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Imprononçable !

Museor
31 décembre, 2008

The Songbook of Hieronymus Lauweryn van Waterlviet (c. 1505)

25 Chansons hollandaises d’un chansonnier de Bruges 

hieronymus_etceteraEgidius Kwartet & Consort

2 Cds , Etcetera, 2008

 

Saluons d’abord l’audace du label Etcetera, relativement peu connu en France, et qui a osé l’improbable parution d’un double CD avec fourreau, à la facture soignée et sobre, qu’orne le nom totalement imprononçable d’ « Hieronymus Lauweryn van Watervliet (ca. 1505) » (sic). Et là, l’honnêteté nous pousse à avouer notre appréhension à l’idée d’écouter 2 heures d’une musique tout aussi complexe et rugueuse que cette appellation hermétique. Heureusement, il n’en est rien, et l’Egedius Kwartet & Consort livre ici une promenade populaire gouleyante et pleine d’allant, à laquelle il sera difficile de ne pas succomber.

En premier lieu, éclaircissons un peu la lanterne de nos lecteurs. Qui était donc ce Hieronymus Lauweryn ? Seigneur de van Watervliet & Poorvliet, fondateur des polders Kristoffels, Jeroen et Philip et de la ville de Waterlviet, cet aristocrate a amassé une collection personnelle de compositions profanes et religieuses au sein d’un manuscrit désormais conservé à la British Library. On y récence quelques motets mais surtout une extraordinaire série de chansons françaises (63) attribuées à Desprez, Compere, Bunois, Mouton… et néerlandaises (25). Les liedekens sont d’autant plus intéressants qu’ils présentent une facture polyphonique à 3 voix dus à un certain Laurentius non identifié qui pourrait être Lauweryn lui-même. Ils sont enregistrés en intégralité ici.

L’Egidius Kwartet fait valoir une très grande clarté des lignes, cherchant un climat d’innocence et de pureté. Les voix sont bien timbrées, très transparentes, sans vibrato aucun. On notera au passage que les membres de cet ensemble proviennent du chœur de Ton Koopman, ce qui explique la précision des départs et l’équilibre harmonieux des parties, extrêmement aérées, et avec des alto et soprano aériens mis en avant. De temps à autre, un accompagnement instrumental réduit (flûtes, violes, luth, rares percussions) vient varier les ambiances en remplaçant la voix par le son coulant d’une flûte ou l’archet balancé de la viole, selon la pratique de l’époque où l’on écrivait pour une tessiture et non un instrument précis. Bien que les chants soient profanes et traitent souvent d’amour, l’interprétation sereine et consciencieuse des solistes confère une grande spiritualité aux pièces, d’une brillante froideur qui n’est pas sans rappeler Lassus.

On aurait donc tort de négliger cette belle surprise, simple et droite, nimbée des reflets perlés de la glace des canaux des Provinces Unies.

Amandine Blanchet

Technique : prise de son très transparente.