grosso n°5 de Geminiani, d’une ampleur étonnante, lové dans une italianité plus « baroquisante », et aux ornements bien troussés.

Le récital se conclut sur l’Air de la 3ème Ouverture de Bach, point d’orgue convenu d’un périple inégal, mais qui recèle quelques panoramas délicats qu’on aurait tort de trop vite mépriser.

Sébastien Holzbauer

Technique : enregistrement précis équilibré, et assez neutre.