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Triomphe de l’art : Julia Lezhneva, Il Pomo d’Oro (Théâtre des Champs Elysées, Paris, 15 /11/2014)

Publié dans : Concerts - Critiques
24 novembre, 2014

Récital Julia Lezhneva, Il Pomo d’Oro, 

Les Grandes Voix, Théâtre des Champs Elysées, 15 novembre 2014

 

Julia Lezhneva

Decca/ © Uli Weber

 

Œuvres de Telemann, Haendel, Vivaldi et Corelli :

Telemann, Concerto en si bémol majeur “pour Pisendel”, TWV 51:B1
Haendel, « Pugneran con noi le stelle », « Per dar pregio », airs extraits de Rodrigo
Vivaldi, Concerto pour luth et cordes RV 93
Haendel, Salve Regina, HWV 241
Vivaldi, Concerto pour violon RV 242 en ré mineur, «Zeffiretti, che sussurrate», air extrait d’Ercole
Haendel, « Un pensiero nemico di pace », air extrait d’Il Trionfo del Tempo e del Disinganno,  « Felicissima quest’alma », air extrait d’Apollo e Dafne
Corelli, Concerto Grosso op. 6 n° 11
Haendel, « Tu del ciel ministro eletto », air extrait d’Il Trionfo del Tempo e del Disinganno

Julia Lezhneva, mezzo-soprano
Il Pomo d’Oro
Luca Pianca, luth
Dmitry Sinkovsky, premier violon et direction

Samedi 15 novembre 2014, Théâtre des Champs Elysées, Paris.

Le début du XVIIIème siècle était à l’honneur en ce samedi 15 novembre au théâtre des Champs Elysées. L’occasion de redécouvrir des œuvres de 1707 à 1730 de Telemann, Haendel, Vivaldi et Corelli dans ce quart de siècle où germanismes et italianismes s’entremêlent de façon parfois très étroites et d’écouter un ensemble à la qualité technique exceptionnelle.

Il y avait longtemps que je n’avais pas entendu une telle pureté dans le son d’un violon me suis-je dit alors que s’élevaient les premières notes du Concerto pour violon en si bémol majeur de Telemann. Dirigé par Dmitry Sinkovsky, également premier violon, l’attaque du concerto était précise et nette et la technique parfaitement maitrisée. Cette pièce en quatre mouvements, en réalité un concerto solo, fut composée en 1719 à Dresde pour le mariage de l’Electeur désigné de Saxe. Dédiée à l’origine au violoniste virtuose Pisendel, elle nécessite de l’interprète une très grande maitrise technique puisqu’elle est considérée comme l’un des concertos les plus compliqués de Telemann. Les quatre mouvements s’enchainèrent sans qu’aucune gêne ne vienne distraire l’oreille du spectateur.

Vint ensuite le Rodrigo d’Haendel, composé en 1707 à Florence. Ce dramma per musica en trois actes retrace une intrigue amoureuse entre trois personnes, le roi de Castille, Rodrigue, son épouse, Esilena, et sa maitresse, Florinda, dont il a eu un fils. Julia Lezhneva interprétait deux airs, celui de Florinda, sur le thème de la vengeance et celui d’Esilena, qui abandonne le trône pour le laisser à Florinda. La mezzo-soprano livra une Florinda vengeresse à la très belle colorature tant dans les  aigus que dans les graves, une maitrise scénique parfaite, passant sans encombre de la femme bafouée à la femme amoureuse. On aurait cependant aimé davantage de force dans la voix. 

Le Salve regina de Haendel, composé en 1707 à Rome, et probablement chanté lors de la messe du dimanche de la Trinité, est dédié au marquis Ruspoli, mélomane ayant convié le musicien à séjourner dans sa résidence à Vignanello. Si Julia Lezhneva retranscrivit, par la parfaite maitrise des vocalises langoureuses, la richesse chromatique de l’œuvre, elle ne n’impressionna pas par la puissance de sa voix. La mélancolie qui se dégageait de cette œuvre, au demeurant très connue, fit grande impression.

L’oratorio Il trionfo del Tempo et del Disinganno, composé en 1707 par Haendel est une œuvre allégorique et moralisatrice. Deux airs de soliste nous étaient proposés, tous deux émanant de la Beauté et furent à nouveau l’occasion pour la jeune femme de faire preuve d’une très grande virtuosité technique et d’une forte sensibilité d’interprétation, tout comme dans l’air de Dafne « Felicissima quest’alma » de la cantate Apollo e Dafne composée autour de 1708 et relatant les amours d’Apollon pour la muse Daphné.

Le concerto pour luth et cordes en ré majeur de Vivaldi, composé en 1729-1730 se révéla par maints égards être le point d’orgue de la soirée, offrant au spectateur un véritable moment de grâce. Dédié au comte Wrtby de Bohême que Vivaldi avait rencontré à Prague, ce concerto fut conçu pour un instrument insolite, le liutino, luth extrêmement petit de la taille d’une mandoline, dont le manche très court pose à l’instrumentiste des difficultés pour disposer ses doigts. Ce petit luth était joué pincé avec les doigts et sonnait une octave au-dessus du luth ténor. Ce concerto présente un caractère intimiste, tendre et mélancolique et Luca Pianca l’interpréta de façon magistrale, alternant allegro joyeux et largo plus tendre avec une maitrise technique parfaite. 

Le concerto pour violon et cordes en ré majeur composé autour de 1725 par le maitre vénitien est issu des Quatre saisons. Il est l’occasion pour Vivaldi comme pour Dmitry Sinkovsky et  Il Pomo d’Oro de faire preuve d’une grande virtuosité technique. Les allegro présentent des lignes énergiques qu’adoucit le Largo.

Ercole sul Termodonte, dramma per musica en trois actes composé en 1723 est le premier opéra de Vivaldi et puise son sujet dans l’Antiquité avec les douze travaux d’Hercule. L’air chanté par Julia Lezhneva « Zeffiretti, che sussurrate » exalte la douleur amoureuse et permit à la mezzo-soprano de montrer une autre facette de sa colorature. 

Enfin, le concerto grosso en si bémol majeur de Corelli, composé en 1714, était l’occasion pour l’ensemble Il Pomo d’Oro de montrer toute sa finesse technique en enchainant un preludio au ton grave et trois danses interrompues par un adagio permettant au spectateur de reprendre ses esprits.

Une très belle soirée appréciée des spectateurs, comme le prouvèrent les nombreux rappels. 

Anne-Laure Faubert