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Il y a du Glenn Gould dans cet homme-là

Muse4
30 avril, 2006

Joseph-Nicolas-Pancrace ROYER (c. 1705-1755)

Pièces de Clavecin

William Christie (clavecin William Dowd)
Harmonia Mundi, enr. 1981.

J’ai toujours eu la vision de Bill, élégant et calme, atteint légèrement de calvitie. Un chef très « tragédie lyrique », amateur de jolies danses, petites voix claires et sans vibrato, cuisine du Sud et jardinage. Mes amies me disent que je suis restée très 80′s, que les Arts Flo ont bien changé, que le temps des Atys, David et Jonathas et autres Idoménée nobles et froids est révolu. Que le DVD des Indes Galantes décoiffe par rapport à l’enregistrement plus ancien d’Aix.

Je n’aime pas trop le clavecin. Trop peu de nuances apparaissent dans son clapotis métallique, contraint au piano et aux fortes, tributaires de tempéraments inégaux. Lorsqu’on m’a tendu ce disque à critiquer, je me suis défilée avec un rire argentin. Cela n’a pas marché, mes charmes ne sont sans doute plus ce qu’ils étaient…

Donc me voilà contrainte à écrire sur un compositeur quasi-inconnu (le rédachef adooooooooore les musiciens obscurs, par curiosité et/ou snobisme ; aïe, voilà un passage qui va être censuré à la relecture). « Joseph-Nicolas-Pancrace Royer fait partie de ces compositeurs méconnus du XVIIIème siècle français, célèbres en leur temps et oubliés un peu vite après leur mort. » dit la notice. Je note avec plaisir qu’il a écrit une tragédie lyrique en 1730 (Pyrrhus), que toute son œuvre de clavecin tient dans ce recueil de 1746, qu’il contient plusieurs transcriptions d’airs de ses opéras-ballets.

Je mets le CD sur la platine. « La Majestueuse » ouvre le bal. Christie s’y montre un peu raide, comme dans ses enregistrements de Rameau de la même époque. Les attaques sont un rien dures, la technique impeccable. « L’Incertaine » est trop certaine, « l’Aimable » trop inaccessible, « la Bagatelle » bien sérieuse, « les Tendres sentiments » protocolaires, mariage arrangé sans doute. En revanche, que de fougue dans les Premier et deuxième Tambourins, et dans cette magnifique « Marche des Scythes » !  Christie martèle les petites touches jusqu’à l’ivresse, écrase chaque note, assène chaque phrase. Il y a du Glenn Gould 1955 dans cet homme-là. Et ça, je l’ignorai jusqu’à maintenant.

                                                                                                                 Anne-Lise

Technique : Bon enregistrement. Aucune remarque particulière.