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Hotteterre la rousse ou comment se faire mousser

Publié dans : Actualités - Brèves
6 septembre, 2014

 

Hotteterre

Dans la série des petits riens, la torpeur estivale écrasante qui laisse les corps exsangues à la manière d’une Saison vivaldienne est aussi le temps des boissons revigorantes. Or, quelle ne fut pas notre surprise en découvrant dans un verre à pied un aimable breuvage non filtré ni pasteurisé : celui de la bière Hotteterre. Et l’étiquette qui s’orne d’un flûtiste est sans équivoque, il s’agit bien d’un hommage à cette grande famille de musiciens.

Mais plutôt que de venter les mérites de cette savoureuse bière rousse (disponible également en  blonde et en brune soit-dit-en-passant), nous avons mené notre petite enquête et découvert que la brasserie artisanale en question est sise à La Couture-Boussey, dans l’Eure, nom depuis la Monarchie de Juillet du village de La Couture, lieu réputé de facture d’instrument à vent au XVIIème et XVIIIème siècle et dont sont originaires les Hotteterre, belle dynastie de facteurs et musiciens de cour dont on confond souvent les représentants, notamment en raison des noms identiques de plusieurs d’entre eux…

Hotteterre_le_romain

C’est d’ailleurs vers 1670 que les Hauteterre (Jean I, Jean II et surtout Martin) apportent des innovations importantes à la facture de l’instrument. Au début du XVIIème siècle, les exemplaires de la main de Jacques le Romain, dont plusieurs sont conservés au Musée de la Cité de la Musique, se présentent généralement sous la forme d’un corps en buis, en 2 parties, avec virole en ivoire, et une clef en argent. Le soin apporté à la facture, l’élégance des moulures, le son vanté par J.J. Quantz lui-même en font des instruments aujourd’hui souvent copiés et en usage dans les ensembles baroques.

Le plus célèbre des Hotteterre (ou Hautteterre), celui que nous venons de mentionner sous le nom de Jacques le Romain est en fait Jacques II ou Jacques-Martin (fils de Martin). Basse de viole et basson de la Grande Ecurie en 1705, grand hautbois du Roi en 1708, également flûtiste de la Chambre en 1717 (enfin !), le musicien, enseignant prisé de l’aristocratie fut également pédagogue et publia les Principes de la flûte traversière en 1707, premier manuel dédié à cet instrument. A noter pour la petite histoire, l’organiste Balbastre maria sa fille… On lui doit une belle production de sonates, notamment des sonates en trio, même si personnellement nous lui préférerons l’agilité virtuose d’un Boismortier.

 

Toutefois, nous nous éloignons de notre verre à bière,  car la jeunesse du musicien, sommairement vêtu à la mode du règne de Louis XV, ne colle guère au portrait et à l’âge dudit Jacques-Martin, immortalisé par la gravure de Bernard Picart qui sert de frontispice à son ouvrage…

[M.B.]