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“Il rend le soleil à nos vœux!”

31 décembre, 2009

Les Musiciens Francs-Maçons au temps de Louis XVI

Pierre-François Pinaud

Pierre-François Pinaud, Les Musiciens Francs-Maçons au temps de Louis XVI, Collection L’Univers Maçonnique, Éditions Véga, Paris, 2009, 15 x 22cm, 244 pp. – 19 euros.

© Seuil

Alors que le jeune Louis XV se remet d’une des nombreuses maladies qui pouvaient toucher les hommes au XVIIIème siècle, Louis-Nicolas Clérambault met en musique Le soleil vainqueur des nuages, cantate figurative à l’éclatante et radieuse conclusion. S’il est vrai que l’assimilation solaire du Roi de France n’est plus à revoir, les années du règne de Louis XV voient un changement de l’imaginaire de certains symboles, jusqu’alors exclusivement royaux. Le Soleil, astre principal des bienfaits et du bonheur humain, porteur de lumière et de chaleur, est aussi un des symboles principaux de la Franc-Maçonnerie. Clérambault, comme bien d’autres grandes figures intellectuelles et artistiques de son temps fut un des premiers franc-musiciens français.

Quand on parle de Franc-Maçonnerie, il est souvent question de secret, de mystère et d’ambiguïté voire des théories les plus folles de complot international. Bien loin de tous ces a priori, l’Histoire de la Franc-Maçonnerie, ses historiens et les personnages qui y furent initiés démentent le fondement de toute conclusion hâtive. Tout bon mélomane connait aisément l’appartenance maçonnique de Mozart, de Haydn et de Sibelius ; un peu moins celles de Clérambault, Piccinni, Sacchini, Geminiani, Mondonville, Philidor, Méhul, Gossec et probablement Rameau.

Récemment paru, fruit d’un travail de recherche intensif et soigné, le livre de Pierre-Francois Pinaud, Les Musiciens francs-maçons au temps de Louis XVI, nous mène en profondeur dans l’intimité de l’institution et du métier musicaux sous le règne du dernier roi de l’Ancien Régime. C’est en historien que Píerre-Francois Pinaud nous apprend la place prépondérante des loges maçonniques et des orchestres qui leur sont associés. Au premier plan, nous réalisons que les principales figures musicales de Paris ont eut des liens très étroits avec la Franc-Maçonnerie et qu’ils dirigeaient et composaient pour ses “colonnes d’harmonie” comme le Concert de la Société Olympique ou  le Concert des Amateurs.

Autrement, nous apprenons avec un peu de stupeur que la cour de Versailles comptait deux loges dans son sein et les concerts qui s’y jouaient avaient le patronage et l’auguste présence de la Reine Marie-Antoinette. Mais que l’on ne s’y méprenne pas, Les Musiciens francs-maçons au temps de Louis XVI n’est pas un recueil de révélations comme en titrent souvent des hors-séries de certains quotidiens. Ce livre constitue l’un des très rares ouvrages qui ose, au sein d’une historiographie plus que désertique, un éclairage de l’Histoire de la Franc-Maçonnerie très peu connu et nonobstant essentiel pour la compréhension de la portée de son message, de ses réseaux et de son importance sociale et artistique ; un des points essentiels pour comprendre le mouvement des Lumières et l’histoire du XVIIIème siècle.

Pierre-Francois Pínaud ajoute à son propos hautement instructif sur les musiciens, des chapitres fort intéressants et essentiels sur les financiers liés directement à l’institution musicale maçonne. Comme l’auteur l’affirme avec malice, après les démêlés des traders ces dernières années (et depuis toujours), il est d’usage de croire que la finance rime avec déshonneur et malhonnêteté. Cependant, c’est grâce à la protection des Fermiers Généraux que des compositeurs comme Rameau, Gossec ou bien le Chevalier de Saint-George ont pu créer leurs chefs-d’œuvre. Par ailleurs, en deuxième partie de son ouvrage, Pierre-Francois Pinaud offre au lecteur un très détaillé dictionnaire biographique des musiciens du règne de Louis XVI. Nous apprenons grâce à lui, parmi des nombreuses informations, que Francois Devienne a écrit des opéras, que la moitié des œuvres de Gossec, Philidor, Piccinni ou Sacchini dorment encore dans les archives ou bien que des compositeurs comme Dezède ou Floquet méritent largement de vaincre les ténèbres pour retrouver la lumière régénératrice.

Après une lecture délicieuse et accompagnée d’airs de l’Iphigénie de Piccinni, de la Chimène de Sacchini ou des magnifiques mélodies de Grétry nous conseillons vivement ce livre aux lecteurs, en espérant que Les Musiciens francs-maçons au temps de Louis XVI, sera le vent qui écartera les nuages du temps du très riche patrimoine musical maçonnique.

Pedro-Octavio Diaz