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« Immortal Bach » – Le Concert de l’Hostel Dieu – Lyon, 30/09/2014)

Publié dans : Concerts - Critiques
14 octobre, 2014

IMMORTAL BACH

Le Concert de l’Hostel Dieu, dir. Franck-Emmanuel Comte

 

REVIDAT-Stephanie-hostel-dieu

© CHD/M. Luneau

 

Tarquinio MERULA (1595-1665)
Canzonetta spirituale sopra alla nanna

Giovanni Felice SANCES (1600-1669)
Stabat Mater 

Antonio LOTTI (1667-1740)
Crucifixus 

Johann Sebastian BACH (1685-1750)
Messe en si mineur : « Agnus Dei », « Dona nobis pacem »
Aria Komm, süßer Tod” BWV 478
Suite pour violoncello n°5 : “Sarabande” 

Samuel BARBER (1910-1981)
Agnus Dei 

Knut NYSTEDT (1915-)
Peace I leave with you 

Arvo PÄRT (1935-)
Da pacem Domine
Nunc dimittis 

Jan SANDSTRÖM (1954-)
Es ist ein Ros entsprungen, d’après Michael Praetorius 

Stéphanie RÉVIDAT (soprano), Nicolas MUZY (théorbe), Nolwenn LE GUERN (viole de gambe)
Chœur du Concert de l’Hostel Dieu
Franck-Emmanuel Comte, orgue & direction 

Mardi 30 septembre 2014 – basilique Saint Martin d’Ainay, Lyon.

« Au-delà des siècles qui séparent ces musiques, une même quête d’éternité relie ces compositeurs. » 

Au cœur de la Presqu’île lyonnaise, la basilique de Saint Martin d’Ainay demeure une des plus belles traces de l’art roman dans la cité …. Sa pierre doucement rosée encadre un chœur tapissé de mosaïques au caractère byzantin, qui se prolonge en voûtes rondes et propres à faire résonner la musique. Mais pas n’importe quelle musique. Etrangement, c’est celle composée au siècle dernier qui fut portée par Le Concert de l’Hostel Dieu de la manière la plus touchante.

Le programme constitué par Franck-Emmanuel COMTE reprit la chronologie de la vie du Christ, de la Nativité à la Crucifixion, au moyen d’un dialogue entre compositions baroques et hommages modernes faits au style ancien. Ainsi du noël Es ist ein Ros entsprungen (« dans une étable obscure ») de Jan Sandström, chanté par le chœur spatialisé sur deux rangs dans la lumière bleutée des projecteurs ; entrée en matière un peu déroutante mais qui, rapidement, séduit. De la cloche initiale sonnée par le théorbe, les voix a capella isolent de fines harmoniques qui progressivement se déploient et s’élargissent lentement, comme des vapeurs soyeuses au-dessus d’une nappe d’eau. Le calme de cette onde apaise, dilate le temps, et dispose intérieurement l’auditeur à recevoir. Recevoir en climax et point d’orgue du concert l’Immortal Bach de Knut Nystedt, chef d’œuvre du courant minimaliste qui fait du modelage de la matière vibrante une expérience acoustique extraordinaire. Là aussi spatialisé dans les différentes chapelles de l’église, le Chœur du Concert de l’Hostel Dieu fit et défit avec souplesse le tissage des harmonies du choral « Komm, süßer Tod » de Bach, entrelacées suivant différents tempi. L’unicité des pupitres et l’homogénéité des voix du Chœur magnifièrent ces incessants bousculements de l’équilibre harmonique, emportant l’auditeur dans un univers où l’espace et le temps revêtent d’autres dimensions.

La soprano Stéphanie Révidat fit montre grâce à sa voix profonde d’une grande éloquence dans l’expression du tragique, notamment dans le Stabat Mater de Sances dont l’écriture très figuraliste évoque la douleur de la Vierge par une basse obstinée chromatique et lancinante. Ce registre sombre fut malheureusement un peu monotone car omniprésent dans toutes les œuvres, indépendamment de leur caractère. L’aria « Komm, süßer Tod » par exemple manqua de douceur et de lumière, de cette paix intérieure dont parle le texte. L’acoustique, si porteuse dans les œuvres contemporaines a cappella, semblait amoindrir les dynamiques dans celles du Baroque, gommant les contours du texte et noyant les timbres dans une résonnance un peu confuse.

Le Concert de l’Hostel Dieu démontra en ce soir une grande polyvalence de répertoire, au travers de laquelle transparut la recherche d’un son, d’une unité. Identité mise au service de ce « souci de peindre au plus juste les émotions humaines et l’inspiration divine », et qui nous permit d’entrer dans le mystère de la musique. 

Isaure Lavergne