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Il Maestro

Publié dans : Concerts - Critiques - Festivals
7 juillet, 2013

Récital Porpora

Franco Fagioli, Academia Montis Regalis, 
dir. Alessandro de Marchi

Franco Fagioli © Franco Fagioli

Récital Porpora

Liste des airs

Nicolo Porpora (1686 – 1768)
Germanico (1732) -  Ouverture
Ezio (1728)  – Air de Valentiniano – «  Se tu la reggi al volo »
Agrippina (1708) – Ouverture
Semiramide riconosciuta ( 1729)  – Air de Scitalce – « Vorrei spiegar l’affanno »
Meride e Selinunte (1727)
Ouverture
Air d’Ericlea – « Torbido intorno al core »
Il Trionfo de Camilla (1740) – Ouverture
Polifemo (1735) – Air d’Aci – «  Nell’attendere il moi bene »
Didone abbandonata (1725) – Air d’Araspe – « Gia si desta la tempesta »

Arcangelo Corelli (1653 – 1713)
Sonata op. 3 n°7 – Grave

 

Franco Fagioli – contre-ténor

Academia Montis Regalis
Direction Alessandro de Marchi

Dimanche 7 juillet 2013, Prieuré de Froville la Romane (54), dans le cadre du Festival de Froville.

Niccolo Porpora a eu une vie complète. Avec ses bons et mauvais moments et toute l’étendue de l’humanité dans ses moindres saltimbanques. De Naples à Venise et de Londres à Vienne, il parcourut l’Europe du succès à la misère et de la gloire à l’oubli.  Sa vie ressemble à un scénario de road-movie et est un exemple type de ce que pouvait subir un musicien au XVIIIème siècle. Finalement, Porpora fut un cosmopolite, un  véritable être d’une mondialisation qui n’a rien de moderne.  

Nicolo Porpora est resté une ombre jusqu’à récemment. Non seulement le travail merveilleux qu’a fait Antonio Florio et ses Turchini, notamment la cantate merveilleuse Calcante ed Achille avec Maria Grazia Schiavo.  Mais plus récemment la recréation quasi ignorée de la Semiramide Riconosciuta en 2011 au Festival de Beaune avec Stefano Montanari et l’Accademia Bizantina démontre bien que Porpora n’est pas très bankable.  Mais cette croyance est surtout due au manque de curiosité qui domine le monde de la musique actuellement. Porpora est un compositeur tout aussi doué que Händel, tout aussi efficace dans le dramatisme et les affects.

Récemment la maison de production Parnassus a eut la bonne idée de redorer le blason de certains des grands génies du baroque florissant. Au même temps que les recréations de Leonardo Vinci ou certaines des raretés haendeliennes, Parnassus a fait réentendre au public autrichien le Polifemo de Porpora dont seul l’ « Alto Giove » est chanté régulièrement.

Rompu au genre dramatique et avec un don certain pour la vocalise, le contreténor argentin Franco Fagioli ne pouvait pas rater l’incroyable occasion de nous offrir quelques uns des plus beaux airs de Porpora.

Seule une institution comme le Festival de Froville pouvait accueillir un tel concert.  La grande curiosité et l’enthousiasmant accueil d’interprètes et projets aussi internationaux que variés rendent la scène de Froville unique en France. L’on est agréablement étonné d’entendre uniquement au prieuré des orchestres d’un niveau très supérieur tel l’Academia Montis Regalis, et des interprètes de taille tels Franco Fagioli.

Alessandro de Marchi – DR

Comme nous l’avons largement loué précédemment lors du récital David Hansen, l’Academia Montis Regalis est un des meilleurs ensembles qui soient en Europe. Bien différentes que ses compatriotes tels l’Europa Galante ou l’Accademia Bizantina,  l’ensemble d’Alessandro de Marchi est spectaculaire dans les récitals et juste grandiose dans la fosse.

Toutes ces louanges s’expliquent par la diversité certaine des timbres et des nuances explorées à chaque concert. Alessandro de Marchi a su s’entourer d’interprètes de grand talent tels Olivia Centurioni pour le pupitre de Konzertmeister. L’équilibre entre les membres, les sonorités sont compassées par la direction subtile mais énergique du maestro de Marchi. A la fois présent et en retrait dans l’accompagnement du soliste, il s’avère tout à fait au niveau des artistes qu’il soutien en récital. Dans de tels répertoires il est certain que le soliste se taille la part du lion, mais avec un programme très intelligemment construit, alternant pièces instrumentales dont des ouvertures splendides et des airs, le génie de Porpora est révélé dans toute sa diversité.

Pour un récital comme ça il fallait un soliste d’exception, et Porpora a retrouvé une voix à sa mesure avec Franco Fagioli. Beaucoup des neo-castrato-maniaques l’ont adulé dans l’Artaserse de Vinci avec les coloratures impressionnantes de l’air de fin du premier acte. Mais ce qui rend originale la voix de Franco Fagioli est bien plus sa souplesse dans les changements de registre que son timbre. Nous écoutons une réelle nouveauté dans le maniement des vocalises et une intelligence certaine dans l’interprétation. Mais, ce qui nous interpelle malgré tout c’est que nous aimerions de temps en temps plus de subtilité théâtrale et moins de virtuosité. Ce n’est pas parce que ces airs sont truffés de double croches et de contre notes qu’ils sont décoratifs, la poésie du texte peut être très touchante si monsieur Fagioli nous apportait plus de théâtre. 

Néanmoins, la prestation de Franco Fagioli s’est avérée splendide et cela est d’autant plus méritoire qu’il était souffrant et qu’il avait annulé son récital prévu à Beaune la veille. En tant que latino-américain expatrié, j’ai un léger frisson de savoir que notre honneur est sauf sur le Vieux Continent avec un tel artiste.

Pedro-Octavio Diaz

Site officiel du Festival de Froville