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“Il semble que Terradellas a toujours écrit pour des interprètes habiles »

Muse4
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Récital
31 décembre, 2009

Domènec TERRADELLAS (1713-1751)

¡Furor!

Airs de Sesostri, Artaserse, Merope
Cantata als Dolors de Maria Santissima

Liste des airs

Sesostri re d’Egitto : Sinfonia / Solitudini amene – Spiega omai le placid’ali / Qual sventura e la mia – Se perde l’usignolo / Fra l’ombre del timore / Tremate si tremate mostri di crudelta.
Merope : Dono d’amica sorte non cura il mio valore / Dove si vide mai di me piu sventurata / Ah scellerato! – Un empio m’accusa / Sinfonia.
Artaserse : Per quel paterno amplesso / L’onda dal mar divisa
Quel tragico espectaculo cantata als Dolors de Maria Santissima.

 

Maria Grazia Schiavo (soprano)
Dolce & Tempesta
Direction Stefano Demicheli 

65′, Fuga Libera, 2009.

“Il semble que Terradellas a toujours écrit pour des interprètes habiles ; ses airs ne sont jamais faciles et triviaux pour plaire au chanteur.” Charles Burney, le mélomane nomade qualifiait ainsi le style raffiné et mesuré du maitre catalan. L’année 2009 aura été bénéfique pour la mémoire de Domènec Terradellas puisqu’après un enregistrement intégral superbe de son opera seria Artaserse par la Real Academia de Opera de Cámara de Juan Bautista Otero (RCOC), Fuga Libera nous offre un récital complémentaire avec des extraits de ses oeuvres emblématiques Sesostri et Merope. D’emblée saluons l’initiative de Stefano Demicheli, son orchestre Dolce & Tempesta et Maria Grazia Schiavo, qui démontrent que des pages entières de merveilleuse musique  sommeillent dans les archives.

Maria Grazia Schiavo, rompue au répertoire baroque depuis ses débuts avec Antonio Florio et sa Cappella della Pietà dei Turchini affronte honorablement l’écriture difficile des airs de Terradellas. La soprano se fait encore une fois le chantre de la vitalité et la lumière du répertoire napolitain. Malgré quelques aigus stridents, la justesse est remarquable dans les passages les plus redoutables, notamment dans les airs issus du Sesostri qu’elle dévale énergiquement. Extrait de l’Artaserse, “Per quel paterno amplesso” (excellemment interprété par Céline Ricci dans l’intégrale) est ici servi avec un peu moins d’engagement, mais nous pouvons comprendre que le dramatisme n’est pas le même dans un programme récital que dans une intégrale. Par ailleurs, contrairement à beaucoup de chanteuses italiennes qui abordent le rare répertoire hispanique, Maria Grazia Schiavo possède une prononciation hors pair qui éclate dans la parfaite diction de la Cantata als Dolors de Maria Santissima.

Pour accompagner la chanteuse dans les acrobaties vocales extraverties de son périple terradellien, Dolce & Tempesta a chaussé les souliers de l’enthousiasme et l’élégance. Dirigé avec raffinement et dynamisme par Stefano Demicheli, ce nouvel ensemble rentre vite dans la “cour des grands” par la porte prestigieuse de la découverte. Cependant, en dépit de l’indéniable vitalité bien communicative, on regrettera sporadiquement le manque d’engagement dramatique et d’homogénéité du côté des cordes, notamment au niveau de la précision des attaques. De même, on souhaiterait un peu plus de volume dans les vents et les cuivres. Mais nous surveillerons de près le parcours de cet orchestre qui sera sans doute amené à nous livrer encore des grandes surprises dans un répertoire rare.

Dans ce récital de choix, qui préfigure les joyaux que Juan Bautista Otero rendra à la lumière dans les années à venir, Maria Grazia Schiavo nous éveille au génie de Terradellas. Et si ses airs ne sont pas écrits pour plaire aux chanteurs, ils flatteront l’oreille des auditeurs.

Pedro-Octavio Diaz

Technique : Bon enregistrement, contours instrumentaux un peu imprécis.