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Il n’y a pas que les feuilles qui ont de belles couleurs !

Museor
31 décembre, 2012

Georg-Frederic HAENDEL (1785-1759)

Concertos pour orgue, volume 2 

Concertos pour orgue et orchestre en fa majeur HWV 295 (The Cuckoo and the Nightingale), la majeur HWV 296, ré mineur HWV 304, sol mineur op. 7 no 5 HWV 310
Chaconne en sol majeur HWV 343b
Concerto pour hautbois et orchestre en sol mineur HWV 287

 

Paolo Grazzi, hautbois
La Divina Armonia
Lorenzo Ghielmi, orgue et direction 

74’16, Passacaille, 2012.

Le concerto pour orgue et orchestre n’est pas un genre facile, ne serait-ce que parce que l’orgue est un instrument très complet. Dans le cas de ceux de Händel, la tâche est encore compliquée par le fait que la partie de l’orgue, en de nombreux endroits, devait être improvisée. Cela justifie du moins la multiplicité des versions… qui au demeurant ne sont pas fort nombreuses.

Il faut donc à la fois être musicologue et imitateur pour recréer ce qui manque dans ces concertos. Lorenzo Ghielmi semble posséder ces deux talents. À l’écoute du disque, en effet, on n’imaginerait pas que tant et tant de parties ont été réinventées, tant elles s’insèrent avec fluidité dans le discours original de Händel : elles ne le déparent pas, ne semblent pas faibles à côté de lui, ni ne semblent d’un langage étranger. Ainsi, il a su puiser l’inspiration dans d’autres œuvres, en particulier pour clavecin. Une démarche qui n’est finalement pas du tout éloignée de celle de Haendel lui-même, coutumier du réemploi de ses œuvres comme de celles des autres. Ainsi, le Larghetto initial du concerto en fa majeur est un emprunt à une sonate en trio de l’opus 5, tandis que le motif central du second et célèbre mouvement du même concerto est une élaboration à partir du Capriccio Cucù de Johann Caspar Kerll. Le concerto en  mineur s’ouvre sur un emprunt à la sonate en si mineur pour flûte et basse continue de la Tafelmusik de Telemann, mais entièrement réélaborée. On retrouve la même sonate au dernier mouvement, mais une fois de plus, très largement modifiée. Et le disque s’achève sur un mouvement dont le motif principal est repris de l’air « Non ho cor che per amarti » d’Agrippina. Händel ne lit pas, il se souvient et réinvente.

C’est dans cette démarche que se place Lorenzo Ghielmi. Il en résulte un disque qui semble lui-même se renouveler au fil de l’écoute, un disque où l’on ne s’ennuie jamais. Du côté de l’orgue, on ne peut qu’admirer son agilité point démonstrative, la variété du toucher, l’invention et la finesse de l’ornementation, la qualité extrême du choix des registres, jouant sur d’infimes variations — il semble qu’il soit semblable à cet Uremifasolasiututut dont parle Diderot dans Les Bijoux indiscrets et qui avait su « distingu[er] les nuances délicates qui séparent le tendre du voluptueux, le voluptueux du passionné, le passionné du lascif » (chapitre XIII).

À ses côtés, La Divina Armonia ne démérite pas — bien au contraire : le son de l’ensemble est riche, les attaques sont nettes sans être cassantes, le phrasé sobre sans être plat, aussi dynamique, voire dansant, dans les mouvements vifs que langoureux, élégiaque ou mélancolique dans les plus lents. Notons aussi que le concerto pour hautbois est supérieurement exécuté par Paolo Grazzi, admirable de ligne et de délicatesse.

Ce n’est donc pas un énième disque Haendel, c’est bien plus : sans doute un des jalons majeurs de la discographie des œuvres instrumentales du caro Sassone, une réalisation exaltante qui rappelle que, décidément, c’est de la très belle musique, un disque qui se réécoute avec délices, bref : un lumineux cadeau musical pour l’automne. Il n’y a pas que les feuilles qui ont de belles couleurs ! 

Loïc Chahine

Technique : bon enregistrement. Pas de remarques particulières.