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In vino veritas

Muse5
31 décembre, 2007

Jean-Baptiste de BOUSSET (1662-1725)

« Les Fastes de Bacchus. Airs à boire… et sérieux ! »

 

Musiques et textes chantés ou déclamés de Jean-Baptiste de Bousset (1662-1725) ; André Campra (1660-1744) ; Henri Desmarest (1661-1741) ; Jean-Philippe Rameau (1683-1764) ; Joseph Bodin de Boismortier (1689-1755) ; Mademoiselle de Ville (?) ; Charles de Saint-Evremond (1614-1703) ; Nicolas Boileau-Despréaux (1636-1711) ; Jean-Baptiste Rousseau (1671-1741) ; Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux (1688-1763) ; Charles Simon Favart (1710-1792) ; Pierre-Jean Béranger (1780-1857).   

La Compagnie Baroque : Michel Verschaeve, Direction. Sylvie de May, Soprano. Michel Verschaeve, Baryton. Fabrice Conan, Comédien.

72’32, Arion, 2007.

A côté des tragédies lyriques, des opéras-ballets, des sonates italiennes qui firent postérité, le règne de Louis XIV vit fleurir tout un répertoire d’airs populaires contant, si l’on peut dire, les boires et déboires des gens de la société de l’époque. Ces airs dédiés aux heurs et humeurs du tout à chacun, comme autant de mélodies « naturelles » et agréables qui ne tendent qu’à divertir, empruntent toute la gamme affective – ce dont le chansonnier va pouvoir faire choux gras – : chagrin, détresse, complexe, déprime, ennui, jalousie, convoitise, malice, gaillardise, etc.

Avec pas moins de neuf cents (900 !) compositions, Jean-Baptiste de Bousset s’affirma comme le maître du genre. Il est à remarquer que beaucoup d’auteurs français s’essayèrent à cet art vif de la « mise en scène sonore » dont l’intensité et la brièveté sont les maîtres-mots, parfois sous la forme prudente de l’anonymat. C’est donc judicieusement que La Compagnie Baroque nous fait découvrir un véritable panorama de la chanson populaire de l’époque. Réinvention du « top 50 » pourrait-on dire non sans une pointe d’humour.

Au final cet album ne s’en cache pas : il explore le versant tout à fait guilleret et hédoniste du XVIIIème siècle français. Et c’est plutôt fort bien réussi, avec une forte théâtralité des pièces sélectionnées, riche de spontanéité et de fraîcheur dans l’interprétation, une belle complicité entre les passages instrumentaux et les éléments chantés.

Précisons enfin que l’ancien français sert ici l’accent savoureux de la belle formule au service de « l’esprit du vin », Bacchus voisinant avec Cupidon – mais nul chant paillard n’a hélas été retenu, au grand dam de certains auditeurs.

La Compagnie Baroque s’est prêtée là à un « objet d’amusement sérieux » eut pu dire François-André Danican-Philidor. Pour baroqueux ou pas… sans modération !

Dany Sénéchaud

Technique : Pas de remarque particulière.