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« I doe not studie Eloquence, or professe Musicke, although I doe love Sence and affect Harmony » — Hume, Préface du First part of Ayres

Muse5
31 décembre, 2010

Captain Tobias HUME (1569 ?-1645)

Poeticall Musicke

Eric FISCHER

Topographic Long-Range

 

Marianne Müller, Liam Fennelly, Pau Marcos (basses de viole)

72’, ZZT, 2010.

De Tobias Hume, on ne sait presque rien. Sinon qu’il fût mercenaire, et qu’il mourrut dans un hospice. Et c’est ce mystère qui l’auréole qui le rend d’autant plus fascinant, car en dehors de quelques lettres que nous avons de lui et de sa préface à son First part of Ayres (publié chez Widet en 1605), pleines de verve et de bravade, sa musique seule peut nous parler encore, et nous parle encore, forte de son truculent humour et de sa mélancolie maladivement désespérée.

C’était le dessein de Marianne Müller d’évoquer ces deux aspects si marquants de son écriture, et c’est immédiatement ce qui résonne tandis que les pièces se succèdent.

De la fameuse Captain Humes pavan, empreinte d’une douleur intérieure et véritable, qui jaillit de l’âme — quoi que nous nous prenons à regretter une certaine force tonitruante qui fait perdre de cette blessure lancinante, tant dans les diminutions un peu trop brusquement sauvages de la première partie, que dans toute la troisième —, à Tinckeldum Twinckeldum, plein d’une sautillante bonhommie, en passant par l’ample gravité profonde de What greater grief (dans sa version pour trois basses de viole, telle que l’a écrite le Captain, sans la voix chantée), avec une espèce de lueur insaisissable qui brille à travers la pièce, toujours nous sont donnés à entendre ces deux côtés si oxymoriques de Tobias.

Et avec toujours une grande profondeur, une immense ampleur, tant dans l’interprétation des violistes en consort ou sola (M.M. jouant toutes les pièces pour viole seule), que dans le son de leurs instruments, aux basses très puissantes, qui résonnent avec rondeur, et qui nous prennent, nous transportent et nous émeuvent puissamment.

La violiste a choisi de confronter l’écriture de Hume à celle d’un compositeur contemporain, grand admirateur du précédent, Eric Fischer, et une petite moitié du disque est consacrée à des pièces de celui-ci, d’un cycle intitulé Topographie Long-Range (composé en 2008). Bien que la notation que nous proposons, comme le veut la ligne éditoriale de la présente revue verte, ne prenne pas en compte cette partie-là, elle n’en demeure pas moins intéressante. Le premier duo, Rock, nous prend dans ses spirales effrayantes, et nous pensons aux scènes les plus terribles de Metropolis de Fritz Lang, de même que la deuxième Géosophique, qui nous happe à tel point que nous ne parvenons plus à nous en détacher. C’était un pari osé, que nous ne dénigrerons donc pas, puisque, s’il nous a surpris, il ne nous a pas trop choqué.

Mais nous regretterons dans ce cas-là la trop courte durée du disque, car lorsque la musique de Hume se tait, on aimerait à en entendre encore, dans cette interprétation si riche et profonde.

Charles Di Meglio

Technique : prise de son très ronde, très agréable, qui met bie en valeur la profondeur des basses.